samedi 31 décembre 2011

Sensation

J'en avais saisie une

Surprise que je suivais

Patiemment

Silencieusement

Religieusement

Elle remontait le long de mon dos

Des reins jusqu'à l'échine

Crépitait sous l'omoplate

Droite, comme souvent chez moi

Et venait frapper à ma gorge

Toc ! Toc ! on aurait dit

Mais la porte à ouvrir était imaginaire

Oeuvre de l'esprit

Bâtie sur le passé

Fermée par les habitudes

Forteresse dont, pour l'heure, je n'avais plus la clé

Mais qu'un jour, j'en avais la certitude

Un Toc ! plus faible qu'à l'habitude

Viendrait ébranler

Et mettre à terre.

Souvent

Bien des difficultés

Secouer son esprit comme le chien s'ébroue qui sort de l'eau

Aucun tourment.

Mouvement

Avoir une idée de soi en tête
C'est faire surgir le passé
Figé
Car sous nos pieds tremblants
Le présent se révèle toujours infiniment branlant.

L'épreuve

On avait quitté le ponton

Pour descendre dans la mare

Bonne ou mauvaise idée

On regrettait souvent le bord où s'asseoir

Mais il nous fallait nager

Jusque l'autre côté

Revenir était sans espoir

Le ponton lui-même s'en était allé.

En résumé

Après-midi de baignades.

C'était comment ?

Plouf !

vendredi 30 décembre 2011

Notre amour

Tu étais : déferlantes

Longues lames

Venant se briser sur mon âme

Et notre amour aux courants puissants et profonds

Etait aussi écume

Blanche et froide.

Un pas, parfois

Il t'a suffi d'un mouvement

Ta jambe avançant

Tes bras accueillant

Des gestes francs

Ta voix

Sure de toi

Ton coeur dedans

Mon coeur et moi

Conquis par l'élan.

jeudi 29 décembre 2011

Mère

Je lui avais proposé

Rester un peu

Venir avec nous

Le souvenir que j'en garde

C'est son manteau qui s'en va

Rouge au bout de la rue

Sans dire un mot

Elle avait préféré ne pas

Notre attention pas assez soutenue.

mercredi 28 décembre 2011

En nos hivers (qui seraient des automnes)

Soleil pâle

Vent tourbillonnant

Cheveux en l'air et chair de poule

Lèvres blanches et mains froides

Il faut s'y faire, mon amour.

On aurait dit

Aussitôt qu'une apparaissait
Elle captait mon regard
Mes yeux s'y fixaient
La suivaient
Jusqu'à ce qu'un arbre
Une voiture, un angle
La cachent
Alors, d'ailleurs, une autre venait
Passait et s'en allait
Puis c'était une autre
Et encore une autre
Sans arrêt, clic, clic, clic
Ça faisait comme une guirlande clignotante
Allumée, éteinte
Allumée, éteinte
Je crois bien que du banc où j'étais
Cette rue en bord de mer
C'était noël, il me semble.

Désir

Elle m'attendait
Tout sourire
Sur son banc
J'accourais
Vous pensez-bien !

Fenêtre close et vue bouchée

Ce temps n'est pas le mien
Je n'y comprends rien
Aucun trou en face d'un trou
Aux trous, du plein
Du plein, du plein
Pas d'espace pour voir au loin.

samedi 24 décembre 2011

Malade

Malade

Mais c'est tout le temps

La tête surtout.



(Si je l'ai déjà écrite, je m'en excuse. Je rouvre mon carnet au hasard d'une page et retrouve cette note : 11 novembre 2011 - précédée de la citation suivante : "Un homme est sur terre pour créer. Donc ne jamais plagier, toujours regarder vers l'avenir, quel qu'il soit", Jean Prouvé - 1982. La nuit d'avant, j'avais fait un rêve. Je me souviens, j'avais été pris de tremblements, j'étais saisi de froid et bientôt, j'aurais une fièvre incroyable, mon esprit divaguait entre rêve et délire : mon bateau sombrait. Il s'appelait le Sea Shark. Une tempête terrible, la mer démontée, des vagues hautes et puissantes, la pluie, le vent, des grondements à tout péter, dans le ciel et tout le long de la coque, ça tanguait et gîtait, plus rien à dégueuler, l'obscurité terrifiante, je me souviens, dans ce rêve, ou en vrai, à côté du rêve qui se poursuivait, je me disais qu'il fallait que je note les idées qui me venaient à l'esprit, le naufrage du Sea Shark, que je me lève pour aller écrire cette histoire-là, me lever, ça me faisait rire, je tremblais, j'avais froid, mes dents clac clac clac, les membres engourdis, j'en étais incapable de me lever, et puis, je pensais, cette histoire je l'écrirai comme une lettre, une lettre signée Hunter S. Thompson, une lettre dont j'expliquerai qu'on la tenait depuis longtemps, qu'elle nous avait été personnellement adressée, à moi, à la famille, par l'écrivain, et dans mon rêve, ou à côté, j'étais persuadé que j'allais réussir à faire croire ça et que c'était une rudement bonne idée. Je ne me levais pas et sombrais enfin, moi aussi, dans le sommeil. Le lendemain, ne restait pas grand chose de mes bonnes idées : des planches défoncées, un mat, une caisse en bois, quelques effets personnels. Et la maladie. Le Sea Shark).

Ours Totem

Il y avait les pensées

On les a perdues de vue, oubliées

Sont montées les sensations

Première ligne, la bagarre

Viennent, passent et s'en vont

Démasquées, nues

Leurs noms mêmes ont disparu, nuit des temps

(Au commencement était le verbe, le début des emmerdes)

Mais après

Le vent, la terre et le ciel

Décor et souffle

Caverne

Veste et profonde

Et Dieu, l'ours qui dort au fond ?

Bonne idée

La peur

De la compote sur les murs

Tartinés

Voilà comme elle m'est apparue

Mais elle aurait tout aussi bien pu être du fromage blanc.



(La sensation se révèle telle qu'on la perçoit

Telle qu'on a appris à la percevoir

Peur, joie

Telle qu'on ne la perçoit plus

Mais qu'installée

Elle reste

Sans question, désormais

Peur, joie

Quand elle n'est qu'énergie et information

Et on pourrait sentir, si ça nous chalait (forme qui n'existe pas, ne dites rien, m'en chaudrait plus que ça pour m'arrêter),

Compote ou fromage blanc sur les murs de notre conscience).

jeudi 22 décembre 2011

Avec l'autre

Dans l'adieu ou l'au revoir

Faire le deuil de soi

Tel que l'on s'est aimé dans le regard de l'autre.

Chez elle, chez lui, chez eux

C'est de la joie

De l'enthousiasme

De l'envie

De l'énergie

Qu'on perçoit dans les attentions

Intentions, gestes et mouvements

Dont on est amoureux

Car ça résonne en nous

Comme la vie.

Dehors !

J'avais couru pour attraper

Le métro aux rames

Bondés

Et tandis que les portes se fermaient

Je criais

"Attention, je saute"

Mais ça n'a fait rire

Personne

Et bien des mains m'ont repoussé

Sur le quai.

Cette sensation qui me traverse

Elle est dure
Mais n'existe pas
Ailleurs que dans mon esprit
Pourquoi mon esprit est-il dur avec moi ?

Avec lui

Sa main sur son dos était une gentille caresse
Qu'y avait-il à comprendre à ça
Son geste à elle envers lui
Sinon que nos regards s'étaient croisés.

mercredi 21 décembre 2011

Chasseur et chassé

- "Ne bois pas trop !

- De quoi as-tu peur ?

- Je te connais.

- Moi aussi, je me connais. Si quelqu'un doit être effrayé, c'est moi. Toi, tu ne risques que le ridicule et la honte.

- C'est beaucoup. Je n'ai rien demandé.

- Tu seras là-bas. Moi aussi.

- Je ne t'ai pas invité. J'aurais préféré que tu ne le sois pas.

- Tu n'es pas responsable de moi. Je suis grand.

- Tu n'es pas grand. J'ai été tant de fois responsable de toi que personne ne le discute plus. Si tu te tiens mal, on me regardera avec des airs accablés. A qui d'autre les remarques désagréables ?

- C'est un piège que nos amis t'ont tendu.

- Ça se pourrait.

- On va le déjouer. Je vais me tenir.

- Ne bois pas.

- C'est ce que je vais faire.

- Vrai ?

- J'y suis bien décidé.

- Tu crois pouvoir y arriver ?

- Tu vas voir.

- Seigneur !



Il ne but pas. Il avait de la coke.

A point nommé

A l'heure de prendre la route

L'ami fuyait, pressé

J'ai rencontré l'inconnu

Qui fut parfait pour le moment à passer.

Un foyer

C'étaient deux fenêtres

Immenses

Ouvertes sur son coeur

Qu'elle tournait vers moi

Offre limpide et bleue

A m'y jeter

Ses yeux.

La vieille histoire

Elle dit : "Je ne veux plus que tu me fasses de cadeaux. J'aime beaucoup tes cadeaux qui sont toujours très bien trouvés mais ils le rendent jaloux et le mettent en colère. Il voit combien tu me connais mieux que lui, combien tu me perces encore à jour, combien le moindre de tes gestes me touche, presque au coeur parfois, combien ta présence reste dans l'air, même si c'est lui qui vit avec moi. Je ne veux pas qu'il se sente dépassé, par toi. Il ne le mérite pas. Il a ses qualités. C'est lui que j'aime. Désormais".

Je ne réponds pas. C'est une vieille histoire. D'autrefois.

lundi 19 décembre 2011

Sous le doigt caressant

C'est la texture de la peau
Sous l'aisselle
Entre les cinquième et sixième côtes
Un peu en arrière du sein
C'est la texture de la peau
Précisément à cet endroit
Qui détermine tout
La disponibilité du fils
La bienveillance du père
La fougue de l'amant
La patience du frère
La franchise de l'ami
La puissance du nageur
La dextérité du conducteur
La diction du bavard
La logique du raisonneur
Et tant d'autres
Citoyen
Flâneur
Peintre
Tout
C'est la texture de la peau
Sous le doigt caressant
Un matin de froide pluie
Et de vent cognant les volets clos
Les corps serrés
Sous les draps tirés
Et les idées pas encore apprêtées.

Ce petit truc particulier

Elle louche
Oh, bon sang
Si j'étais affligé d'un tel strabisme
Je n'aurais plus à boire
Me bourrer la gueule
Pour voir tout déformé
Mais je l'aime
Et sans doute à cause de ses yeux
Car pour le reste
Jolie, maline, intelligente
Sensuelle
N'importe qui peut l'aimer.

Nous sommes, au réveil aussi

Nous sommes des gens sérieux
Qui savons nous tenir
A peine est-ce si nous oublions
Une chemise maculée de vin
Ou si nous nous endormons
Sur le parquet tout habillé
Ou si nous déblatérons
Des énormités, en rang gentiment alignées
Chez nos amis bien-aimés
Mais parfois pourtant
L'envie pressante
Tout envoyer bouler
Laisser les uns et les autres se démerder
Une petite pute au passage
La voiture dans le fossée
Le front suturé
Vingt cinq points cette année
Pour Los Angeles s'envoler
bouche pleine et bras chargés
Sur la bouche embrasser
Dire : "Crotte"
S'il vous plaît
Nous sommes des gens trop bien élevés.

dimanche 18 décembre 2011

Charmes

Elle avait les dents les plus blanches et les mieux plantées

Les lèvres les plus rouges et les mieux dessinées

Le sourire le plus doux et le plus charmant

Et c'est avec ça, et fort

Qu'elle m'a mordu le doigt.

Sa copine à ses côtés

Rarement vu un type

Se lécher le doigt

Se décrotter l'oreille

Se relécher le doigt

Passer au nez

Comme celui qui est en face de moi.

Un appel

Peur de rester seul,

Tourner en rond, s'ennuyer

Peur d'aller à ce dîner

Tous ces gens qu'on ne connaît pas

Peur d'accepter cette mission

Le risque d'échouer.



Si on la fuit, si on cherche à l'éviter

La peur va nous appeler

Constamment

Elle créera les conditions de son apparition

Nous tombera dessus au coin d'une rue

Au sortir du métro, dans le bureau du patron

Nous attendra chez l'être aimé

Infidèle, prêt à nous abandonner

Nous surprendra près de nos enfants

Nos amis, nos parents

Les inconnus

Nous suivra avec ses copines, inquiétude et anxiété

Ricanantes, turbulentes

On pourra se claquemurer

Elle passera par la cheminée

Gangrenées, les situations se feront déplaisantes

Oppressantes

Redondantes

Et les rares moments de tranquillité ne seront là que pour nous rappeler sa présence

Tapie

Sournoise

Redoutée

Peur de la peur.



Savons nous de quoi nous avons peur

Sinon de nous

Rien d'autre

Peur de nos réactions

Perdre le contrôle

Ne pas être à la hauteur

Ne pas être conforme

Risquer d'être mal jugé.



Toujours aller vers la peur

La peur est l'appel du petit homme qui veut grandir.

samedi 17 décembre 2011

Qui me fait penser

Dans sa chambre d'hôtel

La femme s'épile

L'homme descend

Se baigner.



La mer un soir

Par dessus la jetée

A débordé

Personne pour la voir.



L'homme n'est plus rentré

Qui sait où il est passé

La femme est emmerdée

Sans carte de crédit pour payer.



On découvrira un jour je le crains

Un corps sur la plage boursouflé

Bouteille à ramasser

Un 22 long rifle à la main.





(Dominique A chante Hotel Congress qui me fait penser au Jour rêvé pour le poisson-banane qui me fait penser...).

Se la coltiner

On voudrait que tout aille bien

Mais il y a cette boule de colère qui nous scie le dos

Nous emporte dans la guerre au moindre sursaut.



On ne s'en débarrassera pas

Ni en lui donnant libre cours

Ni en la réprimant.



Il nous faudra dormir et des jours et des nuits

Jusqu'à la comprendre et l'aimer

Qu'elle nous dise, bon Dieu

Qui elle est

Qui on a fabriqué.



Dans la paix du repos

Du repos difficile à endurer

Le calme

Frotter à elle

Le silence

Heurter

Barrières, murs à nos sens déconcertés

Admettre

L'insaisissable, l'inadmissible

Comprendre qu'il faut lâcher

Se perdre et s'abandonner.



Enfin, elle s'en ira

S'effacera

Quittera et nous avec elle

Qui, quoi

Libre espace

Infini et vaste

Relié.



(En attendant, courage, se la coltiner).

vendredi 16 décembre 2011

On s'y laisse prendre, parfois

Goûte ce bonbon

Savoureux, n'est ce pas

Chez moi, j'ai un perroquet

Il parle, viens l'écouter

Ce ballon, il te plaît

Il est à toi, évidemment

Les pensées surgissent

Coin de rue

Nous abordent

L'air de rien

Nous attirent

Des arguments plein les mains

Nous entraînent

Les mains dans les poches de leur pardessus

Nous attachent

Des bijoux en veux-tu

Nous dévorent

Des cailloux, voilà

Séduisantes

Pensées croque-mitaines

Nous sommes

Silence

Absence

Vide

Que la vie traverse

Emplit

Vide et emplit à nouveau

Nous sommes

Carcasse, regard, espace

Témoignage et manifestation

Nous sommes expression.

jeudi 15 décembre 2011

Braoum !

Dans le ciel noir de mon esprit

Un soir d'hiver et de pluie

Fusent les souvenirs

Éclatent bleus, verts, rouges

Scintillent, embrasent

Pètent

Tonnerre assourdissant

Moi, le nez levé

Oh !

Mauvaise humeur

De l'eau dans une cocotte

Le feu à fond

Chauffe

Bout

Monte la pression

Mais sans valve attention

Et le couvercle serré-vissé

Oh là, la petite explosion

Dommage pour qui passait par là.

Félicité

Dans la plaine arasée

Quand on a appris à connaître les arbres et les trous d'eau

La course du renard

L'envol des canards

Et même la chute du vieux chêne

Ne sont plus que doux frémissements.

mercredi 14 décembre 2011

L'entente

Elle se tournait vers lui

Qui la regardait

Sa main passée dans son dos

Pour l'accompagner

Les trois mots qu'elle a prononcés

L'attention qu'il lui accordait

A tout la beauté conféraient

Quoi d'autre chercher

Dans ces liens là ?

Et pourtant

Se voir minable

Se dire à quoi bon

Se persuader rien à faire

Vouloir tout cesser

A jamais

Pour toujours

Irrémédiablement

Résolument

Et pourtant

Sentir

La foi

Comprendre

La valeur de chaque chose

Faite pour elle-même

Hors des avis, hors des jugements, hors des croyances

Sans espoir ni illusion

Parce que nécessité de l'instant

Cessent les pensées

Advient l'absolu.

Duale

Elle avait deux visages

L'un était sévère

L'autre s'esclaffait

Dans les yeux du premier, scintillait un éclat métallique

Ceux du second brillaient d'une flamme chaleureuse

A l'un, le menton carré

A l'autre, la mâchoire en courbe douce

Ici, la bouche pincée

Là, les lèvres charnues

Les cheveux serrés en un chignon strict

La mèche virevoltant au vent

Mais mutique

Ou au rire sonore

Une et une égale une

La femme aux deux visages.

L'aventure

Je marchais dans la rue quand une vieille m'a interpellé : "Jeune homme !". Elle voulait me faire traverser. "Pour votre sécurité", disait-elle. A petits pas dans nos chaussons rouges, on est arrivés de l'autre côté. La vie est une aventure.

mardi 13 décembre 2011

Électrocardiogramme

Montagne qui s'élève dans la plaine

Vague qui naît à la surface du flot

Sourire qui balaie l'indifférence

Son qui perce le silence

Et disparaissent aussitôt

A l'horizon du temps

Vie et mort, charmes d'une existence.

Hier est aujourd'hui, alcool fort et voluptueux

Poussières de souvenirs

Soulevées, remises en suspens

Dans l'air respiré

Ennivrent du parfum du passé.

La disparue

Poussières de souvenirs sur la route

Soulevées à chacun de mes pas

Qui reviennent vers toi.

lundi 12 décembre 2011

Le monde... (7)

Elle s'était installée sur moi
Et s'affairait
Dans mon rêve, elle était brune
A la peau douce et tendre et au regard fixe
Et je la serrais et dormais
Mais Marion avait des cheveux blonds qui me chatouillaient le front
Et ses seins étaient des caresses quand elle m'embrassait
Et je la serrais et ne dormais pas
Mais dans le sommeil qui s'ensuivait
Toutes deux avaient le même goût, la même texture, la même saveur
Toutes deux étaient d'oubli et de réminiscences
Toutes deux étaient mes sens.

Baba

Elle se ruait vers moi

M'empoignait, me serrait

Me soulevait de terre

De ses bras puissants

Elle posait des baisers sur mes joues

Jusqu'à les irriter

Fourrait ma tête dans son cou ou contre ses seins

Fourrageait dans mes cheveux

De sa main forte à la large paume

Elle m'emportait

M'installait sur une table, assis ou debout

Se reculait, dansait quelques pas, frappait dans ses mains, chantonnait un air ancien

De sa voix rauque aux accents lointains

Elle me bourrait le dos et les épaules de tapes vigoureuses

Me faisant chanceler sur mon séant

M'embrassait encore, me serrait à nouveau

Et riait et riait

Ma grand-mère russe emplie de vodka.

Arbre

Dans cet espace carré, les gens se tenaient debout
Moi un peu sur le côté, appuyé au mur
Certains semblaient sympathiques
Un homme était beau et une femme jolie
Le souvenir des autres m'a quitté l'esprit
Qu'ils aient eu les yeux bleus, les cheveux blonds ou de grosses montres au poignet
Tous étaient à leurs occupations
Concentrés
L'ambiance n'avait rien de frivole
Peut-être était-elle même un peu terne
Sans aspérité
Mais je me sentais bien
Impression d'arbre parmi les arbres.

dimanche 11 décembre 2011

Vision

Fines et longues

Dévalent la rue

Roux en traîne

Courbent les virages

Bleus et brillants

Trouent les passants

Féline.

A sa valeur, en son instant

La pierre frappe l'eau

S'enfonce et coule

Bulles et tourbillon

L'insulte à la colère

Le sourire à l'amour

La mauvaise nouvelle à l'inquiétude

Le rire à la joie

Chaque état appelle son dû

Aimer le don et ses conditions

Le caillou disparaît

Souvenirs de l'écume

Plouf sonore et léger clapot

Bientôt quitte l'herbe et oublie le rivage.

Cirque

L'attente est inquiétude

La peur noircit le blanc

Du coq à l'âne, passer

Au singe, jouer

Clown.

Potemkine

Sans disponibilité
Ni attention
Véritables
Pas de place dans nos yeux
Pour qui ne nous paraît rien
Concentrés - tendus (exténués)
Que nous sommes à la fabrique d'un personnage
A la construction d'un monde
A la réussite d'une vie
Une vie potemkine
Stuc et carton-pâte
Trompe l'oeil
Des presque morts qui se croient super vivants.

vendredi 9 décembre 2011

Ça nous ferait du bien

Trop d'ondes
Trop de pages
Des discours, partout
Toujours, des discours
Avis, conseils (d'amis), jugements
Explications, commentaires
Encouragements
Choisir, décider, arbitrer, manager
Aller de l'avant
Projeter
Etre acteur
De sa destinée
Plus de place pour la neige, le verglas, les abysses
Insondables, sans barrières ni vérités
Sans repères ni fin
Plus de place pour le blanc
Dans les faits, les actes, les pensées
Remplir, tasser
Blablablablablablablablablablablablablablablablablablablablablablablablablabla
blablablablablablablablablablablablablablablablablablablablablablablablablabla
blablablablablablablablablablablablablablablablablablablablablablablablablabla
Sans jamais respirer
Paroles, paroles
Ah ah ah
Pause, arrêt
Bon Dieu, chut !

jeudi 8 décembre 2011

Silhouette

Une clope à la main

Une clope aux lèvres

De la fumée dans la bouche

De la fumée dans l'air

Pas légers sur un trottoir.

Un type

Il y avait un type dans la rue. Il marchait tête en l'air, levait les yeux au ciel. Il cherchait je ne sais quoi, l'horizon était bouché par les toits, la nuit grise de nuages bas. Pas une étoile, même pas la lune qui hier pourtant s'arrondissait fièrement. Il aurait pu être ivre, il aurait divagué pareil, brinquebalant.



Il était devant de quelques pas, scrutait l'espace comme la DCA. Il s'est pris un arbre, ça n'a pas manqué. Un juron, "Merde !", a éclaté. Plus loin, il a trébuché contre la marche du trottoir et s'est rattrapé presque à genou. Il pestait. Ça nous faisait rire nous qui allions collés, bras dessus dessous, stables et équilibrés sur nos quatre pieds.



D'un coup, il a cessé de chercher. Sans doute qu'il en avait assez. Il a filé à grandes enjambées et s'est engouffré sous un porche voisin. Quand nous l'avons dépassé, il n'y avait plus âme qui vive. La cour était vide. Une porte grinçait.



La couverture s'est soulevée et la lune a percé. Presque pleine. On n'a pas eu besoin de la chercher.

Il y a toi

Tous les jours, ce blog reçoit des visites en provenance d'Allemagne, de Russie ou des USA. Chaque note postée est consultée.

Je me demande à qui j'ai affaire.

C'est assez mystérieux.

Je pense que ce sont de très jolies femmes secrètement éprises mais qui n'osent encore se déclarer ; je crois qu'il s'agit d'éditeurs perspicaces et sourcilleux, lisant dans le secret de leur cabinet, préservant jalousement la connaissance de mon adresse, peaufinant en sous-main un bon contrat pour l'exploitation de cette oeuvre, à l'étranger ; j'imagine qu'ils sont quelques jeunes garçons, des poètes subtils et ténébreux, la mèche rebelle, le regard pénétrant, qui me volent et me copient, m'apprennent et me psalmodient ; j'en suis certain, ce sont des peintres, des avocats, une baby-sitter, des cinéastes, une globe-trotteuse à sans nulle autre pareil pour vous ramener la musique qui se joue à deux pas de chez vous et aussi le menuisier qui, dans Google, a tapé : "Fabriquer jambe de bois".

Ou bien, il y a toi.

Et je te salue, toi qui m'est cher, et te remercie.

(Les autres aussi, pas de blague !)

mercredi 7 décembre 2011

Cercle

Regarder autour de soi
Envier les autres
Qui regardent autour d'eux
Et nous envient.

(Mouvement qui se danse à deux, face à face, en se tenant par les mains et en tournant en rond, plus ou moins vite. Possibilité, dans l'élan, de changer de partenaire, ça va de soi).

Toucher

Je les ai prévenus. J'ai dit : "Excusez-moi, je souffre d'une maladie. Il va falloir que je touche des tissus. C'est plus fort que moi". Et j'ai posé la main sur l'épaule de la jeune femme devant moi qui était en tweed, j'ai passé mes doigts sur l'acrylique du garçon qui se trouvait à ses côtés, j'ai mis ma joue sur le cuir du barbu à ma droite, j'ai caressé la laine de la vieille femme un peu édentée, j'ai saisi la polyamide au coude du jeune homme à lunettes, j'ai touché le velours au col de la fille qui était tout près de moi. Ça m'est alors passé comme c'était venu, je me suis arrêté. J'ai dit : "Merci". Tout le monde s'est décontracté. C'est une étrange maladie, de celles qu'ont les enfants.

1837

On avait été quelques uns à se retrouver près de la petite porte, sur le côté de l'église. Le bouvier était passé qui faisait avancer ses boeuf. Il avait immobilisé la charrette devant notre nez. Dedans, il y avait déjà deux - trois gars. Ils s'étaient un peu rangés, on avait grimpé. On s'était éparpillés, assis sur un des maigres bancs, restés debout, accrochés aux ridelles. On ne se connaissait pas, à part deux dans un coin qui parlaient tout bas. Pour la plupart, nous étions des travailleurs, paysans qui revenaient des champs, artisans qui avaient donné le tour de clé à leur échoppe, lavandière son panier sous le bras. La carriole était repartie. On avait encore chargé plus loin. Parfois, l'un ou l'autre descendait. Je rentrais chez moi. Je les regardais tous. Pas un visage qui me disait quoi que ce soit. J'aurais voulu leur parler, dire un mot à celui qui avait encore de la terre sur les doigts, sourire à celle dont les lunettes tombaient sur le bout du nez, à l'extrême bord du bout de son nez, et qui semblait si concentrée que pas une fois elle ne pensait à les remonter, toucher l'épaule de cet autre sur laquelle passait la lanière en cuir craquelé de la besace ; ça ne se faisait pas. Et puis, tous, ils étaient très occupés avec leur iPhone.

mardi 6 décembre 2011

Une scène comme il en arrive

J'ai fait un rêve étrange où une femme pleurait. Elle était assise, accoudée sur une table ronde. Des larmes avaient inondé ses yeux, coulaient sur ses joues. Son nez aussi coulait. Elle reniflait. Elle avait les cheveux en bataille et le visage tantôt blanc, tantôt rouge, blafard et sanguin à la fois. Elle lui trouvait tous les défauts du monde, maniéré, superficiel, égoïste. Une fois de plus, il l'avait quittée. Cette fois, pour de bon semblait-il.

Je n'avais pas grand chose à dire. Je l'écoutais, sans doute pas avec toute l'attention dont j'étais parfois capable. Si je m'étais assis avec elle, en face d'elle, que j'avais moi aussi posé les coudes sur la table et le menton dans mes mains, ou allumé une cigarette comme elle l'avait fait, deux, trois, cinq fois déjà, et le referait encore et encore, m'étais mouché jusqu'à m'en irriter les ailes du nez et avais fait un tas de mes mouchoirs en papier, m'étais retourné les doigts puis les mains dans des tics inconscients marquant la douleur et la souffrance, avais laissé l'émotion, la tristesse, la colère, le dépit, l'abattement, m'emporter, sans doute on aurait pu dire que je faisais preuve d'empathie mais il n'est pas certain qu'elle l'aurait apprécié ni même qu'elle le désirait. Pas certain non plus que ça lui aurait été, par je ne sais quel ressort psychologique, bénéfique ou, d'une quelconque façon, utile.

Je continuais donc à passer l'aspirateur, l'écoutant d'une oreille que l'on aurait pu qualifier de distraite, la relançant parfois d'une question pertinente ou saugrenue, selon, la ponctuant d'un acquiescement discret, hum guttural ou hochement de tête. Je cognais dans ce fichu pied de table central qui se divisait à sa base et partait dans quatre directions opposées, je cognais dans les pieds de chaises tout autour disposées, je cognais et l'aspirateur était bruyant qui couvraient la plupart de ses mots et déformait son propos. Je lui demandais de lever les jambes que je puisse passer.

Elle reniflait et poussait ses pieds.

Radio

Il dit quelque chose comme : "La musique quand même, il faut que ce soit dansable. C'est peut-être con de le dire". L'autre enchaîne, ajoute, souligne, renchérit : "Non, c'est important".



Burger et Cadiot étaient vendredi dans l'émission de Richeux, France Culture, 16 heures et des brouettes. Ça s'écoute et se réécoute. "Radioactivity", dont il était question, aussi.

Le fils s'égare

Code noir

Parfaite

Gants, bonnet

Cheveux

Noir noir

Très généreux.

Le fils perdu

Soumis aux Dieux, s'en remettant à la chance

Le fils perdu se tient bien

Espère sa récompense.



Foin de soumission

L'acte, seul l'acte

Sans espoir.



Le fils perdu

Et/en/par son devoir.

samedi 3 décembre 2011

Un souffle et du vent

Le désir est puissant
Qui plonge ses racines
Profondes
Trou autour et masses d'eau
Terre, terre
Envie de danser
Sauter sur un pied
Crier
Déconner, baiser
Ecrire, aimer
Offrir, donner
Voyager
Rire et rire
Un souffle et du vent dans les cheveux
Petite fée.

Confiance

Je la voyais de profil et elle n'était pas très jolie

Mais de face

Dieu, quel exploit !

Le monde... (6)

Sans espoir pour demain

Dans l'espace et le temps du maintenant

Les actions se réalisent

Les possibilités sont infinies

Immédiates, elles éclosent

Toujours, vous êtes neuf.

Le monde... (6bis)

Actes sans conséquences

Création absolue

Maintenant.

Le monde... (5)

Dans cet espace, entre là et plus loin

Plus loin qui serait rien

Mais rien joyeux

Rien vécu

Rien consumé, rien éteint

Rien vécu, corps et âme et bien

Dans cet espace, quoi sinon question

Il y aurait à vivre aussi

Qu'est ce que ce serait

Vivre dans cette question

Ce serait sans doute rien

D'autre que rien

Alors on serait déjà là-bas

Et l'espace inexistant

Sans parler du temps

Ok.

jeudi 1 décembre 2011

Le monde est une impression (4)

Je ne sens rien
N'ai pas plus de souvenirs
Et ce qui me passe devant les yeux s'efface du même élan.

Pour dire bonjour, c'est commode mais, pour témoigner, je crains que ce soit assez vite limité.

Avez-vous noté combien les conversations que l'on a, les propos que l'on tient, les remarques, critiques, conseils, pour subtils, intelligents, efficaces, utiles, nécessaires, beaux, justes, ronds ou bleus qu'on les ressente, qu'on les juge ou qu'ils soient, s'adressent plus souvent à nous-mêmes qu'à nos interlocuteurs ; avez-vous remarqué qu'on monologue plus qu'on ne discute réellement ; on se parle, on fait le point, on s'encourage, on s'inquiète, on s'ausculte, on se plaint, on se vante, vous l'avez constaté ?

Ne rien avoir à dire est peut-être un progrès, une avancée mais quand même je rêve d'une main qui s'élance, de doigts qui effleurent, de parfums qu'on hume, de sourires et d'oeillades qu'on capte à moitié, de robes légères ou de gros collants qu'on ôte pressés, de pulls rayés à la va vite passés ou de lunettes sur le nez réajustées ; je me console de musique acérées, prestes, tendues, aux refrains criés, de livres lestes aux histoires menues au cours desquelles il ne se passe rien, de divagations longues et exagérées qui aboutissent au bord du rien, de ces moments où l'ennui, l'ennui si haut, si large, si long, si profond et dense et dur, l'ennui seul l'ennui qui, dans la parole, pourrait être tristesse ou solitude ou, à ce point, ivresse et joie mais qui, en réalité, ne signifie plus rien.

Alors, je sors.
Dans la rue, tout est bruit, tout est mouvement. Dans la rue, tout va vite et fort. D'abord, je reste éloigné, me tiens sur ma réserve. Ensuite, j'avance précautionneusement. Je regarde, j'observe, ce petit spectacle que je trouve plaisant pour lequel je me suis construit des gradins. Enfin, il m'arrive de descendre sur scène, je déclame, je gesticule, je salue. Accolades avec les autres acteurs, coucou au public, sur mes/tes/leurs gradins.

Ne rien sentir, ne pas se rappeler, ne rien dire, ou tout dire, les paroles comme les pensées, qu'elles soient nues ou costumées, et que ce soit bien.

Je suis amoureux, je crois. La vie est une compagne de caractère. Le monde une impression.

mercredi 30 novembre 2011

Le monde est une impression (3)

Contemplation d'un bras, d'une épaule, un nez, une oreille ou un cheveu
Chaque fois émerveillé
Le désir d'une caresse
Contact de la peau
Et toujours des yeux
Ou des lèvres peut-être
Pour un baiser très doux
Sans l'éveiller.

Est-ce cette pensée
Mon amour
Quand elle n'est pas là ?

Est-ce cette tentation
Mon amour
Quand je n'ai qu'à tendre le bras ?

Est-ce en pensée
Mon amour
Une idée, une impression ?

Est-ce ou je perds la raison
Mon amour
Tends le bras, toi
Même quand je ne suis pas là.

lundi 28 novembre 2011

Le monde est une impression (2)

Baisé par la lune

Le soleil sur sa couche

S'éteint

Tandis qu'elle, blafarde

Savoure son triomphe, modeste

Sourit, sourit

Et demain s'attardera visible dans le ciel

Le soleil tout pâle caché par des nuages gris.

Le monde est une impression

Nous courions

Étions nous côte à côte ou l'un derrière l'autre

Nous courions et nos souffles se mêlaient dans l'air vif et frais

Montaient, s'épanchaient

Nous rions

Nous rions tant et tellement

A nous en essouffler

Que notre course faiblissait

Nous ne courions plus

Mais étions pliés en deux

Tous les deux

Les bras pendus vers le sol et à nos cous

Rires et souffles mélangés dans l'air vif et frais

Nous marchions

Côte à côte et serrés, je le sais

Sur les pavés, luisants

Comme nos yeux étaient étincellants

Eclats d'un monde heureux

Dont tout était le parfum.

samedi 26 novembre 2011

Mauvais

Il ronchonnait en passant

Devant les passants

Son regard mauvais

Sur tous portés, et les femmes et les enfants qui sont faciles à insulter

On ne savait quel coup allait partir

Si un coup devait partir

Mais il n'en partait aucun

Car il n'était pas costaud

Ni malin

Encore moins courageux

Juste vilain

Et tout ce qu'il savait

C'était ronchonner

Avoir le regard mauvais pour les passants

Insulter les femmes et les enfants

Ça, il le faisait bien

Depuis petit qu'il s'y adonnait

Funeste jour où il avait cru

Qu'ainsi il serait quelqu'un.

mercredi 23 novembre 2011

Métro

L'oreille collée au pavillon du tuba

Eclats... Clats... Ats...

Sonores.

Prothèse - note de stupéfaction


Ni une ni deux, ma dernière note à peine publiée, je reçois d'une aimable correspondante cette question toute directe et toute nue : "Ça a une queue un hérisson ?" (oui, il est possible de m'écrire, mon adresse sur la page). Je me demande : est-ce préoccupation ingénue ou allusion très crue ?

Pour autant, il m'est facile de répondre. Les dictionnaires classiques et courants, dans leurs définitions du petit animal, n'en disent rien mais il me suffit de me référer au Dictionnaire universel d'histoire naturelle de Charles d'Orbigny, sous-titré Portraits d'animaux (Fage Editions, 2007) - livre que je conserve d'un noël pas si ancien pour ne l'avoir finalement pas offert - pour l'affirmer : le hérisson a une queue et elle est courte. Voire très courte à riquiqui.

La consultation de l'ouvrage, dont je me lasse assez rapidement en vérité mais qu'il est indispensable de détenir, je crois, dans toute bibliothèque que l'on voudrait massive, fouillie, imposante, déroutante, impossible à déménager, de celles qui vous cloue dans un endroit - si vous y tenez, et surtout avec des dessins essaimés dans ses pages, m'apprend, en outre, toujours à propos de c'te chié de p'tit con, comme le râlait le garde barrière de mon enfance et comme me prends l'envie de l'écrire à nouveau, ai-je un jour grandi, qu'il "n'est employé maintenant à aucun usage". Ne sert à rien donc. A peine si "les piquants sont employés comme épingles dans les muséums, pour les objets qui doivent être placés dans l'alcool".

Je ne le savais pas. La notice est peut-être une resucée des notices d'époque - 1841 donc -, je ne vais pas me taper toute la préface pour le faire préciser et me, vous, nous en assurer. Admettons. Qu'est-ce que ça change ? Je ne crois pas que quiconque aujourd'hui se serve du hérisson pour carder la laine - on devrait, pour un vrai tricot bio. D'ailleurs, "sa chair n'est point bonne à manger". Ça le sauve. Mais écoutez, cette idée de me retourner des pics de hérisson vers mon intérieur et m'y suspendre, moi qui suis toujours imbibé d'alcool, qui y trempe et m'y baigne... avouez !

A ma correspondante que je salue derechef, je le rappelle : je ne suis pas un hérisson après tout.

Étrange impression

Je me sens comme un hérisson
Dont la peau aurait été retournée
Vers l'intérieur et les pics affûtés.

Croyez bien qu'en dedans de moi
Je me fais tout petit, tout petit
Et que je n'ose pas bouger.

Pour l'instant, ce n'est pas trop grave
Je n'ai pas tellement de quelques parts
Où je voudrais aller.

Il y a bien un petit trou là-bas
Par lequel je pourrais envisager
De m'éclipser.

Il faudrait que je me tasse
M'allonge et serpente
Jusqu'à cette extrémité.

Une fois dehors, j'imagine
A moi la liberté
D'un coup, je me rétalerai sur la peau retournée

Baignés de soleil
Tripes, coeur, nerfs
Retrouveraient vite leurs aises.

Sauter le pas
Et me voilà délivré.

Mais s'il pleut
Dehors
Sur ma peau retournée ?

Mais s'il y danger
Dehors
Mes pics à l'intérieur affûtés ?

Mais, mais
Mais, mais
Mais, mais.

Rester là
Et me voilà bel et bien prisonnier.

Oh, cette peau et ces pics
Et moi, qui n'en ai pas, restons-en là
Car je ne suis pas un hérisson après tout.

Explosif

Tension intérieure top top

Petite boule, noyau dur

Ballote, cahote, bringueballe

Attention TNT.



Fragile

Lézardes, fissures

Gling gling

Marcher du pas du blessé

Équilibre à préserver.

mardi 22 novembre 2011

Emplâtre - note de résolution

L'évidence est là, ça pèche parfois. C'est tangible, palpable. Le pire est de se rendre compte qu'on ne fera pas mieux. Pour autant, ça existe. Faut-il tuer, faut-il abandonner, faut-il cacher ou aimer ces petits frères mal formés, aux vers arqués, aux idées frêles, aux phrases contrefaites, aux mots fragiles, aux sens abscons même, comme on se vante des autres, les beaux, les forts et bien bâtis ? Ils naissent de circonstances moins favorables, d'élans moins généreux, d'envies moins puissantes. Il faudrait les pousser, au contraire. Laissons les donc en avant, sans juger. Regardons les. Faible et pâle lumière dans l'obscurité, doigt mince et chaud qui s'aventure au creux de notre main, ils sont ceux qui nous font la grâce d'apparaître en ces moments perdus et nous réconfortent et nous encouragent. Voyons les aimables et pas trop niais. Qui sait, trouveront-ils à être adoptés ou mariés ; seront-ils sincèrement aimés ; ou bien tomberont-ils dans l'oubli, comme bien des beaux, forts et bien bâtis !

L'homme

Excitations nerveuses

Élucubrations cérébrales

Des atomes et du vide

C'est tout.

Couic

S'éteint

Mon sourire béat

A la brute épaisse

Dont les yeux brillent d'un éclat

Qui promettent une fureur de bête

Et les gros doigts

Annoncent déjà ma défaite.

Mon aimée, complainte pour un coeur brisé, poème pour coin de table ou porte palière

Quand l'été revient
Dans le ciel de mon coeur
Y résonnent les airs
Qui te disent si bien.

Mon aimée
Tu t'en es allée
Loin, si loin
Mes yeux ne suffisent plus à te voir
Il te fallait les siens.

Quand l'été revient
Je ne suis plus que pleurs
Un récipient vide, voilà mon coeur
Qui me lamente sur son sort.

Mon aimée
Tu m'as abandonné
Seul, si seul
Et ce type auprès de toi
Qui n'est rien de moi.

Quand l'été revient
Je pense à toi
Mon coeur me brûle les doigts
Je te l'envoie.

Mon aimée
Ses yeux petits sont tout étroits
Tandis que les miens si ronds si grands
Ecarquillés, émerveillés
Ne voudraient voir que toi.

Quand l'été revient
A l'été, je ne crois pas
Je ne sens que l'hiver
Depuis que tu n'es plus là.

L'été un jour reviendra
Mon aimée, je n'en doute pas
Alors mon aimée, ce ne sera plus toi
Mais elle ou elle ou encore celle-là.

dimanche 20 novembre 2011

Révolte

Comme un rodeur
L'esprit tourne et ressasse
Devant la porte ouverte sur l'inconnu
Il craint s'y engager
Affolé, use de toutes ses armes
Trouve des arguments contraires
Avertit, menace
Râle, rouspète, se fait comminatoire
Empêche, retient, tire en arrière
Ferme, ferme
Y mêle quelques charmes
Souviens-toi
Fait les plus belles promesses
Espère, crois, c'est à toi
Mais
Qu'on l'assomme, bon sang
Un bon coup de gourdin sur le nez
Qu'on le laisse gésir, pieds et poings liés
Qu'enfin débarrassé
Adviennent l'aventure et la liberté !

Mystère

Tous ces types empêchés par leurs femmes

Toutes ces filles aux bras desquelles se traînent des maris

Des chics types

Des filles formidables

Il paraît

Des promesses, du feu, de la braise

Qui s'harnachent de boulets

Quelle peur donc les effraie

Desquelles de leurs forces craignent-ils les effets

Qu'ils s'entravent et se garrottent ainsi ?

Séduction

Son ombre derrière la haie passe

Mon esprit à ses basques

Jappant, sautillant, chien fou.



J'ai eu beau siffler

A sa jolie traîne, il a disparu

La nuit, j'espère, me le rendra.

samedi 19 novembre 2011

Malédiction

La ville la nuit

Je me méfie

J'suis du genre papillon

Et les enseignes et les néons

Je me cogne, je prends des gnons

Clac ! Clac ! Clac !

Salut (7)

Aucune raison d'espérer

L'espoir n'existe pas

Mieux que ça

Cette certitude

Le pire meurt aussi

Et soyez sûrs

Quelque chose de nous lui survit.



(Ok, ok, on n'est plus toujours là pour en profiter. Mais quand même...).

Salut (6)

S'accueillir

Fraterniser avec soi

Ami, en humanité

Que bruisse le monde

D'une rumeur nouvelle.

Salut (5)

Un âge

L'impression d'avoir vécu

De ne plus pouvoir que chuter

Le parapente

Pour l'illusion.

Salut (4)

En apparence, les plis, les rides
Chaque moment dans la chair imprimé
L'intérieur n'a pas d'âge
Jeune enfant, vieux loup
Toujours même
Vif et virevoltant
Placide et sage
Neuf, entier
Immortel.

vendredi 18 novembre 2011

Jambe de bois - note de fabrication

Je ne sais que faire des mots, des phrases, des idées qui sont plus jolis que vrais. S'en accommoder ou ne pas céder à leur charme ? On mène des vies pas faciles.

(Sacré raccourci que voilà. Ceux qui avaient lu la première mouture comprendront. Même en creux, la vie pleine. Pleine à ras bord. On écope. La pratique artistique, un petit seau. Une boite de conserve, au couvercle tordu, etc.).

Sortilège

Aux visages inquiets

Lèvres crispées

Yeux tristes et cernés

Traits affligés.



Et pourtant, quel désir

Dans ces coeurs-là aussi

D'être heureux !



Où, quand, pourquoi

Ces masques mortuaires

A la figure déjà modelés ?

Salut (3)

Comme l'on met la viande à rassir

Chacun nous offre ses défauts

Pour nous attendrir.

jeudi 17 novembre 2011

Salut (2)

En voyage
Dépaysé
Bousculé
Les traits apparents
Tremblés et dédoublés
Plus loin encore
Continuer, contours brouillés
Jusqu'à effacés.

Révéler
Oublier.

Salut

Déserter la raison

S'épargner la folie

Comme on jette sa dernière clope.

lundi 14 novembre 2011

L'horlit !

L'horloge coucoute
Trouchire le silence
L'enfant sursourne
Insulfixe le cadran
Vingt-et-une heures
Au pli !

J'attendais

J'attendais qu'elle se pointe

Jamais ce n'était elle

A toutes forces tendu

Je souriais

Ma bouche était un cri.

Peu de chose

Ouverture
Sensibilité, vitesse
Impressions
Diaphragme sur le monde
Et le doigt qui presse le bouton
Ta voix.

Seul

Je n'ai pas peur
Les lumières de la ville
Les passants, je regarde
Mains dans les poches
Des têtes, des rires, des pas
Je n'ai pas peur
Planté là
Les yeux dans des yeux
Les pas dans des pas
Que de rires, toi et moi et puis moi
Je ris encore, tu vois
Avant de tourner les talons et rentrer
Le rire, mon compagnon, à mes côtés
Sans peur, ni lui ni moi.

samedi 12 novembre 2011

Qui ?

On dit les sourcils et le nez
On dit la bouche
Les dents parfois quand tu souries
On dit les yeux
Étincelants toujours, et la nuit
On dit l'ovale
On dit le visage dans ses différents traits
Qui derrière
Dans la silhouette
Dans le maintien
Dans le mouvement
Dans les manières
Dans la langue
Qui derrière
L'envie de dire
Et témoigner.

vendredi 11 novembre 2011

Les bracelets

Elle était jolie

Épluchée

Alanguie ou baguenaudant

Sur mon lit

Mais quand elle s'est levée

Qu'elle l'a quitté

Pour remettre ses bracelets

Qu'elle aimait et trouvait jolis et seyants

Ses lourds et gros bracelets

Qui lui empesaient les bras

Et tournaient sa silhouette en je ne sais quoi

C'était fini

Envolé s'était mon envie

Et pour de bon et pour la vie

Car je ne l'aimais pas.

jeudi 10 novembre 2011

Mon Ange

Comme

Tu sais être méchante parfois

Tes remarques sont des pics

Tes réflexions se font couteaux

Tes conseils deviennent haches

Et tes sourires des coins

Et tes yeux des marteaux

Et tu coupes et tranches et déchiquettes

Et tu scalpes et charcutes et décortiques

Et tu martèles et enfonces

Et l'étrange, tu vois

Ça te rend belle, crois-moi

Tu deviens humaine, mon Ange

Oh, je t'en prie

Ne t'amuse pas avec moi.

mercredi 9 novembre 2011

Note de construction

J'écris sans me soucier des mots, du rythme, du style et du sens. Tout ça me vient assez naturellement, je travaille à ce qu'il en soit ainsi. Je ne cherche ni la beauté formelle ni la pensée profonde et sûrement pas les effets. Je n'ai aucune idée de la valeur du résultat ni de sa réception par le lecteur (j'ai assez fait pour me dégager de cette sorte d'attrait-pression). Mais je trouve toujours, dans chacune de mes notes, une certaine cohérence et un peu de force intrinsèque - même dans la légèreté, ce dont je ne me doutais pas et qui m'étonne parfois tant j'en ai fini avec une tension qui voudrait s'assurer de la bonne marche - et du succès - de la chose. Reste sans doute l'ossature, les nerfs et les muscles - l'appareil digestif et la merde, qui sait - du texte lui-même.



Soit dit en passant.

Ça mord

Vague après vague

Le ressac détache la barque

L'éloigne du rivage.



Nage le pêcheur pour la récupérer

Bientôt se noie, épuisé.



Bonne pêche, dit la marée.

Tu savais ça

Dans le labyrinthe des amours

L'esseulé s'affole

Tous ces corps échauffés

Qui se frôlent et s'entrechoquent

Sachant bien qui et quoi

Mais pas lui.



Sur lui, l'espoir

Fond comme sur une proie

S'abat, pèse de tout son poids

Pèse et étouffe

Se change peu à peu que le temps passe

Désespoir

Tu n'y as vu que du feu.



Seul dans le labyrinthe et sans amour

Plus de corps, ou recouverts

Et laids, pas désirés

Le vide qui creuse un vide

Le désespoir et quelques pas

Qu'est ce que tu fous là ?



Avec patience et sans combat

Reste la tristesse

Qui n'est pas la moins bonne

Et conseillère

En tranquillité

Bah, c'est comme ça, fatalité.



Un autre jour, un autre labyrinthe

Sans espoir mais en jeu cette fois

Et le corps échauffé

Qui trouve à qui parler

L'esprit avide

A toujours été mauvais guide.

mardi 8 novembre 2011

Ariane

Elle avait une façon de tirer sur sa lèvre avec ses doigts
Je me suis dit : c'est rare ce geste-là
Mais sûrement que c'était elle la rareté
Son allure dégingandée
Ses cheveux mal coiffés
Sa tenue sans apprêt
Ses manières fatiguées
Nerveuse
Et ses yeux posés sur moi
Tandis que je cherchais ma route dans un dédale que je ne connaissais pas
Ariane, Ariane
Ne fais pas cette tête là
Pensais-je
Trouve une idée, sors nous de là
Elle tirait sur sa lèvre avec ses doigts.

Langage

Tout est langage

Tout est expression

L'arbre au bord de la route

Le souvenir d'une nuit passée

La peur du coma

Le réveil dans des bras aimés

La voix de la chanteuse

La rudesse des sentiments

Le son de la guitare, la batterie

La langueur de la vie monotone

Le petit bateau bleu et sa grande voile carrée

L'affection et le ressentiment

Des ronds et des triangles sur un fond blanc

Un rire

Chaque instant

Il est dit quelque chose à qui peut l'entendre

Et même le silence

Qui en est la page, la ponctuation et l'écrin.

dimanche 6 novembre 2011

La queue du Mickey

A bout de forces

Rien ne bouge

Impossible de faire un pas

Même intérieur.



Laisser tourner

Et les gens crier.

Le métier

Amener le mot au plus près de la chose

Constater le jeu, l'équilibre instable, la juxtaposition branlante

Fermer un oeil

Boucher une oreille

Les contours à peu près

On y entend le feu

Ça ira, pour cette fois

De quoi rester coi

En attendant mieux.



Le métier, on dit le métier ! Qu'est ce que c'est le métier ? Un tour de main peut-être, de la douceur et de la patience surtout. Le métier, c'est savoir attendre quand ça ne vient pas, savoir comprendre quand ça vient autrement, savoir reprendre ou faire autre chose, sans jamais s'inquiéter, sans désespérer ni tout envoyer valser. Des petites touches et si ça résiste trop, se retirer. Étayer, ranger les outils, se laver, aller boire un coup avec les copains.



Le métier, c'est de la confiance aussi. C'est savoir rester calme et posé quand ça vient bien, tenir la distance sans trop s'essouffler, garder l'oeil alerte et la main sure, sans se griser ni se hausser du col. S'en rassasier, en faire profiter les copains.



Le métier, c'est toujours un peu les copains.



(Il y a des livres qui sont de bons copains. Des disques aussi).

Compulsion

Déboulant dans ses yeux

Parfaite beauté

Elle avait claironné l'heure du lever

A des sens tout ébouriffés

Puis s'était aussitôt éclipsée

Les laissant désappointés

Hordes débandées

Qui, chocolat, se jettèrent sur le premier venu

Et, éclairs, le dévorèrent tout cru.

samedi 5 novembre 2011

Une côte, à vélo

La boite ouverte

Le diamant

Sauvage

Pur éclat

Comme dans bien des rêveries.



Toujours, les choses se montrent

Elles disent : on existe

Rappelle toi

N'oublie pas

Mais, alors, ne se lient pas.



Refermé le coffret

Le désir éveillé, seul

Tire encore

Crie, léger.



Quelques échos

Mais bientôt

C'est son tour

Ciao...ao...o.

Nager

Délice des mots

Déliés et dépliés

Agiles et puissants

Lancés

Les uns, les autres

Dans une course folle

L'expression.

Texte corral

Attraper les mots au lasso
Les parquer en troupeau
Sur la page.

Jeu

La fièvre

Rend le pas hésitant

La main tremblante

Et l'expression hasardeuse

Qui ne sont pas pour déplaire

Au joueur.

vendredi 4 novembre 2011

Surprise (fin)

Il fait un temps magnifique, ce matin.

jeudi 3 novembre 2011

Surprise (suite)

Quand les mots ne parviennent pas à traduire la sensation, à rendre compte du mouvement de balancier qui s'opère, peinent à préciser le lieux et l'instant, à décrire l'étreinte ou le détachement, quand les mots ne disent pas le regard, qui plus est en économie mais avec exactitude, s'en éloignent, s'éreintent, se perdent, que faire ?

Est-ce parce que la sensation n'est pas assez explicite, encore, pas mure, et que trop pressé, impatient, ou ne demande pas à être dite tout simplement ?

Passer à autre chose, n'est ce pas (ou rien, pourquoi pas. Il y a de très bons disques qui font patienter. Qui même, parfois, éclaircissent la vision) ?!

Comment fait le photographe ? Comment fait le musicien ? Comment le peintre ? Je me demande.

En attendant, dans la nuit parisienne, pluvieuse, mes fenêtres ouvertes au vent, une coccinelle à deux points (Adalia Bipunctata) est venue se poser sur mon carnet, y a fait quelques pas, a semblé le renifler, s'est immobilisée, apparemment indécise, a déployé ses ailes et s'est envolée.

Une amie me racontait un jour que lisant un passage du Zarathoustra de Nietzsche relatif à des papillons - lequel je ne sais pas, me l'avait-elle seulement précisé (oh, la connaissant, je ne sais comment elle aurait résisté au devoir de me le lire ou me le réciter, mais je ne m'en souviens pas), peut-être celui sur les papillons et les bulles de savon, peut-être un autre s'il en est, je n'ai pas lu ce texte et peu importe en vérité - lisant cela, allongée dans l'herbe de son jardin, un thé à portée de main, elle avait vu un spécimen de ces lépidoptères se poser sur son livre. Stationner un instant puis repartir. La scène survenant, affirmait-elle, dans la brèche que le texte du philosophe avait ouvert en elle. Une béance soigneusement cultivée depuis.

On sait bien le rôle du coléoptère dans l'établissement par Jung de sa théorie des synchronicités.

A moi, cette coccinelle ?

Est-elle les mots que je cherchais ?

Ou bien est-ce simplement qu'on aura du beau temps demain ?

Surprise

Elle faisait pouilleuse, la vieille

La trogne de travers, les cheveux grisous

Et perdue

Mais quand un sourire est venu lui barrer la gueule

Elle s'est trouvée être vachement belle

D'une lumière d'éclairs dans les yeux.

mardi 1 novembre 2011

A sa rencontre

Silhouette dégingandée
Blonds noués
Pleines dents
Dans les bras
Saute la joie.

lundi 31 octobre 2011

Bells

Se souvenir qu'un corps promène son apparence

Quand à l'intérieur, une évidence

Vague ici et là, nez au vent

Et bourdonne de temps en temps.

Marine

Quelque chose d'elle dans mon oeil

Tapait

Cheveux, yeux, bouche, peau ou cou

Je ne sais

Quelqu'elle dans mon oeil

Entrait

Que la lumière gravait

Multicolore irisée

Les formes comme des traits

Son pull rayé sur ma rétine

Riait.

dimanche 30 octobre 2011

La neige au printemps

Sa voix passée par dessus mon épaule

M'attrape l'oreille et s'annonce dedans

Timbre envoûtant

Cheveux noués et sourire charmant.

A découvrir, absolument

Sa chevelure soudaine
Chaque fois révélée
Comme un cadeau, le papier à peine déchiré.

jeudi 27 octobre 2011

Comment rester ?

Nuit sans lune

Espace sans fin

Temps aboli

Seul et le silence

Comment rester ?



S'attendre à voir, espérer

Avoir la foi, croire

Etre émerveillé, jouir

Toutes qualités du coeur

Qui ne sont pas encore

Comment rester ?



Comment rester

Sans la lumière

Sans la chaleur

Sans la rumeur

Sans le rêve, sans l'ambition

Sans les yeux, sans l'attention

Comment rester

Sans le bonheur

Promis, juré

Ni le vouloir, ni le chercher ?



Comment ne pas bouger

Comment ne pas s'impatienter

Comment ne pas prendre peur

Que ça dure, et tout le temps

Comment ne pas fuir

Vertige de la nuit et du silence

De l'espace et de l'absence

Trou noir d'éternité

Sans mots, sans mots aucun

On ne sait plus rien

Sur quoi poser ses pieds

Sur quoi mettre ses mains

Sur quoi fixer ses pensées

Guides jusqu'à présent

A quoi se fier désormais

Comment rester ?



Comment rester

En cet endroit

Où il n'y a rien pour nous tenir

Ni nous pousser

Rien pour nous

Cet endroit

Qui existe pourtant ?



Comment rester

Sinon rester

Parce qu'ailleurs et autrement

Est toujours ici

On y est.





On y revient toujours. Je ne sais pas pourquoi mais, sans cesse, quelque chose nous appelle et nous ramène ici. La question "Comment rester ?" ne se pose en réalité pas. Elle n'est que la résurgence d'un vieux réflexe, interrogation discursive. On reste quoi qu'il arrive parce qu'il n'y a pas d'autres endroits où aller, bien qu'on veuille souvent croire que la mer ou la montagne, la ville, la campagne, les amis, les amants, les collègues, les enfants, le travail, un disque, une voiture, des clopes, la télé, une passion (je ne vais pas vous la refaire), soient des ailleurs, et meilleurs. Mais ces soi-disants ailleurs vivent en nous. Il faut les voir nous traverser, flotter dans le silence. Peut-on se fuir indéfiniment ?



Comment ne pas rester ?

mercredi 26 octobre 2011

On voudrait

On voudrait
Il y a
Mais ce n'est pas
Alors on ne voit pas
Malheureux comme tout.

Cruel

A bout de forces
Et l'espérance douchée
La croix.

dimanche 23 octobre 2011

Grand nord (3)

Dans ce Grand Nord d'extrême

Où le froid et la solitude se mêlent

A ne plus savoir qui ou quoi

Dévore le coeur et brûle la peau

Fendent les pierres

Éclatent les mots

Est-ce le gel

Est-ce le silence

Ces miettes de lettres

Petits tas

Dont on ne sait que faire

Décombres de l'esprit

Passer le balai

Se taire

Plus un mot

Même pas une prière

Du repos.

samedi 22 octobre 2011

Grand Nord

Ma fourchette en chien de berger

Je rassemble mes patates sautées

Au milieu de la poêle

Et je siffle comme pour les appeler.

Ailleurs

Le chien jappe, aboie

Le chien remue la queue, tourne sur lui-même

Le chien tire la langue, lève la patte

Le chien s'aplatit au sol

Saute

Dans le silence de la grande maison vide

Le chien fait la fête à des gens qui ne sont jamais là

Qu'importe au chien

Qu'importe à la maison

Au silence, au vide, à la grandeur

Seuls les absents perdent cette fête-là

Qu'importe les absents

Qui, espérons le, sont ailleurs.

vendredi 21 octobre 2011

Manifeste m'en fou

La solitude est dans ce Grand Nord si extrême

Que quand je vais chier dans la forêt de saules

Longtemps je regarde mon caca, tout noir dans la neige

Et je lui parle.



Je lui parle dans ma tête.

J'avais beau

J'avais beau

J'avais beau circuler, déambuler au milieu de tous

Me faufiler, saluer, serrer, embrasser

Trinquer, rire, ah, ah

Qui ne masquaient pas

J'avais beau

J'avais beau, rien ne dénouait, rien n'étanchait, rien n'éteignait

Je ne sais quoi qui dans mon ventre

Dans ma tête, mes yeux, ma bouche

Mes bras, mon corps

Me poussait, me tirait, toujours à contre-sens

Me pesait, me fatiguait

Me fatiguait, j'avais beau

J'avais beau mais rien

La fatigue de mon corps qui revenait

Mon corps qui

Après tant

Absence

Revenait

Au milieu de tous

J'avais beau

Mon corps

Tous

Venus me fêter

Qui m'avaient tant manqué

Tant

Revenaient

Tous

Au milieu de tous

Fatigués.



On riait.

Manifeste

La neige fond et ruisselle

Court sur l'herbe

Suinte le long de la glace

S'enfonce dans la roche

Dessus, dessous, dedans

L'eau traverse la montagne

Lessive les sols

Creuse la terre

Éreinte la pierre

Charrie le limon

Se charge en minéraux

Cavale dans les interstices

Nettoie les souterrains

S'ameute en nappes

Et un jour enfin

Surgit à la source



A la source

Lumière douce du matin

Grand soleil du midi

Pluie du soir

Ou la nuit, miroiter la lune

Promeneur enchanté

Mouillé

Randonneur harassé

Trempé

Renard assoiffé

Noyé

Vent sec et coupant

Ou rien, couler plus loin

Perdue peut être



Toujours, maintenant

A quelle fin, on ne demande pas

Et les heureux qui sur son chemin

Heureux

Et les autres

Autres

Mouvement

L'écriture n'en va pas autrement.

jeudi 20 octobre 2011

L'inconnue

Elle m'avait vu
Moi pas
Elle détaillais ce qui en moi la séduisait
D'elle, je ne peux faire le dessin
Elle pensait : "Tourne-toi, regarde-moi, viens par là"
Je pensais à je ne sais quoi
Dans lequel je me perdais
Elle m'appelait
Je n'entendais rien
Seuls le silence et le brouhaha
Autour de moi
Quand pour elle, j'étais le son, j'étais l'écho
Je boutonnais ma veste
La marche à nouveau, j'allais
Et loin, elle m'avait suivi
Son regard à mes pas
C'est une histoire
Dont elle se souvient
Avec douceur et tendresse
Qu'elle raconte parfois
Et que moi, je ne connais pas.

C'est mal vu et pourtant

On n'entre pas dans les gens

C'est mal vu

Il faut des morts

S'il y a des morts on peut

Des morts et vient l'envie de parler

L'envie de se tourner

L'envie de se rapprocher

Ne pas se sentir seul

Seul au bord du trou

Avec le vertige et sans savoir quoi faire

Et le trou, tout seul

Qu'est ce qu'on peut

Sinon se tourner

Vouloir des gens

Y entrer.



Le trou est toujours

Toujours là

Morts ou pas.



N'oublions pas.

Le type qui renseigne

Il attend, à côté du plan du réseau

Il a la mine affable

C'est lui.

Dans la rue, calme

Tip Tap Tip Tap Tip Tap Tip Tap
Tip Tap Clonc Tip Tap Clonc Tip
Tap Clonc Tip Clonc Tap Clonc Tip
Tap Clonc Clonc Tip Clonc Clonc Tap
Clonc Clonc Clonc Clonc Clonc

mercredi 19 octobre 2011

Ce qui m'étonne

Ce qui tous les jours m'étonne, c'est à quel point on ne comprend pas nos vies. On parle, on bouge, on fait. On s'en tient à une réalité matérielle établie et convenue (j'ai 36 ans, deux enfants, je vis avec Mathilde, Mathilde est jolie, je l'aime, j'aime mes enfants, mes parents aussi, mon père était dur cependant, dans ma jeunesse, enfin, j'ai un bon boulot, je gagne bien ma vie, mais les impôts, et les loyers, nous irons skier cet hiver ça n'empêche pas, je suis inquiet cependant, la crise financière, ses conséquences économiques, et sociales, et politiques, les Grecs, Moody's, croissance ? récession ? et si j'étais touché, les copains heureusement, Jérôme, je l'adore, Pierre et Charlotte, la santé quand même, mal au bide en ce moment, mon frère est fou, une Audi A8, Natacha, ah Natacha, jolie elle aussi, ses jambes, son regard, l'autre jour j'ai trop bu, j'ai dit des conneries, Mathilde faisait la tête, j'espère que je vais toucher mes primes, cette cravate me va bien, qu'est ce qu'on pense de moi, je perds mes cheveux, j'aime pas les chiens, il faut que j'aille chercher les enfants, je suis à la bourre, fais chier, etc.) sans mesurer ni même percevoir les fondements profonds de cette réalité. C'est une réalité compréhensible, intelligible, admissible. Qu'a-t-on fait de nos sens ? Ne voit-on pas les courants qui nous animent ?

Ne voit-on pas comment nos rencontres, nos lectures, ce qu'on entend et voit, nourrissent nos pensées, nos envies, nos coups de coeur, affirment ou défont nos goûts ! Comment nos relations et les sentiments que nous y accolons nourrissent à leur tour ces pensées, jouent sur nos liens avec autrui, forment nos jugements sur nous et les autres, déterminent notre état d'esprit et nos actions futures ! Comment toutes ces données qui nous sont extérieures entrent, nous travaillent et reparaissent sous une forme recyclée ! Comment notre histoire personnelle, notre milieu, notre éducation, nos goûts et nos habitudes agissent sur notre perception de cet environnement ! Comment les événements déterminent notre existence, non pas tant en ce qu'ils surviennent mais en ce qu'ils provoquent des cassures et offrent des possibilités alors impensées ! Appelons les hasard, fatalité ou destin, ces événements, qu'est ce que ça change ? Comment l'inconscient, brimé, contrarié, joue les trouble-fêtes, comment, libéré, il pousse, balaie, nettoie, impose sur le devant de la scène ! Comment les faits ont leur propre rythme, comment il conviendrait de se montrer patient et courtois à leur égard, comment on ferait bien de se tenir en retrait, silencieux ! Comment surgissent et s'expriment tous ces phénomènes ! Comment tout est lié, interpénétré, dépendant, conditionné, sans sujet ni durée, immédiat ! Ne voit-on pas tout cela, je veux dire non pas en le comprenant de façon logique et raisonnée avec des mots et des phrases comme je viens de tenter de le faire, maladroitement car c'est impossible, mais en le percevant se dérouler, bulles qui éclosent dans le silence de notre espace intérieur ?!

Et l'on voudrait définir et contrôler un mouvement qui nous échappe totalement (d'autant plus qu'on se refuse à comprendre cette chaîne, angoissante peut-être, surprenante sans doute, enthousiasmante sûrement), qui même ne dépend pas de nous, dans laquelle notre rôle se limite sans doute à n'être que témoin ; et l'on voudrait s'en tenir à une vie dans ces cases (Mathilde, les enfants, moi, le boulot, les amis, le bien, le mal, les joies, les peines, les soucis, les soucis, les soucis - qui existent sans doute, mais ainsi dit, ou autrement, et n'existent plus tout autant car déjà révolus, disparus et remplacés), se la faire facile et douce et heureuse, emplie d'argent, d'amour et d'attentions.

C'est illusoire, vous comprenez.

Des mots ! Des mots ! Seuls les mots peuvent assez maquiller la vérité pour en faire une réalité. Les mots sont à entendre (ou lire) et à oublier. Aussitôt oublier.

Dans la lueur des phares
L'animal effarouché
Ne sait pas danser.

(Parce que je ne savais pas où les caser).

Dans la coulisse

A l'appel le silence

Au rendez-vous l'absence

A la rencontre la dérobade

Au salut l'indifférence

Quitté le monde

Devant

Pour ses ombres

Derrière

Et découvert

Dans la coulisse

Les manivelles, les cordes, les palans

Qui tournent, lèvent, tirent

Désirs et tourments

Charmes, joies et nécessités

Aux histoires contées

Un élan

De l'énergie

Et le tour est joué.

Moderne, urbain, civilisé

Se croiser

Détourner le regard, s'ignorer, s'éviter

Dans une bulle confortable

Douillette et protectrice

Sourd, aveugle, bouché

S'enfermer

Que rien ne vienne interroger

Que personne ne pose question

Pas de surprise

Aucune déconvenue

Rester entre soi

Uniformes

Conformes

Contents, rassurés

Sans curiosité

Rien qu'on ne veut pas

Et si, pas d'attention

Indifférent

Tout va bien.



Il faut s'accorder une importance extrême pour se refuser aux autres, croire ou laisser à penser qu'ils sont, quoi ? Des monstres indignes ?!



A la foire aux vanités, le regard - et les grilles - est tourné dans l'autre sens.

Prière

Que ses ressorts cassent

Qu'il tombe, renversé, toutes pièces éparses

Mon esprit, détendu.

mardi 18 octobre 2011

Parmi tant d'autres

Dans l'abandon

Heureux

Caméléon

Rouge, jaune, vert ou bleu.

lundi 17 octobre 2011

Esotérique

Espérer la vie sauve

Sans savoir l'obtenir

Tâtonner, hésiter, s'enquérir

Personne ne sait

L'au delà

Et ceux qui savent

Ne le racontent pas.

Une girafe chez les éléphants

Marchait devant moi un colosse de petite taille, aux jambes courtes et, de fait, aux fesses basses. Son torse et son cou puissants, ses bras aux muscles cultivés, surdéveloppés même - sorte de pédanterie du bodybuilder, lui conféraient une impression de poids, de robustesse certes, de lourdeur tout autant. Trapu, il était imposant.

Il allait à petits pas, courts et tranquilles, et avançait lentement. Le passage était étroit, il l'obstruait. Il me bloquait derrière, moi dont les longues jambes déliées ne demandaient qu'à entrer en action, jouer à plein, avaler le carrelage.

Je n'étais pas pressé, je voulais aller vite. J'aime marcher rapidement, courir presque, et précisément dans ce couloir là, avec, à défaut d'une auréole, mes cheveux qui volettent au dessus de ma tête. J'aime sentir l'air s'écarter sur mon passage, siffler contre ma peau, chanter mes louanges, me saluer. J'aime entendre mes pas cliqueter au sol comme une balle de ping-pong rebondit, frivole, sur la dalle de béton, légère pente vers la rivière en contrebas : tic toc tic toc tic toc, etc. Impossible de le passer, je rongeais mon frein, tressautais, fulminais. Il avait de ces bras ! Vous me voyiez lui taper sur l'épaule, lui se retourner et me toiser, moi lui sourire, cligner d'un oeil et lui glisser sous le nez, lui m'attraper par le col et me serrer dans ses bras monstrueux, affectueusement peut-être mais, m'écraser ?!

On se sent impuissant parfois au milieu de l'adversité.

Bonjour machine (fin)

L'honorable correspondant - je le connais, il est malin en diable - renchérit :

"Tout, absolument tout ce que nous produisons passe par un logiciel. Tout ce que produit un journaliste et distribue un média passe par un logiciel. Tout ce que le public consomme, distribue et produit passe par un logiciel. Sans logiciel, il n'y a ni journalisme, ni média, ni public, ni qualité. Il n'y a pas non plus de commerce ni de publicité. Sans logiciel, il n'y a pas de relation avec le marché." Pablo Mancini.

Pablo Mancini, si c'est bien lui, semble être un journaliste argentin du groupe Clarin, féru de nouvelles technologies. A ce stade, je ne sais quel crédit ou débit il convient de lui accorder. Je n'ai même pas le temps de me renseigner, fouiller le net - vous me voyez, pour savoir d'où il parle et ce qu'il dit. Et je m'en fous !

Simplement, merveilleux correspondant, voyez : la technologie est là conçue comme étant l'interface du marché.

Assez, maintenant. C'est assez. Je deviens fou.

Bonjour machine (suite suite)


Mon honorable et admirable correspondant me fait savoir que l'émission "La tête au carré" de Mathieu Vidard, diffusée ce jour sur France Inter, traite - qu'est ce que j'en savais, moi ?! - très exactement de ce sujet : "L'impact des nouvelles technologies sur le cerveau". On ne pourra pas dire que je ne suis pas dans l'actualité, cette espèce de préscience dans laquelle je me repais ces jours-ci.


Dieu m'en pardonne, car je ne recopie habituellement pas, je cite ici le "pitch" de l'émission, que je n'ai malheureusement pas le temps d'écouter, c'est pas du boulot j'en conviens :


"« Internet rend-il bête ? » :  tel est le titre un peu provocateur d’un best-seller de l’essayiste américain Nicolas Carr, qui vient d’être traduit en français (éd . Robert Laffont). S’appuyant sur des études scientifiques effectuées outre-atlantique, il y montre comment l’utilisation d’Internet  a opéré une véritable « révolution » dans notre cerveau.


Notre cerveau, éminemment plastique, se serait déjà adapté à l’usage intense de ces nouvelles technologies, comme il se serait adapté dans le passé à l’invention de l’écriture ou au développement de la lecture. Elles auraient modifié le fonctionnement de notre mémoire, de notre attention, nos rapports à l’apprentissage, et plus profondément notre intelligence, notre façon d’appréhender le monde et de le penser. Les digital native (ceux qui sont nés avec Internet) seraient donc, selon lui, de véritables mutants.


Les recherches récentes en neurosciences ont en effet démontré la plasticité de notre cerveau, que les connexions neuronales se modifiaient en permanence en fonction de nos expériences vécues, mais aussi des outils qu’on utilise".


A quoi, moi, je joins cette idée que j'ai de la chose - et vous aurez noté le ton résolument optimiste de ce petit résumé : oui, le cerveau est plastique. Oui, l'homme s'adapte. Sauf que : l'utilisation des nouvelles technologies rend l'homme effectivement plus adapté à l'utilisation des nouvelles technologies (comme l'ancêtre qui découvrait la charrue et apprenait à s'en servir, la maniait probablement de mieux en mieux - sinon ces cons de boeufs ou cet abruti de cheval ! - et, même, la perfectionnait mais jamais, ô grand jamais, ne l'emmenait dans son lit, entre sa femme et lui, ou l'amenait à table et avec elle devisait, sourd aux paroles de ses enfants, ou encore se la foutait devant les yeux quand le soir après le turbin - toute la journée derrière sa charrue - il avait la possibilité de se trouver nez à nez avec le grand spectacle de la nature, ou laisser ses pensées vaquer, voguer, divaguer, se découvrir ou inventer je ne sais quoi, le fil à couper le beurre, tiens ; peut-être, il en rêvait et s'il en jouissait, ça passait avec les autres fantasmes). L'homme s'adapte à la machine, devient (un peu) machine lui-même. Et les outils utilisés commencent à prendre le pas sur les expériences vécues (ou les expériences sont vécues comme on utilise un outil, machinalement). Ce qui fait l'homme n'est sûrement pas la somme des connaissances dont il dispose, ni son intelligence ni sa bêtise, mais sa capacité à se tenir, entier, dans le mouvement naturel de la vie, s'y éprouver et en avoir conscience. Cette capacité pour s'exprimer nécessite courage, ténacité, vigilance. Elle est révolte. Elle ne peut accepter de céder une once d'attention, de s'en remettre à autrui pour percevoir à sa place. Cette capacité n'est pas connaissance ni possession - ça, on peut tout abandonner et plus encore. Elle est seule et pure perception. Pourquoi limiter le champ de cette perception quand elle est naturellement vaste - l'intuition par exemple ?


Quant à vous, merveilleux correspondant, cessez de me relancer : c'est de poésie dont j'ai envie (et sûrement pas de conceptualiser).

Bonjour machine (suite)

Ce qu'en réaction un admirable correspondant traduit par le dessin suivant :


dimanche 16 octobre 2011

Bonjour machine

Dans les récits de science-fiction, ou d'anticipation, la grande frayeur consiste en l'invention par l'homme d'automates, de machines et robots de plus en plus perfectionnés, de plus en plus intelligents, sensibles et performants, qui, peu à peu ou dans un saut évolutif soudain, acquièrent une sorte de conscience humanisée et prennent le pas sur leurs créateurs jusqu'à surpasser, dominer, assujettir ou anéantir le genre humain - au cours de terribles guerres, au prix de batailles acharnées, d'où réchappent quelques héros courageux et tenaces qui iront grossir les maigres forces d'une résistance décharnée mais combative (tous clichés assumés).
 
Dans la réalité, les choses sont bien plus simples et certaines : l'homme se transforme en machine et abandonne son humanité. Non pas que la technique lui échappe et s'autonomise pour vivre une vie indépendante, loin de lui, ou contre lui, et à ses dépends (sans parler ici de révolte ou de retournement, simplement d'abandon et de mépris, de dépérissement et d'extinction - l'homme ne sachant plus faire sans) mais qu'il s'en remette à elle, de plus en plus entièrement et librement, par facilité, fainéantise, refus d'exercer ses facultés et rejet de ses responsabilités, qu'il se fonde peu à peu dans la technologie et disparaisse finalement, s'abandonnant d'abord physiquement (prothèses), ensuite intellectuellement (mémoire, calcul, capacité de réflexion, pouvoir de décision) et enfin spirituellement (solitude, autonomie, liberté), aspiré, siphonné  phagocyté, dissout, évaporé.

Plus de chair, un exosquelette.

On y va et sans doute plus vite qu'on croit, suffit de regarder les yeux vitreux du gars en face de moi, son casque sur les oreilles, le son poussé à plein volume, ses petits doigts boudinés qui virevoltent sur le clavier virtuel de son téléphone - quand il n'est pas devant son ordinateur ou sa console ou l'une de ses télés ou affirmant que l'iPhone a changé sa vie - mais quelle vie peut-on donc bien mener pour qu'un téléphone nous la change en profondeur (le téléphone nous ferait donc mieux nous supporter ou aimer les autres ?). Le gars n'est plus là, dans la vie qui passe à portée de main, la machine le tient en son pouvoir et utilise son énergie vitale. Oh, il n'est ni vilain ni méchant ! Son rapport au monde prend le chemin d'une interface. Quel lien avoir avec lui si la machine en est le média ? Quels genres de relations entretiennent deux machines entre elles ?

Le drame étant celui-là que l'homme cède de son propre chef (consciemment dans le sens où il peut, pourrait s'il voulait bien y regarder, se percevoir y cédant, mais ça se voit qu'il croit bien faire, sûr ainsi de se développer, gagner en dimensions, devenir plus grand, plus fort, plus intelligent, plus performant, meilleur - en réalité plus adapté (pas faux), plus intéressant (la clé). En dort-il mieux ?)

Tout s'achète, tout se vend. Pourquoi pas sa propre nature ?! A quel prix ?

(Il faudra qu'on retrouve le goût, la patience, la passion, de ne plus se fuir. Alors, les choses nous apparaîtront simples et belles, telles qu'elles sont. Sans doute, la technologie y aura sa place. Simplement sa place).

vendredi 14 octobre 2011

Achever

Forêt et nuit noires
Hurlent les loups
A coeur joie.

Amadouer les loups
Avec la viande du bout de ses doigts.

jeudi 13 octobre 2011

A l'unisson

Devant la maison
La lande s'offre pour horizon
Je lui fais cadeau de moi qui suis un puits profond
Nous communions.

Impasse

La solitude
Et personne, jamais, pour la contempler
Avec soi.

Des artistes

J'avais fini par tout déblayer

Balancer

La surface était vide, plane, désolée

Ouverte à tous les vents

Des plus doux aux plus puissants

Un fil restait

Tendu, qui la traversait

Seul désormais

Avec plus rien accroché

Pour l'entraver

Un fil fait pour vibrer

Un fil fait pour chanter

Et ce fil disait la colère, la tristesse et la joie

Ou simplement se taisait

Alors la bouche se tordait

Et les gestes s'emportaient

Et le coeur se pinçait

Et les yeux pleuraient

Et le visage s'illuminait

Et le rire perçait

Et l'ennui s'annonçait

Et les pensées regimbaient

Tandis que sur le fil un équilibriste marchait

Faisant attention de ne pas tomber

Croyant superbement manoeuvrer.



Vent et fil s'en donnaient à coeur joie

Qui improvisaient tout ça.

mercredi 12 octobre 2011

Karma

Assis. Autour, la foule. Les gens amassés. Je souris. Une petite musique occupe mes pensées. Elle a les yeux bleus, lumineux. Elle me regarde. Je la vois, face à moi. A ses lèvres, monte un sourire. Elle est jolie, imparfaite, belle. C'est ça. Nos regards sont accrochés. Nos sourires aussi. Elle est proche, toute proche. Mais. C'est l'heure. Nous nous levons, sortons, partons. La foule. Les gens amassés. Chacun sa direction.

Rideau.

Nos sourires flottent dans l'air derrière nous, dans la foule et les gens amassés. D'autres occupent nos places délaissées.

Puissent nos sourires s'afficher à leurs lèvres, aider leur yeux à se trouver, pousser leurs corps à se porter l'un vers l'autre, encourager leurs esprits à s'engager dans une même direction ! Puissent nos sourires poursuivre cette histoire, toute légère, que nous avons esquissée ! N'est-ce pas pour ça que nous les avons laissés derrière nous ? N'est-ce pas dans ce but même que nous avons souri ?

Une carpe

Les vagues cassent
Dures
Sur ma tête
Sous l'eau, je bois la tasse
Salée
Saoulé
Hors, j'attrape l'air à grandes goulées
Une carpe
Vous voyez ?!

mardi 11 octobre 2011

L'émotion

J'avais plein de mots en tête

Qui déboulaient en trombe

C'était une telle pagaille

Que je ne savais quoi dire

Les mots allaient se fracasser contre mes dents

S'enfonçaient dans ma langue

Ricochaient contre mon palet

Ne parvenant au mieux à produire que quelques sons étouffés

Borborygmes, hoquets, cris de chimpanzé

Mon souffle lui-même poussait, poussait

S'éreintait et se désolait

Mon coeur battait, pompait, propulsait

D'autant plus que l'émotion le tenait

Mais ma bouche restait résolument fermée

Hermétique, bouclée

Ce n'était pas cette fois que je parlerais

Ces mots étaient faits pour me rester

Je l'aimais.

dimanche 9 octobre 2011

Frayeurs

Où sont-elles les petites amies
Qui chantent et qui pépient
Où sont-elles ces petites chéries
Tombent-elles du ciel le soir aussi ?

Je me demande si le jour, en secret
Est capable de les séduire, les amasser
Les retenir, les préparer
Et à la nuit tombée me les envoyer ?

Ou si seule la nuit
Trouve la force et l'énergie
De les faire si fortes et si jolies
Mes chères et vieilles amies ?

Car au petit matin souvent je les vois
Descendues doucement et bas
Venues à mon chevet et dans mon lit
Me surprendre d'une terrible et belle insomnie.

Où sont-elles ces petites chéries
Qui chantent et qui pépient
Viendront-elles le soir aussi
Quand je ne suis pas encore endormi ?

Mes gentilles amies dont je jouis et me languis.

Impuissant

C'est une veste blanche qui disparaît au loin

Dans la circulation dense sa marche rapide

Mes yeux incertains

Rétrécis à fixer le lointain

Ma voix faible étouffée

Dans ma bouche bée

Et mes bras trop courts

Levés pour

Vraiment trop courts.

samedi 8 octobre 2011

Soleil et pluie

Soleil et pluie

Aujourd'hui

Soleil et pluie

Indécis

Soleil et pluie

Tous les jours

Hier, demain

Aujourd'hui

Soleil et pluie

Comme toujours

Dès le matin

Jusqu'à midi

Et le soir

Et la nuit

Soleil et pluie

Aujourd'hui

Et d'espoir

Lune et pluie

Indécises.

Arc en ciel

Où suis-je allé me fourrer

Où me suis-je mis

Je ne me trouve plus

Et si, par hasard, je crois me croiser

Ne me reconnais pas

Est-ce moi celui-là

A qui je palpe le visage

Suis-je celui-ci

Dont je sonde les opinions

On dirait bien que non

Il ne semble pas

Ces mains

Ces pieds

Ces goûts

Ces yeux

Ces idées

Où me suis-je mis

Pas drôle du tout

Se perdre et s'égarer

Se croire mais se tromper

Oh j'avais cru

J'avais vu ce que j'avais vu

Entendu et entendu

Forgé, fabriqué

Construit

Fourvoyé

Tout ce temps

Et maintenant

Que je m'en aperçois

Me perds et ne me reconnais pas

Où donc ai-je disparu

M'en suis-je allé

Vraiment.