samedi 31 décembre 2011

Sensation

J'en avais saisie une

Surprise que je suivais

Patiemment

Silencieusement

Religieusement

Elle remontait le long de mon dos

Des reins jusqu'à l'échine

Crépitait sous l'omoplate

Droite, comme souvent chez moi

Et venait frapper à ma gorge

Toc ! Toc ! on aurait dit

Mais la porte à ouvrir était imaginaire

Oeuvre de l'esprit

Bâtie sur le passé

Fermée par les habitudes

Forteresse dont, pour l'heure, je n'avais plus la clé

Mais qu'un jour, j'en avais la certitude

Un Toc ! plus faible qu'à l'habitude

Viendrait ébranler

Et mettre à terre.

Souvent

Bien des difficultés

Secouer son esprit comme le chien s'ébroue qui sort de l'eau

Aucun tourment.

Mouvement

Avoir une idée de soi en tête
C'est faire surgir le passé
Figé
Car sous nos pieds tremblants
Le présent se révèle toujours infiniment branlant.

L'épreuve

On avait quitté le ponton

Pour descendre dans la mare

Bonne ou mauvaise idée

On regrettait souvent le bord où s'asseoir

Mais il nous fallait nager

Jusque l'autre côté

Revenir était sans espoir

Le ponton lui-même s'en était allé.

En résumé

Après-midi de baignades.

C'était comment ?

Plouf !

vendredi 30 décembre 2011

Notre amour

Tu étais : déferlantes

Longues lames

Venant se briser sur mon âme

Et notre amour aux courants puissants et profonds

Etait aussi écume

Blanche et froide.

Un pas, parfois

Il t'a suffi d'un mouvement

Ta jambe avançant

Tes bras accueillant

Des gestes francs

Ta voix

Sure de toi

Ton coeur dedans

Mon coeur et moi

Conquis par l'élan.

jeudi 29 décembre 2011

Mère

Je lui avais proposé

Rester un peu

Venir avec nous

Le souvenir que j'en garde

C'est son manteau qui s'en va

Rouge au bout de la rue

Sans dire un mot

Elle avait préféré ne pas

Notre attention pas assez soutenue.

mercredi 28 décembre 2011

En nos hivers (qui seraient des automnes)

Soleil pâle

Vent tourbillonnant

Cheveux en l'air et chair de poule

Lèvres blanches et mains froides

Il faut s'y faire, mon amour.

On aurait dit

Aussitôt qu'une apparaissait
Elle captait mon regard
Mes yeux s'y fixaient
La suivaient
Jusqu'à ce qu'un arbre
Une voiture, un angle
La cachent
Alors, d'ailleurs, une autre venait
Passait et s'en allait
Puis c'était une autre
Et encore une autre
Sans arrêt, clic, clic, clic
Ça faisait comme une guirlande clignotante
Allumée, éteinte
Allumée, éteinte
Je crois bien que du banc où j'étais
Cette rue en bord de mer
C'était noël, il me semble.

Désir

Elle m'attendait
Tout sourire
Sur son banc
J'accourais
Vous pensez-bien !

Fenêtre close et vue bouchée

Ce temps n'est pas le mien
Je n'y comprends rien
Aucun trou en face d'un trou
Aux trous, du plein
Du plein, du plein
Pas d'espace pour voir au loin.

samedi 24 décembre 2011

Malade

Malade

Mais c'est tout le temps

La tête surtout.



(Si je l'ai déjà écrite, je m'en excuse. Je rouvre mon carnet au hasard d'une page et retrouve cette note : 11 novembre 2011 - précédée de la citation suivante : "Un homme est sur terre pour créer. Donc ne jamais plagier, toujours regarder vers l'avenir, quel qu'il soit", Jean Prouvé - 1982. La nuit d'avant, j'avais fait un rêve. Je me souviens, j'avais été pris de tremblements, j'étais saisi de froid et bientôt, j'aurais une fièvre incroyable, mon esprit divaguait entre rêve et délire : mon bateau sombrait. Il s'appelait le Sea Shark. Une tempête terrible, la mer démontée, des vagues hautes et puissantes, la pluie, le vent, des grondements à tout péter, dans le ciel et tout le long de la coque, ça tanguait et gîtait, plus rien à dégueuler, l'obscurité terrifiante, je me souviens, dans ce rêve, ou en vrai, à côté du rêve qui se poursuivait, je me disais qu'il fallait que je note les idées qui me venaient à l'esprit, le naufrage du Sea Shark, que je me lève pour aller écrire cette histoire-là, me lever, ça me faisait rire, je tremblais, j'avais froid, mes dents clac clac clac, les membres engourdis, j'en étais incapable de me lever, et puis, je pensais, cette histoire je l'écrirai comme une lettre, une lettre signée Hunter S. Thompson, une lettre dont j'expliquerai qu'on la tenait depuis longtemps, qu'elle nous avait été personnellement adressée, à moi, à la famille, par l'écrivain, et dans mon rêve, ou à côté, j'étais persuadé que j'allais réussir à faire croire ça et que c'était une rudement bonne idée. Je ne me levais pas et sombrais enfin, moi aussi, dans le sommeil. Le lendemain, ne restait pas grand chose de mes bonnes idées : des planches défoncées, un mat, une caisse en bois, quelques effets personnels. Et la maladie. Le Sea Shark).

Ours Totem

Il y avait les pensées

On les a perdues de vue, oubliées

Sont montées les sensations

Première ligne, la bagarre

Viennent, passent et s'en vont

Démasquées, nues

Leurs noms mêmes ont disparu, nuit des temps

(Au commencement était le verbe, le début des emmerdes)

Mais après

Le vent, la terre et le ciel

Décor et souffle

Caverne

Veste et profonde

Et Dieu, l'ours qui dort au fond ?

Bonne idée

La peur

De la compote sur les murs

Tartinés

Voilà comme elle m'est apparue

Mais elle aurait tout aussi bien pu être du fromage blanc.



(La sensation se révèle telle qu'on la perçoit

Telle qu'on a appris à la percevoir

Peur, joie

Telle qu'on ne la perçoit plus

Mais qu'installée

Elle reste

Sans question, désormais

Peur, joie

Quand elle n'est qu'énergie et information

Et on pourrait sentir, si ça nous chalait (forme qui n'existe pas, ne dites rien, m'en chaudrait plus que ça pour m'arrêter),

Compote ou fromage blanc sur les murs de notre conscience).

jeudi 22 décembre 2011

Avec l'autre

Dans l'adieu ou l'au revoir

Faire le deuil de soi

Tel que l'on s'est aimé dans le regard de l'autre.

Chez elle, chez lui, chez eux

C'est de la joie

De l'enthousiasme

De l'envie

De l'énergie

Qu'on perçoit dans les attentions

Intentions, gestes et mouvements

Dont on est amoureux

Car ça résonne en nous

Comme la vie.

Dehors !

J'avais couru pour attraper

Le métro aux rames

Bondés

Et tandis que les portes se fermaient

Je criais

"Attention, je saute"

Mais ça n'a fait rire

Personne

Et bien des mains m'ont repoussé

Sur le quai.

Cette sensation qui me traverse

Elle est dure
Mais n'existe pas
Ailleurs que dans mon esprit
Pourquoi mon esprit est-il dur avec moi ?

Avec lui

Sa main sur son dos était une gentille caresse
Qu'y avait-il à comprendre à ça
Son geste à elle envers lui
Sinon que nos regards s'étaient croisés.

mercredi 21 décembre 2011

Chasseur et chassé

- "Ne bois pas trop !

- De quoi as-tu peur ?

- Je te connais.

- Moi aussi, je me connais. Si quelqu'un doit être effrayé, c'est moi. Toi, tu ne risques que le ridicule et la honte.

- C'est beaucoup. Je n'ai rien demandé.

- Tu seras là-bas. Moi aussi.

- Je ne t'ai pas invité. J'aurais préféré que tu ne le sois pas.

- Tu n'es pas responsable de moi. Je suis grand.

- Tu n'es pas grand. J'ai été tant de fois responsable de toi que personne ne le discute plus. Si tu te tiens mal, on me regardera avec des airs accablés. A qui d'autre les remarques désagréables ?

- C'est un piège que nos amis t'ont tendu.

- Ça se pourrait.

- On va le déjouer. Je vais me tenir.

- Ne bois pas.

- C'est ce que je vais faire.

- Vrai ?

- J'y suis bien décidé.

- Tu crois pouvoir y arriver ?

- Tu vas voir.

- Seigneur !



Il ne but pas. Il avait de la coke.

A point nommé

A l'heure de prendre la route

L'ami fuyait, pressé

J'ai rencontré l'inconnu

Qui fut parfait pour le moment à passer.

Un foyer

C'étaient deux fenêtres

Immenses

Ouvertes sur son coeur

Qu'elle tournait vers moi

Offre limpide et bleue

A m'y jeter

Ses yeux.

La vieille histoire

Elle dit : "Je ne veux plus que tu me fasses de cadeaux. J'aime beaucoup tes cadeaux qui sont toujours très bien trouvés mais ils le rendent jaloux et le mettent en colère. Il voit combien tu me connais mieux que lui, combien tu me perces encore à jour, combien le moindre de tes gestes me touche, presque au coeur parfois, combien ta présence reste dans l'air, même si c'est lui qui vit avec moi. Je ne veux pas qu'il se sente dépassé, par toi. Il ne le mérite pas. Il a ses qualités. C'est lui que j'aime. Désormais".

Je ne réponds pas. C'est une vieille histoire. D'autrefois.

lundi 19 décembre 2011

Sous le doigt caressant

C'est la texture de la peau
Sous l'aisselle
Entre les cinquième et sixième côtes
Un peu en arrière du sein
C'est la texture de la peau
Précisément à cet endroit
Qui détermine tout
La disponibilité du fils
La bienveillance du père
La fougue de l'amant
La patience du frère
La franchise de l'ami
La puissance du nageur
La dextérité du conducteur
La diction du bavard
La logique du raisonneur
Et tant d'autres
Citoyen
Flâneur
Peintre
Tout
C'est la texture de la peau
Sous le doigt caressant
Un matin de froide pluie
Et de vent cognant les volets clos
Les corps serrés
Sous les draps tirés
Et les idées pas encore apprêtées.

Ce petit truc particulier

Elle louche
Oh, bon sang
Si j'étais affligé d'un tel strabisme
Je n'aurais plus à boire
Me bourrer la gueule
Pour voir tout déformé
Mais je l'aime
Et sans doute à cause de ses yeux
Car pour le reste
Jolie, maline, intelligente
Sensuelle
N'importe qui peut l'aimer.

Nous sommes, au réveil aussi

Nous sommes des gens sérieux
Qui savons nous tenir
A peine est-ce si nous oublions
Une chemise maculée de vin
Ou si nous nous endormons
Sur le parquet tout habillé
Ou si nous déblatérons
Des énormités, en rang gentiment alignées
Chez nos amis bien-aimés
Mais parfois pourtant
L'envie pressante
Tout envoyer bouler
Laisser les uns et les autres se démerder
Une petite pute au passage
La voiture dans le fossée
Le front suturé
Vingt cinq points cette année
Pour Los Angeles s'envoler
bouche pleine et bras chargés
Sur la bouche embrasser
Dire : "Crotte"
S'il vous plaît
Nous sommes des gens trop bien élevés.

dimanche 18 décembre 2011

Charmes

Elle avait les dents les plus blanches et les mieux plantées

Les lèvres les plus rouges et les mieux dessinées

Le sourire le plus doux et le plus charmant

Et c'est avec ça, et fort

Qu'elle m'a mordu le doigt.

Sa copine à ses côtés

Rarement vu un type

Se lécher le doigt

Se décrotter l'oreille

Se relécher le doigt

Passer au nez

Comme celui qui est en face de moi.

Un appel

Peur de rester seul,

Tourner en rond, s'ennuyer

Peur d'aller à ce dîner

Tous ces gens qu'on ne connaît pas

Peur d'accepter cette mission

Le risque d'échouer.



Si on la fuit, si on cherche à l'éviter

La peur va nous appeler

Constamment

Elle créera les conditions de son apparition

Nous tombera dessus au coin d'une rue

Au sortir du métro, dans le bureau du patron

Nous attendra chez l'être aimé

Infidèle, prêt à nous abandonner

Nous surprendra près de nos enfants

Nos amis, nos parents

Les inconnus

Nous suivra avec ses copines, inquiétude et anxiété

Ricanantes, turbulentes

On pourra se claquemurer

Elle passera par la cheminée

Gangrenées, les situations se feront déplaisantes

Oppressantes

Redondantes

Et les rares moments de tranquillité ne seront là que pour nous rappeler sa présence

Tapie

Sournoise

Redoutée

Peur de la peur.



Savons nous de quoi nous avons peur

Sinon de nous

Rien d'autre

Peur de nos réactions

Perdre le contrôle

Ne pas être à la hauteur

Ne pas être conforme

Risquer d'être mal jugé.



Toujours aller vers la peur

La peur est l'appel du petit homme qui veut grandir.

samedi 17 décembre 2011

Qui me fait penser

Dans sa chambre d'hôtel

La femme s'épile

L'homme descend

Se baigner.



La mer un soir

Par dessus la jetée

A débordé

Personne pour la voir.



L'homme n'est plus rentré

Qui sait où il est passé

La femme est emmerdée

Sans carte de crédit pour payer.



On découvrira un jour je le crains

Un corps sur la plage boursouflé

Bouteille à ramasser

Un 22 long rifle à la main.





(Dominique A chante Hotel Congress qui me fait penser au Jour rêvé pour le poisson-banane qui me fait penser...).

Se la coltiner

On voudrait que tout aille bien

Mais il y a cette boule de colère qui nous scie le dos

Nous emporte dans la guerre au moindre sursaut.



On ne s'en débarrassera pas

Ni en lui donnant libre cours

Ni en la réprimant.



Il nous faudra dormir et des jours et des nuits

Jusqu'à la comprendre et l'aimer

Qu'elle nous dise, bon Dieu

Qui elle est

Qui on a fabriqué.



Dans la paix du repos

Du repos difficile à endurer

Le calme

Frotter à elle

Le silence

Heurter

Barrières, murs à nos sens déconcertés

Admettre

L'insaisissable, l'inadmissible

Comprendre qu'il faut lâcher

Se perdre et s'abandonner.



Enfin, elle s'en ira

S'effacera

Quittera et nous avec elle

Qui, quoi

Libre espace

Infini et vaste

Relié.



(En attendant, courage, se la coltiner).

vendredi 16 décembre 2011

On s'y laisse prendre, parfois

Goûte ce bonbon

Savoureux, n'est ce pas

Chez moi, j'ai un perroquet

Il parle, viens l'écouter

Ce ballon, il te plaît

Il est à toi, évidemment

Les pensées surgissent

Coin de rue

Nous abordent

L'air de rien

Nous attirent

Des arguments plein les mains

Nous entraînent

Les mains dans les poches de leur pardessus

Nous attachent

Des bijoux en veux-tu

Nous dévorent

Des cailloux, voilà

Séduisantes

Pensées croque-mitaines

Nous sommes

Silence

Absence

Vide

Que la vie traverse

Emplit

Vide et emplit à nouveau

Nous sommes

Carcasse, regard, espace

Témoignage et manifestation

Nous sommes expression.

jeudi 15 décembre 2011

Braoum !

Dans le ciel noir de mon esprit

Un soir d'hiver et de pluie

Fusent les souvenirs

Éclatent bleus, verts, rouges

Scintillent, embrasent

Pètent

Tonnerre assourdissant

Moi, le nez levé

Oh !

Mauvaise humeur

De l'eau dans une cocotte

Le feu à fond

Chauffe

Bout

Monte la pression

Mais sans valve attention

Et le couvercle serré-vissé

Oh là, la petite explosion

Dommage pour qui passait par là.

Félicité

Dans la plaine arasée

Quand on a appris à connaître les arbres et les trous d'eau

La course du renard

L'envol des canards

Et même la chute du vieux chêne

Ne sont plus que doux frémissements.

mercredi 14 décembre 2011

L'entente

Elle se tournait vers lui

Qui la regardait

Sa main passée dans son dos

Pour l'accompagner

Les trois mots qu'elle a prononcés

L'attention qu'il lui accordait

A tout la beauté conféraient

Quoi d'autre chercher

Dans ces liens là ?

Et pourtant

Se voir minable

Se dire à quoi bon

Se persuader rien à faire

Vouloir tout cesser

A jamais

Pour toujours

Irrémédiablement

Résolument

Et pourtant

Sentir

La foi

Comprendre

La valeur de chaque chose

Faite pour elle-même

Hors des avis, hors des jugements, hors des croyances

Sans espoir ni illusion

Parce que nécessité de l'instant

Cessent les pensées

Advient l'absolu.

Duale

Elle avait deux visages

L'un était sévère

L'autre s'esclaffait

Dans les yeux du premier, scintillait un éclat métallique

Ceux du second brillaient d'une flamme chaleureuse

A l'un, le menton carré

A l'autre, la mâchoire en courbe douce

Ici, la bouche pincée

Là, les lèvres charnues

Les cheveux serrés en un chignon strict

La mèche virevoltant au vent

Mais mutique

Ou au rire sonore

Une et une égale une

La femme aux deux visages.

L'aventure

Je marchais dans la rue quand une vieille m'a interpellé : "Jeune homme !". Elle voulait me faire traverser. "Pour votre sécurité", disait-elle. A petits pas dans nos chaussons rouges, on est arrivés de l'autre côté. La vie est une aventure.

mardi 13 décembre 2011

Électrocardiogramme

Montagne qui s'élève dans la plaine

Vague qui naît à la surface du flot

Sourire qui balaie l'indifférence

Son qui perce le silence

Et disparaissent aussitôt

A l'horizon du temps

Vie et mort, charmes d'une existence.

Hier est aujourd'hui, alcool fort et voluptueux

Poussières de souvenirs

Soulevées, remises en suspens

Dans l'air respiré

Ennivrent du parfum du passé.

La disparue

Poussières de souvenirs sur la route

Soulevées à chacun de mes pas

Qui reviennent vers toi.

lundi 12 décembre 2011

Le monde... (7)

Elle s'était installée sur moi
Et s'affairait
Dans mon rêve, elle était brune
A la peau douce et tendre et au regard fixe
Et je la serrais et dormais
Mais Marion avait des cheveux blonds qui me chatouillaient le front
Et ses seins étaient des caresses quand elle m'embrassait
Et je la serrais et ne dormais pas
Mais dans le sommeil qui s'ensuivait
Toutes deux avaient le même goût, la même texture, la même saveur
Toutes deux étaient d'oubli et de réminiscences
Toutes deux étaient mes sens.

Baba

Elle se ruait vers moi

M'empoignait, me serrait

Me soulevait de terre

De ses bras puissants

Elle posait des baisers sur mes joues

Jusqu'à les irriter

Fourrait ma tête dans son cou ou contre ses seins

Fourrageait dans mes cheveux

De sa main forte à la large paume

Elle m'emportait

M'installait sur une table, assis ou debout

Se reculait, dansait quelques pas, frappait dans ses mains, chantonnait un air ancien

De sa voix rauque aux accents lointains

Elle me bourrait le dos et les épaules de tapes vigoureuses

Me faisant chanceler sur mon séant

M'embrassait encore, me serrait à nouveau

Et riait et riait

Ma grand-mère russe emplie de vodka.

Arbre

Dans cet espace carré, les gens se tenaient debout
Moi un peu sur le côté, appuyé au mur
Certains semblaient sympathiques
Un homme était beau et une femme jolie
Le souvenir des autres m'a quitté l'esprit
Qu'ils aient eu les yeux bleus, les cheveux blonds ou de grosses montres au poignet
Tous étaient à leurs occupations
Concentrés
L'ambiance n'avait rien de frivole
Peut-être était-elle même un peu terne
Sans aspérité
Mais je me sentais bien
Impression d'arbre parmi les arbres.

dimanche 11 décembre 2011

Vision

Fines et longues

Dévalent la rue

Roux en traîne

Courbent les virages

Bleus et brillants

Trouent les passants

Féline.

A sa valeur, en son instant

La pierre frappe l'eau

S'enfonce et coule

Bulles et tourbillon

L'insulte à la colère

Le sourire à l'amour

La mauvaise nouvelle à l'inquiétude

Le rire à la joie

Chaque état appelle son dû

Aimer le don et ses conditions

Le caillou disparaît

Souvenirs de l'écume

Plouf sonore et léger clapot

Bientôt quitte l'herbe et oublie le rivage.

Cirque

L'attente est inquiétude

La peur noircit le blanc

Du coq à l'âne, passer

Au singe, jouer

Clown.

Potemkine

Sans disponibilité
Ni attention
Véritables
Pas de place dans nos yeux
Pour qui ne nous paraît rien
Concentrés - tendus (exténués)
Que nous sommes à la fabrique d'un personnage
A la construction d'un monde
A la réussite d'une vie
Une vie potemkine
Stuc et carton-pâte
Trompe l'oeil
Des presque morts qui se croient super vivants.

vendredi 9 décembre 2011

Ça nous ferait du bien

Trop d'ondes
Trop de pages
Des discours, partout
Toujours, des discours
Avis, conseils (d'amis), jugements
Explications, commentaires
Encouragements
Choisir, décider, arbitrer, manager
Aller de l'avant
Projeter
Etre acteur
De sa destinée
Plus de place pour la neige, le verglas, les abysses
Insondables, sans barrières ni vérités
Sans repères ni fin
Plus de place pour le blanc
Dans les faits, les actes, les pensées
Remplir, tasser
Blablablablablablablablablablablablablablablablablablablablablablablablablabla
blablablablablablablablablablablablablablablablablablablablablablablablablabla
blablablablablablablablablablablablablablablablablablablablablablablablablabla
Sans jamais respirer
Paroles, paroles
Ah ah ah
Pause, arrêt
Bon Dieu, chut !

jeudi 8 décembre 2011

Silhouette

Une clope à la main

Une clope aux lèvres

De la fumée dans la bouche

De la fumée dans l'air

Pas légers sur un trottoir.

Un type

Il y avait un type dans la rue. Il marchait tête en l'air, levait les yeux au ciel. Il cherchait je ne sais quoi, l'horizon était bouché par les toits, la nuit grise de nuages bas. Pas une étoile, même pas la lune qui hier pourtant s'arrondissait fièrement. Il aurait pu être ivre, il aurait divagué pareil, brinquebalant.



Il était devant de quelques pas, scrutait l'espace comme la DCA. Il s'est pris un arbre, ça n'a pas manqué. Un juron, "Merde !", a éclaté. Plus loin, il a trébuché contre la marche du trottoir et s'est rattrapé presque à genou. Il pestait. Ça nous faisait rire nous qui allions collés, bras dessus dessous, stables et équilibrés sur nos quatre pieds.



D'un coup, il a cessé de chercher. Sans doute qu'il en avait assez. Il a filé à grandes enjambées et s'est engouffré sous un porche voisin. Quand nous l'avons dépassé, il n'y avait plus âme qui vive. La cour était vide. Une porte grinçait.



La couverture s'est soulevée et la lune a percé. Presque pleine. On n'a pas eu besoin de la chercher.

Il y a toi

Tous les jours, ce blog reçoit des visites en provenance d'Allemagne, de Russie ou des USA. Chaque note postée est consultée.

Je me demande à qui j'ai affaire.

C'est assez mystérieux.

Je pense que ce sont de très jolies femmes secrètement éprises mais qui n'osent encore se déclarer ; je crois qu'il s'agit d'éditeurs perspicaces et sourcilleux, lisant dans le secret de leur cabinet, préservant jalousement la connaissance de mon adresse, peaufinant en sous-main un bon contrat pour l'exploitation de cette oeuvre, à l'étranger ; j'imagine qu'ils sont quelques jeunes garçons, des poètes subtils et ténébreux, la mèche rebelle, le regard pénétrant, qui me volent et me copient, m'apprennent et me psalmodient ; j'en suis certain, ce sont des peintres, des avocats, une baby-sitter, des cinéastes, une globe-trotteuse à sans nulle autre pareil pour vous ramener la musique qui se joue à deux pas de chez vous et aussi le menuisier qui, dans Google, a tapé : "Fabriquer jambe de bois".

Ou bien, il y a toi.

Et je te salue, toi qui m'est cher, et te remercie.

(Les autres aussi, pas de blague !)

mercredi 7 décembre 2011

Cercle

Regarder autour de soi
Envier les autres
Qui regardent autour d'eux
Et nous envient.

(Mouvement qui se danse à deux, face à face, en se tenant par les mains et en tournant en rond, plus ou moins vite. Possibilité, dans l'élan, de changer de partenaire, ça va de soi).

Toucher

Je les ai prévenus. J'ai dit : "Excusez-moi, je souffre d'une maladie. Il va falloir que je touche des tissus. C'est plus fort que moi". Et j'ai posé la main sur l'épaule de la jeune femme devant moi qui était en tweed, j'ai passé mes doigts sur l'acrylique du garçon qui se trouvait à ses côtés, j'ai mis ma joue sur le cuir du barbu à ma droite, j'ai caressé la laine de la vieille femme un peu édentée, j'ai saisi la polyamide au coude du jeune homme à lunettes, j'ai touché le velours au col de la fille qui était tout près de moi. Ça m'est alors passé comme c'était venu, je me suis arrêté. J'ai dit : "Merci". Tout le monde s'est décontracté. C'est une étrange maladie, de celles qu'ont les enfants.

1837

On avait été quelques uns à se retrouver près de la petite porte, sur le côté de l'église. Le bouvier était passé qui faisait avancer ses boeuf. Il avait immobilisé la charrette devant notre nez. Dedans, il y avait déjà deux - trois gars. Ils s'étaient un peu rangés, on avait grimpé. On s'était éparpillés, assis sur un des maigres bancs, restés debout, accrochés aux ridelles. On ne se connaissait pas, à part deux dans un coin qui parlaient tout bas. Pour la plupart, nous étions des travailleurs, paysans qui revenaient des champs, artisans qui avaient donné le tour de clé à leur échoppe, lavandière son panier sous le bras. La carriole était repartie. On avait encore chargé plus loin. Parfois, l'un ou l'autre descendait. Je rentrais chez moi. Je les regardais tous. Pas un visage qui me disait quoi que ce soit. J'aurais voulu leur parler, dire un mot à celui qui avait encore de la terre sur les doigts, sourire à celle dont les lunettes tombaient sur le bout du nez, à l'extrême bord du bout de son nez, et qui semblait si concentrée que pas une fois elle ne pensait à les remonter, toucher l'épaule de cet autre sur laquelle passait la lanière en cuir craquelé de la besace ; ça ne se faisait pas. Et puis, tous, ils étaient très occupés avec leur iPhone.

mardi 6 décembre 2011

Une scène comme il en arrive

J'ai fait un rêve étrange où une femme pleurait. Elle était assise, accoudée sur une table ronde. Des larmes avaient inondé ses yeux, coulaient sur ses joues. Son nez aussi coulait. Elle reniflait. Elle avait les cheveux en bataille et le visage tantôt blanc, tantôt rouge, blafard et sanguin à la fois. Elle lui trouvait tous les défauts du monde, maniéré, superficiel, égoïste. Une fois de plus, il l'avait quittée. Cette fois, pour de bon semblait-il.

Je n'avais pas grand chose à dire. Je l'écoutais, sans doute pas avec toute l'attention dont j'étais parfois capable. Si je m'étais assis avec elle, en face d'elle, que j'avais moi aussi posé les coudes sur la table et le menton dans mes mains, ou allumé une cigarette comme elle l'avait fait, deux, trois, cinq fois déjà, et le referait encore et encore, m'étais mouché jusqu'à m'en irriter les ailes du nez et avais fait un tas de mes mouchoirs en papier, m'étais retourné les doigts puis les mains dans des tics inconscients marquant la douleur et la souffrance, avais laissé l'émotion, la tristesse, la colère, le dépit, l'abattement, m'emporter, sans doute on aurait pu dire que je faisais preuve d'empathie mais il n'est pas certain qu'elle l'aurait apprécié ni même qu'elle le désirait. Pas certain non plus que ça lui aurait été, par je ne sais quel ressort psychologique, bénéfique ou, d'une quelconque façon, utile.

Je continuais donc à passer l'aspirateur, l'écoutant d'une oreille que l'on aurait pu qualifier de distraite, la relançant parfois d'une question pertinente ou saugrenue, selon, la ponctuant d'un acquiescement discret, hum guttural ou hochement de tête. Je cognais dans ce fichu pied de table central qui se divisait à sa base et partait dans quatre directions opposées, je cognais dans les pieds de chaises tout autour disposées, je cognais et l'aspirateur était bruyant qui couvraient la plupart de ses mots et déformait son propos. Je lui demandais de lever les jambes que je puisse passer.

Elle reniflait et poussait ses pieds.

Radio

Il dit quelque chose comme : "La musique quand même, il faut que ce soit dansable. C'est peut-être con de le dire". L'autre enchaîne, ajoute, souligne, renchérit : "Non, c'est important".



Burger et Cadiot étaient vendredi dans l'émission de Richeux, France Culture, 16 heures et des brouettes. Ça s'écoute et se réécoute. "Radioactivity", dont il était question, aussi.

Le fils s'égare

Code noir

Parfaite

Gants, bonnet

Cheveux

Noir noir

Très généreux.

Le fils perdu

Soumis aux Dieux, s'en remettant à la chance

Le fils perdu se tient bien

Espère sa récompense.



Foin de soumission

L'acte, seul l'acte

Sans espoir.



Le fils perdu

Et/en/par son devoir.

samedi 3 décembre 2011

Un souffle et du vent

Le désir est puissant
Qui plonge ses racines
Profondes
Trou autour et masses d'eau
Terre, terre
Envie de danser
Sauter sur un pied
Crier
Déconner, baiser
Ecrire, aimer
Offrir, donner
Voyager
Rire et rire
Un souffle et du vent dans les cheveux
Petite fée.

Confiance

Je la voyais de profil et elle n'était pas très jolie

Mais de face

Dieu, quel exploit !

Le monde... (6)

Sans espoir pour demain

Dans l'espace et le temps du maintenant

Les actions se réalisent

Les possibilités sont infinies

Immédiates, elles éclosent

Toujours, vous êtes neuf.

Le monde... (6bis)

Actes sans conséquences

Création absolue

Maintenant.

Le monde... (5)

Dans cet espace, entre là et plus loin

Plus loin qui serait rien

Mais rien joyeux

Rien vécu

Rien consumé, rien éteint

Rien vécu, corps et âme et bien

Dans cet espace, quoi sinon question

Il y aurait à vivre aussi

Qu'est ce que ce serait

Vivre dans cette question

Ce serait sans doute rien

D'autre que rien

Alors on serait déjà là-bas

Et l'espace inexistant

Sans parler du temps

Ok.

jeudi 1 décembre 2011

Le monde est une impression (4)

Je ne sens rien
N'ai pas plus de souvenirs
Et ce qui me passe devant les yeux s'efface du même élan.

Pour dire bonjour, c'est commode mais, pour témoigner, je crains que ce soit assez vite limité.

Avez-vous noté combien les conversations que l'on a, les propos que l'on tient, les remarques, critiques, conseils, pour subtils, intelligents, efficaces, utiles, nécessaires, beaux, justes, ronds ou bleus qu'on les ressente, qu'on les juge ou qu'ils soient, s'adressent plus souvent à nous-mêmes qu'à nos interlocuteurs ; avez-vous remarqué qu'on monologue plus qu'on ne discute réellement ; on se parle, on fait le point, on s'encourage, on s'inquiète, on s'ausculte, on se plaint, on se vante, vous l'avez constaté ?

Ne rien avoir à dire est peut-être un progrès, une avancée mais quand même je rêve d'une main qui s'élance, de doigts qui effleurent, de parfums qu'on hume, de sourires et d'oeillades qu'on capte à moitié, de robes légères ou de gros collants qu'on ôte pressés, de pulls rayés à la va vite passés ou de lunettes sur le nez réajustées ; je me console de musique acérées, prestes, tendues, aux refrains criés, de livres lestes aux histoires menues au cours desquelles il ne se passe rien, de divagations longues et exagérées qui aboutissent au bord du rien, de ces moments où l'ennui, l'ennui si haut, si large, si long, si profond et dense et dur, l'ennui seul l'ennui qui, dans la parole, pourrait être tristesse ou solitude ou, à ce point, ivresse et joie mais qui, en réalité, ne signifie plus rien.

Alors, je sors.
Dans la rue, tout est bruit, tout est mouvement. Dans la rue, tout va vite et fort. D'abord, je reste éloigné, me tiens sur ma réserve. Ensuite, j'avance précautionneusement. Je regarde, j'observe, ce petit spectacle que je trouve plaisant pour lequel je me suis construit des gradins. Enfin, il m'arrive de descendre sur scène, je déclame, je gesticule, je salue. Accolades avec les autres acteurs, coucou au public, sur mes/tes/leurs gradins.

Ne rien sentir, ne pas se rappeler, ne rien dire, ou tout dire, les paroles comme les pensées, qu'elles soient nues ou costumées, et que ce soit bien.

Je suis amoureux, je crois. La vie est une compagne de caractère. Le monde une impression.