dimanche 30 décembre 2012

Sur les rives fleuries

Le Moscou de 15h34 s'ébranlait, nous venions à peine de monter.
Nous allions cueillir quelques roses sur les rives de la Moskova.
On les dit plus belles qu'ailleurs.
Dans le wagon, sur les banquettes allongés, nous nous sommes laissés aller,
Tant de paysages à contempler.
Puis le sommeil nous tint dans ses bras, et jusque les frontières passées.
A Berlin, rassasiés, nous ne sentions plus le besoin de dormir,
Et de plaines et de forêts, de dévers et de talus, étions repus.
Nous sommes descendus là.

Il faut parfois s'inventer des voyages,
Qui ne sont pas des périples,
Des occasions, et encore,
L'inattendu.

samedi 29 décembre 2012

Paradoxe

Et voilà que je fais des nuits formidables

Et regrette mes insomnies

Car je ne lis plus.

Bouche ouverte

Céder au rythme du temps
A rien renoncer
Ni non plus désirer
Étalé dans le vent.

Mais tu ne dors donc jamais

Il ouvrait les yeux. Elle le fixait.
Il se réveillait tard, il se réveillait tôt, il ouvrait les yeux et toujours elle avait sur lui les siens posés.
Il lui demandait "Mais tu ne dors donc jamais ?" et elle répondait "Si, je me réveille à l'instant".
Et c'était vrai : chaque fois, elle venait de s'éveiller, s'était lentement étirée, tournée sur le côté, posée sur le coude et de ses yeux l'accueillait.

vendredi 28 décembre 2012

Dans nos têtes tournaient, de nos bouches s'envolaient

Les paroles sortaient des bouches
S'envolaient en volutes vers les plafonds enfumés
La salle n'était que brouhaha
On n'y voyait pas à trois pas.

C'étaient des discours
Haies, barrières, sentiers
Petits parcours
De nos existences enfermées.

Tête baissée, on avançait
Le front dans les mots
La vue bouchée
Se retenant de respirer.

Une idée accrochée
Pendait à nos cheveux
Qu'on trimbalait partout
Fier, eh, t'as entendu.

De plus en plus, l'air était chargé
Incroyablement lourd
Du plomb qui se serait déversé
Dans nos têtes en fusion.

Le temps allait ainsi
De réflexions crapotées en affirmations avalées
Qui nous laissaient abrutis, confus, bafouillant
Bientôt immobiles et finalement perdus.

On s'asseyait harassé
On osait encore un dernier piquet à planter
Banderille qui nous laissait bouche bée
Incapable de plus rien exprimer.

Mais rien ne finissait
Les mots avaient perdu leur pouvoir de voler
Ne quittaient plus nos bouches
Et dans nos têtes tournaient, tournaient, tournaient, impossibles à arrêter.

mardi 25 décembre 2012

Ab

La soirée avait été minable et je rentrais triste
Errant dans les rues
Perdu au dehors et en dedans
Et je me demandais pourquoi
Ou comment
Mais il me fallait en convenir
Je ne savais pas ce que je cherchais
Qui pourtant devait se trouver là au fond de moi.

C

J'avais cru son sourire et ses yeux rieurs et la trouvais jolie avec ses cheveux relevés.
J'avais dit non, qu'est ce que tu crois, histoire de la détromper.
Elle m'avait donné raison, n'aurait pas cru un seul de ces mots,
Son sourire et ses yeux rieurs, jolie sous ses cheveux relevés.

samedi 22 décembre 2012

G

Depuis plusieurs semaines, je suis sujet aux insomnies
Je commence à redouter le soir et la nuit
Béni le matin qui me redonne le goût de la vie.

jeudi 20 décembre 2012

D

Depuis quelques jours, je me demandais ce que devenait mon vieux voisin. Il avait fait une mauvaise chute, s'était retrouvé transporté à l'hôpital, déporté en lointaine banlieue puis ramené dans une clinique de la ville pour se faire opérer : la hanche. A son âge !

Il fallait que je me renseigne, que je descende, aille voir, demande. De jour en jour, je reportais.

Ce matin, alors que je tapotais sur le clavier de mon ordinateur, j'entendis une voix d'abord rauque, bientôt aiguë : "Il est dix heures. Dix heures ! Dix heures ! DIX HEURES ! DIIIIIIX HEUUUUUURES !!!!".
C'était sa femme. Elle criait dans le combiné. Ajoutait : "T'as fait ta toilette ? T'AS FAIT TA TOILETTE ? OUI, TU VAS BIENTÔT SORTIR ! Tu vas bientôt sortir..."

Toujours sourd, mais il allait mieux. A l'évidence.

Je savais. J'étais comblé.

Il ne faut pas s'en faire.

mercredi 19 décembre 2012

P

Elle déboule dans la rame du métro, cherche à gauche à droite, semble un peu perdue.
A la main, tenu devant elle, un ouvrage : "Astuces de couples pour éviter de jeter son conjoint par la fenêtre".
File dans le wagon, va s'asseoir.
Plonge dans sa lecture.

vendredi 14 décembre 2012

L


Je tirais de l'argent. Elle fonçait vers moi, à grands pas décidés, m'interpellant : "Partez pas, restez là !". Je ne bougeais pas.  Elle m'expliquait : elle voulait elle aussi retirer des sous et sans qu'on l'importune. C'était déjà arrivé, précisément à cet endroit. Elle regardait le bar d'en face d'un oeil noir. J'en sortais. Je faisais office de garde du corps donc. Ça me rappelait mes jeunes années dans les rangs du Mossad quand nous filions sur les trottoirs et virions d'un seul élan, subit et brutal, pour revenir sur nos pas et nous trouver nez à nez avec ceux-là qui nous filaient si maladroitement. Là, on donnait du poing, y'avait de la dent pétée, du nez cassé, de l'oeil noirci. Je dis : "Ça pourrait être moi qui vous agresse et vous pique votre fric". Elle : "Non, vous tirez de l'argent, vous avez des sous". Pas évident mais pas bête non plus.

Je gardais son corps. Elle empocha l'argent et dit, tout à trac : "Je suis lesbienne. Comment vous me trouvez ? Je suis moche ou laide ?" J'étais pris au dépourvu, je ne savais quoi répondre. Elle conclut : "Je suis si moche ?! Ouais". Il fallait que je me reprenne, que je trouve à dire. Garde du corps, soutien psychologique : "Vous avez du charme". Dieu, elle en avait ! Elle n'était pas belle, ni même jolie. Mais il y avait dans son expression un petit truc charmant qui sans doute pouvait la rendre aimable, si elle nous laissait le temps. Elle ne laissait pas le temps.

"Vous inquiétez pas, je ne veux pas coucher avec vous. Je voulais savoir c'est tout. Je me trouve moche". J'ai remué la tête. Et elle a filé et moi aussi. A droite, à gauche. Dans la rue, sous terre. J'attrapais le métro et n'y pensais plus.

Z

Il était tard. Les transports avaient fini leur service.

Je proposais :
- "Viens dormir à la maison, je peux t'héberger".
Elle tiquait. C'était ambigu, sans doute. J'ajoutais :
- "J'ai plusieurs lits, ne t'inquiète pas.
On ne dormira pas ensemble, aucun souci.
Si on dort ensemble, je ne te toucherai pas.
Si je te touche, je ne sauterai pas.
Si je te saute, je ne t'embrasserai pas.
Si je t'embrasse, je n'y penserai pas.
Pour ne pas y penser, on n'aura qu'à parler politique".

Elle acquiesça et s'accrocha à mon bras. Les filles aiment toujours parler politique.

lundi 10 décembre 2012

Jamais seul (2)

Hier soir que j'étais seul et triste, c'est avec joie que je m'ouvrais une nouvelle boite de petits pois car maintenant je sais que dans ces moments-là il n'est pas de meilleur copain qu'un petit pois, et ceux qu'on ne mange pas et qu'on laisse, heureux, dans une boite en plastique sans couvercle sur la table oubliée et qui toute la nuit secouent votre esprit de toute leur énergie.

N'oubliez pas, jamais, dans votre sac d'aventure : couverture de survie pour les nuits froides et sans lune, petits pois pour les moments de solitude.

W

A ses pas, les miens réglés
A ses mots, mes oreilles aux aguets
A ses tensions, mon corps noué
Dans les pieds du père noël illuminé
Elle tournait et tournait
Sa langue
Et les paroles qu'elle ne parvenait à prononcer
Déjà je les aimais
Et les paroles qu'elle ne parvenait à prononcer
Ma main sur son cou aurait pu les écouter
Ma main sur son cou qui parfois glissait
Et sans gêne, j'avais demandé
Hey, mon adorée
Pourquoi dans les pieds du père noël illuminé
Dis-moi
Est-ce que tu m'as amené ?
Elle ne m'avait pas répondu
Toute pleine de paroles qu'elle ne parvenait à prononcer.

dimanche 9 décembre 2012

A.

Heureusement, j'avais ma couverture de survie. C'est une chose que se sortir et de boire des bières ; c'en est une autre que de ne pas quitter son sac d'aventure. Parfois, elles se combinent.

J'étais donc sorti boire des bières. Je buvais des bières dans de grandes chopes et des alcools forts dans de tout petits verres. J'alternais. Je mélangeais. Je mélangeais dans mon ventre, je mélangeais dans les verres, jetant le tout petit verre dans la grande chope, plouf au fond. Et je buvais.

Oui, oui, c'est ça, c'est ça.

Mon sac d'aventure et moi filions ainsi sur la mauvaise pente, de grandes chopes en petits verres et vint le temps de choir.

Nous chûmes.

Affalés sur un banc, un beau banc en teck, sur une belle terrasse, derrière une belle maison, dans une belle arrière cour d'une belle rue de la grande ville.

J'avais posé mes lunettes quelque part, dans mon sac d'aventure j'imagine, et sorti ma couverture de survie, de mon sac d'aventure je crois. Je la dépliais et m'en couvrais. Sans lunettes, je ne rêvais pas.

La nuit était froide, l'air humide, le banc dur, les voisins bruyants, mon crâne ensorcelé, je me réveillais tôt.

Tenez vos sacs d'aventure. Joignez-y des couvertures de survie.
Aujourd'hui, c'est tout ce que je peux dire.

I.

Au téléphone, il dit :
- "Oui, oui, c'est ça, c'est ça"
Fait quelques pas, répète :
- "Oui, oui, c'est ça, c'est ça"
Il a trois ans et tout compris.

samedi 1 décembre 2012

Le goût (4)

Et de Patagonie

Vers Zanzibar

Pousse l'envie

Qui pour elle-même a bien grandi.

Le goût (3)

C'est amer et pas sucré

Qui sur la langue immobile

Finalement dit : "Reviens-y !"

Le goût (2)

Mais en Patagonie, seul

La main en Russie

Coucou, quel drôle de goût !

samedi 24 novembre 2012

Le goût

Elle n'avait pas parlé beaucoup mais m'avait dit son goût des voyages et ses yeux rieurs et ses lèvres colorées, sa main peut-être aussi quand elle s'était élevée dans l'air frais de ce matin-là pour me montrer je ne sais plus quoi, avaient suffi à m'imprégner de cette passion que vite pour ne pas la laisser échapper je fis mienne.



Me voilà en Patagonie.

La force (4)

J'ai maintenant atteint l'âge qu'avaient mes parents quand j'étais enfant. Je me vois dans la vie : je manque de sérieux. J'ai acquis des responsabilités, je crois savoir mieux m'y prendre, le discours s'est amélioré, pas de doute. C'est peut-être tout. En vérité, je flotte, riant ici, pleurant là.

Je ne crois pas que mes parents (ni tous les autres parents) étaient bien différents de moi. Il faut se rendre à l'évidence : entre leurs mains, nous vivons des enfances bien incertaines.

La force (3)

Je rêvassais, attentif à mes sensations intérieures. Ma pensée s'est arrêtée sur l'image de pompiers, postés devant leur caserne. Quelqu'un, sur la droite de mon crâne, a demandé : "Eh bien, Christophe ?!". J'ai senti répondre sur la gauche, mais peut-être était-ce une autre conversation dont une bribe se révélait : "Je n'ai plus de fuite dans mon bureau". Et je me voyais, sombrant dans la folie, peut-être déjà fou.

jeudi 22 novembre 2012

La force (2)

Dans le métro, un prédicateur prêche

A voix basse

Malheur à ceux qui

Personne ne l'écoute

C'est entendu.

La force

Vous savez, cette musique qu'on écoute et qui nous fait vibrer, qui nous donne envie de danser, sauter, s'élancer, aller vers les autres, dire, aimer, eh bien respirez la à fond, imprégnez-vous en, glissez dedans, immergez vous, et coupez la, plus de son, et observez vous : la vibration est toujours là.

Comme vous avez dans l'idée que c'est la musique qui vous procure cette sensation, celle-ci s'estompe petit à petit. Mais vous vous trompez : la vibration est toujours là. Elle est potentiellement là. La vibration est en vous (c'est la force ! - ou comment d'un trait irrépressible d'ironie gâcher une bonne réflexion).

La musique, ou la littérature, ou votre amour, ou une bonne clope, la vue d'un inconnu séduisant, la perspective d'un évènement heureux, n'en sont que les révélateurs car ils vous mettent dans un certain état d'esprit, ouvert et accueillant, et vous la laissez advenir et monter et vous la sentez. Soyez assuré que cette vibration est toujours là qui ne demande qu'à paraître, qu'à s'actualiser dans l'instant. Cette vibration, c'est vous.

Prenez en conscience et notez que, avec un nouveau regard sur le monde, et un peu d'entraînement, tout devient résonance avec cette vibration et la vie un joyeux entremêlement entre l'intérieur et l'extérieur.

Moi je dis qu'on pourrait la faire vivre cette bonne vibration qui nous meut, plutôt que de s'en préserver - car elle fait peur aussi, c'est vrai : sera-t-on encore et dans quel état quand elle nous aura traversé ? et pour retomber dans quel marasme insatisfaisant ? - et alors, dans la rue, au bureau, sous la couette, ça serait une belle et franche rigolade.

(Maintenant, si la musique ne vous fait pas cet effet, vous êtes foutu).

mercredi 7 novembre 2012

Nous aurions des écrans

Nous aurions des écrans, et les yeux rivés.
Nous aurions des écrans, et les oreilles bouchées.
Derrière nos écrans, il y aurait des amis, des connaissances, des relations, qui nous diraient qu'ils font, qu'ils voient, qu'ils écoutent, qu'ils disent, qu'ils pensent, qu'ils aiment, ou qu'ils n'aiment pas, qu'ils sont.
Ils le diraient en peu de mots, très brefs, pas ennuyeux.
Ils le diraient en photos, un rosbif, des oiseaux, une ombre, un sourire.
Ils nous le feraient comprendre d'un lien, d'une vidéo, de sons.
Avec eux, de part et d'autre de nos écrans, nous mènerions des conversations, nous aurions des échanges, nous blaguerions et ririons. Nous vivrions des désillusions et pleurerions aussi, c'est possible.
Devant nos écrans, nous nous réjouirions de toute cette vie, ces amis, ces pensées, ces paroles, ces existences, cette existence, notre existence.
Du mouvement, pas d'ennui.
Nous ne nous le dirions pas ainsi, ce serait plus simple, nos yeux rivés, nos oreilles bouchées, notre esprit occupé, nous serions satisfait, content, heureux.
La vie, la belle vie, la vraie vie. La vie qui bouge, la vie qu'on appuie, la vie qu'on clique.
Parfois cependant, nous verrions des amis, nous rencontrerions des connaissances, nous ferions face à des relations, nous serions, malgré nos yeux et nos oreilles, malgré notre esprit qui préfère, immergé dans le monde, c'est obligé, dans un café, sur un trottoir, au bureau, dans notre salon, parce que c'est ainsi que jusqu'à présent les choses étaient allées et qu'il en reste un peu, tout ne va pas de soi, immédiatement, sans quoi rien derrière nos écrans, quoique, mais même à ces instants-là de confrontation physique, de présence obligée, même dans ces moments-là où l'on ne peut plus sélectionner, choisir, espérer obtenir aussitôt parce que c'est un fil continu fait de pleins et de vides et non pas des hachures dont on ne retient que les seules intéressantes, même donc, nous aurions nos écrans, à portée, et nous pourrions regarder, rien ne nous en empêcherait, nous regarderions d'ailleurs, nous regarderions ailleurs, qui sait si d'autres amis, de meilleurs amis peut-être, ou des amis plus intéressants, des connaissances plus, des relations plus, des contacts moins, qui disent mieux, qui aiment mieux, ou n'aiment pas, qui sait si ceux-là, qui ne sont pas ceux-ci en chair et en ors devant nous et avec lesquels nous devons faire, ne viendraient pas ici derrière nos écrans pour nous donner ce que notre esprit qui ne veut pas s'ennuyer, quelle horreur, mais déjà se lasse, mince, veut voir le secouer, l'ébrouer, lui faire sentir la vie, la belle vie, la vraie vie, celle qui, selon lui, mérite d'être, celle qu'il se choisit, et quelle vie !
Toujours autre, toujours ailleurs.
Ainsi, nous aurions des écrans pour voir, entendre et sentir, pour cacher, rejeter, oublier.

Pourquoi pas, après tout.

Retour de rien

La vieille dame passe la tête par la porte du salon et demande à son vieux mari, alangui dans son fauteuil :

- "T'as mis la viande au frigo ?"

Plus fort :

- "T'as mis la viande au frigo ?"

Elle crie :

- "Je te demande si tu as mis la viande au frigo".

Il ne répond pas. Il est mort.

mardi 6 novembre 2012

Retour de bâton

J'avais été témoin de cette scène : le grand-frère tirant des flèches en plastique sur sa jeune soeur, visant le visage, POUR VOIR si ça allait lui faire mal.

Il ne s'était pas fallu plus de dix minutes après qu'il avait réussi à la faire pleurer pour qu'un de ses copains, également dans les parages à ce moment là mais non conscient de ce qui s'était déjà joué, trouve bon, une fois grimpé sur la mezzanine, de lâcher un joli et gros caillou de collection sur la tête dudit grand-frère, pleurnichard à son tour et ensanglanté.

Il nous arrive parfois d'attendre des jours, des semaines, des mois, des années pour constater l'écho de nos actions. Chez les enfants, la vie, encore vive et dynamique, souple et alerte, répond dans l'instant.

samedi 3 novembre 2012

En ces jours d'automne où le vent soufflait

Et la pluie redoublait

Souvent j'allais à la porte et regardais le chemin

Vide

Et mon coeur se serrait

Et ma gorge et ma main.



Seuls le vent et la pluie

Le chemin et moi

Cet automne

Là.

vendredi 26 octobre 2012

Serpent

Il lit son horoscope. Il est Bélier. En vrai, il n'est pas Bélier. Il est Serpent. Serpent, c'est le treizième signe astrologique. Si on compte le treizième signe astrologique du Serpent, toutes les dates sont décalées. Toutes, presque. Un peu, du moins. La sienne en tout cas. Voilà, il est Serpent. Mais Serpent, on n'en veut pas. Il ne sait pas pourquoi. Le Serpent, c'est le mal. Parfois, c'est le bien ; souvent, c'est le mal. La plupart du temps, en fait. Il y aurait même des peuples en Afrique chez lesquels on ne peut même pas prononcer le mot : serpent. Si, si.

Pourquoi ? Pourquoi c'est le mal ? Mystère.

Il est Serpent mais, ici comme ailleurs, notamment dans les pages de son magazine, on ne tient compte que de douze signes. Pas de Serpent. Du coup, il est Bélier. Et aujourd'hui, ça l'arrange pas, mon caissier.

samedi 13 octobre 2012

Maya

Au supermarché, le caissier m'a expliqué que les Mayas avaient finalement reculé la date de la fin du monde de quelques jours. "A cause des conditions météo, je crois", m'a-t-il dit.



La pluie peut-être. Ou le brouillard.

lundi 8 octobre 2012

Inuit

Autrefois, vous connaissiez une personne. Vous la perdiez de vue. Le temps passait. Un soir, à table, vous vous demandiez : "je me demande ce qu'elle est devenue". Vous alliez vous coucher tout plein de cette interrogation. Peut-être même, l'habitude de ne pas recevoir, trouver, chercher de réponse à de telles questions, vous l'aviez reperdue de vue le temps de vous brosser les dents, étendre votre robe de chambre sur le dossier du fauteuil, sortir vos tricot de peau, slip et chaussettes sur la commode, prêts pour le lendemain, aligner vos pantoufles, le bord inférieur sur la latte de parquet qui partait de ce pied de lit pour rejoindre ce montant de porte ? Pile dans l'axe !

Si vous étiez un tant soit peu obstiné, curieux, fouineur, vous interrogiez ceux qui l'avait connue : "Tu te souviens... Je me demandais... As-tu des nouvelles ? ... Sais-tu ce qu'il (elle) est devenu(e) ?" Vous pouviez aussi courir au bureau de poste, fouiller les annuaires : 19 - Creuse, 17 - Charente-Maritime, 35 - Ille et Vilaine. C'est qu'il (elle) avait le goût du voyage. Vous pouviez faire appel à un détective privé, vous n'aviez qu'une mauvaise photo, 10x6 cm, grisâtre. Malgré tous vos efforts, les résultats restaient maigres.

Maintenant, votre regard acéré se déploie immédiatement sur internet. Vos doigts agiles tapotent, cliquent. Aussitôt, vous savez. Il (elle) habite Aurillac. Il (elle) s'est marié(e). Il (elle) est adjoint(e) communiste à la mairie socialiste de Lambert le Château. Il (elle) a une passion pour le vélo, s'y adonne et le dit. Il (elle) a repris ses études et rédigé une thèse d'anthropologie intitulée : "Autorité, parole et pouvoir : approche de l'activité néologique inuit au Nunavut" à l'université de Laval au Canada.

Les souvenirs affluent, la perte est sensible. Ça vous rend triste.

Dès lors, impossible de vous laver les dents. Votre peignoir traîne. Slip et chaussettes gisent au fond du tiroir. Vous marchez pieds nus. Il ne fallait pas, vous le savez, vous le saviez. Vous auriez du laisser les choses où elles étaient, juste cette image qui vous traversait l'esprit. Salut !

A retourner la terre, on ne remonte que des cailloux.

mercredi 26 septembre 2012

Foule

Hier soir, c'était une des pâtes de mon repas qui m'appelait.
Je ne l'ai pas entendue.
A mon réveil, elle et ses comparses gisaient inanimées dans une boite sans couvercle oubliées oubliée oublié, les pâtes, la boite et le couvercle.

(Coquillettes flambées au whisky, puis arrosées d'une léchouillette de sirop de framboise. Sans gruyère, ça va de soi. S'accompagne volontiers d'une sardine légèrement grillée et pain beurré).

mardi 25 septembre 2012

Jamais seul

J'avais dîné d'une boite de conserve : petits pois extra-fins. Il m'avait toujours semblé que ces légumes accompagnaient le camembert à merveille. Ou l'inverse.

La boite était grande, il m'en était resté une belle quantité qu'à la fin du repas j'avais transvasée dans une autre boite, en plastique celle-là, à couvercle celle-là, parfaite pour réchauffer son contenu dans un micro-ondes celle-la, et celle-la, je l'avais laissée ouverte sur la table en attendant que son contenu encore chaud refroidisse.

Et j'avais fait autre chose.

J'avais fait autre chose jusqu'à oublier l'existence de ma boite en plastique de petits pois désormais refroidis mais toujours ouverte et laissée sur la table.

Et je m'étais couché.

Je m'étais couché et j'étais sur le point de sombrer dans le sommeil, évacuant une à une mes préoccupations de la journée, remisant de côté mes envies inassouvies, cherchant au loin de quoi peupler mes rêves de la nuit quand j'entendis qu'on m'appelait. On ne m'appelait pas, quelque chose attirait mon attention, secouait mon esprit. Je me levais d'un bond, passais dans la cuisine, fermais la boite en plastique de son couvercle et rangeais boite, couvercle et petits pois dans le réfrigérateur.

Dans la nuit qui s'annonçait noire et froide, sur mon grabat dur et étroit, un cri perçu de ma seule conscience et lancé par une communauté de petit pois, ou peut-être par un seul de cette société-là, et pourquoi pas le plus petit, le plus laid, le plus froid, me l'avait appris : jamais seul nous n'étions.

jeudi 20 septembre 2012

Cette envie

C'est beau la musique.
J'avais compris ça depuis longtemps. Je me demandais, comment faire quand on ne sait jouer d'aucun instrument, qu'on n'a pas de voix ou fausse ? Restituer de cette émotion, qui donne foi en la vie.
Car c'est de cela dont il s'agit.
Chacun son chemin : se tenir droit, élégant et sourire. Dire merci, cligner de l'oeil, écrire.
On n'a pas tous une guitare mais, tous, nous sommes une musique.

jeudi 6 septembre 2012

De saison

La vie parfois est comme un ouragan qui passe. Le mieux qu'on puisse faire, c'est calfeutrer portes et fenêtres et se tenir peinard jusqu'à ce que le vent tombe. Il arrive pourtant que le souffle violent se mette à faire trembler les tuiles sur le toit. Il arrive qu'il parvienne à les arracher. Rien ne sert de s'y cramponner pour tenter de les garder amarrées. On y perdrait les doigts.

Quand la pluie s'évanouit et que le soleil revient, on peut constater les dégâts.

Il se peut que bien des choses aient disparu dans la tempête et on est toujours là. Il se peut aussi qu'on se trouve rincé, lavé, mais déjà plein d'élan, prêt à repartir.

Je crois bien que l'ouragan s'abat sur pas mal de têtes en ce moment.

vendredi 3 août 2012

J.C.

Je faisais un rêve dont je ne me souviens plus. Dans ce rêve aussitôt oublié, un nom s'est imposé : Jérôme Coïté. Il s'appelait Jérôme Coïté. Qui ? Encore une fois, je serais bien incapable de le dire. Peut-être un type dans mon rêve. Mais le nom de Jérôme Coïté est arrivé, si fin, si précis, aux contours si nets et si saillants, à la texture si douce et si pleine, le nom de Jérôme Coïté est arrivé si intense dans mon rêve si oublié que j'en suis resté bouche-bée. Ça m'a réveillé.

mercredi 1 août 2012

Vocation


"Tu tu tu t'a, tu t'avances, là là là, bi bi bien bien au bo bo bord de la scè scè scè scène... et et et tu dis : "Ah ! Ah ! Ah !...", non non non, u u u une seule fois, "Ah ! J'ai j'ai j'ai j'aimerais tant... tant vous re re re vous revoir"... non non non "vous re re vous re vous remercier". Tu tu tu co co connais ton tex tex texte ? Bi bi bien... Bien ! A a a... a a a alors, tu tu tu te recules un un un peu et il il il s'a il s'a s'a s'approche de de de toi et et et...".

Christian Merchet, metteur en scène.

vendredi 27 juillet 2012

Au bord du grand lac, quand les bêtes sont couchées et les fauves endormis

Il était tôt. La rosée n'avait pas fini de sécher sur les bas-côtés du chemin. Un petit vent, très léger, faisait trembler les feuilles dans les grands arbres. Les bêtes avait quitté les rives du lac pour la douceur du couvert car déjà le soleil faisait savoir qu'il allait taper.



Je passais devant une de ces cantines un peu délabrées qu'on trouve disséminées, ici et là, dans ces parages et qui se remplissent à la nuit tombée pour ne se vider, ensuite, qu'au petit matin quand le chaland n'a pas décidé de prolonger son passage par un petit roupillon sur un banc, sous une table, au pied d'un de ces grands arbres ou sur l'herbe mouillée.



Le gars était tout ébouriffé, hagard. La bouche sûrement pâteuse, la voix éraillée, il dit à la fille, pas loin de présenter le même état, mais fille, qui passait un tête dans le coin qu'il venait de quitter : "Bouge pas ! Je vais secouer la frisée, j'arrive".



Les fauves dormaient. Ils avaient bien mangé.

mercredi 25 juillet 2012

L'aveugle

Il descend les escalators

Canne en avant

Un oeil mi-fermé

Et s'en va embrocher

La dame de devant

Direct dans le fondement.



Je trouve ça louche.

lundi 23 juillet 2012

Visual Crack

Inspiration, motivation, relaxation

&
(à s'écouter plein pot)







Poum, paf, pschitt

Je pourrais être dans le désert avec plus une goutte d'eau dans mes gourdes

Et mon chameau mort, étendu à mes pieds.



Probablement qu'il se jouerait là en moi des choses incroyables

Un feu d'artifice et puis plus rien.



Quelques fusées encore

Un final

Et le calme.

dimanche 22 juillet 2012

Un loup

On raconte des histoires

Pour expliquer les peurs du dehors

Mais : tout est à l'intérieur.

Une philosophie, pour anciens temps

Il avait du talent, l'argent lui était promis

Il était riche, les talents venaient à lui

Et au pauvre, le rêve et le détachement.

Il est - Patience

Bleu, bleu, bleu

On avait râlé

Il suffisait d'attendre.

Liberté

Du même bois

Faire une pirogue

Ou un pipeau.

Liberté (2)

Ou rien du tout.

Cordes

Tous pareils et si différents

Même capacité à résonner

Tonalités changeantes.

jeudi 19 juillet 2012

Deux mille ans, c'est quoi ?!

Le salaire de Zlatan Ibrahimovic au PSG. Une bonne grosse dizaine de millions annuels. On s'étonne, on polémique. On s'indigne, on s'insurge.

Quoi ? Les charges, les impôts seront payés. Quoi ? Les patrons du club font le pari du retour sur investissements, de la rentabilité. Quoi ? C'est indécent quand d'autres crèvent la dalle.

Depuis Rome, les jeux du cirque n'ont jamais aussi bien marché. On encense toujours les Dieux, demi-Dieux, Titans et autres étoiles de nos panthéons.

Voilà de quoi s'étonner, s'indigner, trouver motivation à s'élancer vers un ailleurs : en deux mille ans, aucun progrès. La société humaine aurait pu prendre le chemin du bien-être pour tous, de la suffisance et du partage, une orientation spirituelle, enthousiaste et joyeuse, une voie fraternelle, de bienveillance, de douceur, de tendresse et d'affection. Car elle en a faites des expériences, en a tentées des entreprises, en a vus des réussites et des échecs. Elle aurait dû être enseignée. Voilà qu'elle s'entête dans le matérialisme, s'arrête au culte des apparences, érige l'avoir, favorise la possession égoïste, institue la compétition, continue de démarquer les uns d'avec les autres en castes immuables.

Ceci écrit, deux mille ans, c'est pas grand chose. A l'oeil nu, rien ne nous distingue tellement du Romain. La toge est peut-être un peu plus sophistiquée. Ça la rend d'apparence plus désirable.

Et sans doute qu'à quinze millions, l'esclave reste l'esclave.

dimanche 15 juillet 2012

Pense-bête à usage des historiens et archivistes (des aiguilles)

Pense-bête à usage des historiens et archivistes (des chiffres)

Température extérieure : 16,6 C
Pression atmosphérique : 1016,3 hPa
Humidité extérieure : 72,0 %
Vitesse du vent : 5,9 km/h
Précipitations : averses.

Pense-bête à usage des historiens et archivistes (des adverbes)

Parfois, il fait beau
Souvent, il pleut.

mercredi 20 juin 2012

Soir d'été (ou presque)

Assis dans le coffre, les pieds sur le tableau de bord

Le coude à la portière, fume sa clope

Grand échalas, non

Smart.

lundi 18 juin 2012

Ainsi

Elle filait droit. Elle tenait une tablette tactile devant elle. De ses deux yeux fixés sur la page, l'un était grand ouvert, exagérément écarquillé, impossible à bouger. C'était un oeil de verre.



Un faux oeil pour un faux journal, ça allait de soi.

vendredi 15 juin 2012

Nostalgie

- "Qu'est-ce que vous faîtes, jeune homme ?", dit la vieille dame.

- "J'attends une demoiselle", répond le vieux monsieur.



Je voudrais aller chanter à tue-tête dans la montage ou crier dans la forêt.

samedi 9 juin 2012

Que nous est-il permis ?

Nous avions dîné il était tard il faisait nuit je rentrais chez moi. Un type courait dans la rue. Il avait slalomé entre les cyclomoteurs garés le long du trottoir, traversé la route en quelques grandes enjambées et cherchait son souffle dans la foulée d'après. Il avait filé, vite.



Au croisement suivant, surgissait un homme au guidon d'un scooter. Il demandait : "Eh, monsieur, vous n'avez pas vu quelqu'un qui courait ?". Je faillis répondre : "Mais oui, bien sûr ! Il n'y a pas trente secondes. Il est parti par là". Et lui montrer la direction. Je ne sais quoi me retenait. Je ne dis rien. Peut-être l'autre type avait-il violé la soeur de celui-ci, tabassé sa mère ?! Lui avait pris une cigarette dans son paquet sans lui demander la permission ?! Était le gentil et l'autre le méchant ?! Que savais-je de leurs motifs aux uns et aux autres, à fuir et poursuivre. L'homme à scooter fut bientôt rattrapé par un troisième qui sauta à l'arrière du deux roues. Ils hésitèrent un instant et démarrèrent. Ils prenaient le mauvais chemin.



Monod citait le poète anglais Francis Thompson : "Qui cueille une fleur dérange une étoile".



J'espère qu'en ne parlant pas, parfois, je ne touche à rien. Mais je ne le sais pas.

mardi 29 mai 2012

Un effet

"Well, I will", he said, and slowly..., lu par dessus l'épaule d'une lectrice dans les transports en commun. Phrase limpide, il me semble. Bout de phrase, rien.





"Bien, je le ferai", dit-il, et doucement...



Non, c'est l'épaule de la lectrice.

Oui, c'est l'épaule.

Du monde entier au coeur du monde

J'ai une consoeur australienne. Elle m'écrit parfois. Il y a peu, je recevais d'elle ce message :

"Hey, étranger,

Ça commence ici à être dans le froid. Ce qui signifie que vous devez être chauffés, chez vous !
J'ai emménagé dans mon appartement à la mer. Et lancé une nouvelle école d'affaires de prestations sociales pour travailleurs.
La vie ces derniers temps était occupée à profiter d'un ralentissement de la dernière mode de vie. Mariages d'été, anniversaires d'hiver, évènement spéciaux printemps / automne. Presque trop à faire.

Quoi de neuf chez toi ?"

Je l'adore. Qui ne l'aimerait pas ?!

lundi 28 mai 2012

- Météo -

France Bleu Breizh Izel, journal de 18 heures. Les journalistes :

"Journaliste 1: - Le premier vol en provenance de Londres pourra-t-il atterrir à Quimper ?
Journaliste 2 : - Le premier avion de la nouvelle ligne saisonnière est attendu ce mercredi mais problème, il n'y a plus de douanier à l'aéroport de Quimper car le poste de frontière a été supprimé l'année dernière par l'ancien gouvernement et un poste de contrôle aux frontières dans un aéroport, c'est une condition sine qua non pour les lignes aériennes qui sortent de l'espace Schengen et l'Angleterre est en dehors de l'espace Shengen. L'aéroport attend donc la décision du ministre de l'intérieur, une décision qui devrait se faire demain, selon le président de l'aéroport.
- Qui sera d'ailleurs notre invité, euh... qui ne sera pas notre invité mais avec qui nous allons forcément parler de ça très très bientôt.
- Eh bien, j'espère qu'on aura une réponse demain... De toute façon, mercredi on aura la réponse.
- Oui, de toute manière, parce que sinon...
- On verra l'avion ou on ne le verra pas.
- Ah bah, c'est très très clair, il pourra faire demi-tour ou ne pas décoller de Londres...
- J'espère qu'il ne décollera pas de Londres parce que s'il fait demi-tour...
- Bah, ça servira à rien, surtout pour les gens qui seraient à l'intérieur...
- Ça ferait une balade, mais bon...
- Ils seraient un peu déçus. D'ailleurs, est-ce que c'est un temps à faire atterrir les avions ?"

- Météo -.

vendredi 25 mai 2012

Mélodie

Un rayon de soleil
Les filles en jupes
Les gars en shorts
Légers, courts, cool, sexy
Fun
La méthode coué du bonheur
Est-ce qu'on ne pourrait pas souffrir en paix ?!

(Bon Dieu, quel rabat joie ! De la peau, de la peau, de la peau, blanche, rose, rouge, bronzée, cramoisie).

lundi 21 mai 2012

Avec lui

Viendra un moment où le printemps s'achèvera

Et la pluie, et la pluie

...

Aaaaaaaaaavec lui.

samedi 19 mai 2012

Myope et il te voit pas ?!

Il dit :

- "Tu serais pas en train de regarder ma nana ?"

L'autre répond :

- "Ah ! Ah !

- Ça te fait rire ?

- P'têt que je suis en train de regarder ta nana, ouais ! P'têt qu'elle est jolie ; p'têt qu'elle l'est pas. P'têt qu'elle est encore toute jeune, p'têt qu'elle l'est moins. Elle a une petite frimousse, on dirait. Bien possible que je regarde ta nana. Mais je suis myope, sûr que je la vois pas !"

Et il s'éloigne d'un crawl léger, sa main frappant l'eau, tchac, puis l'autre main plus loin, tchac, et tchac, tchac, tandis que l'autre regarde sa nana, myope et il te voit pas ?!

samedi 28 avril 2012

Parler vrai

"Il est étrange que les humains croient que leur capacité de parler et leurs ressemblances cognitives et sensorielles les rendent transparents les uns aux autres dans le domaine de l'amour. Comme si l'on ignorait que l'on ne parle pas pour nous rendre transparents, mais au contraire pour devenir opaques, pour nous mentir et pour mentir aux autres. Non pas forcément par méchanceté ou par mauvaise foi. C'est que les conversations amoureuses sont faites pour cela, pour plaire, pour déplaire, pour détourner, pour ne pas penser, pour épater, pour mépriser, mais pas pour révéler une quelconque vérité sur notre désir".



Marcela Iacub, "Confessions d'une mangeuse de viande", Fayard 2011, 150 pages, 14 euros TTC.





On devrait faire la journée du "vrai parler". Le 1er mai.

Volutes

Je persiste dans ma tentative de devenir végétarien. C'est pas facile. J'ai rechuté. Du filet mignon l'autre jour, c'était tentant.

Je lis des livres pour me persuader, m'encourager.

Bon Dieu, que n'existe-t-il des patches comme pour arrêter de fumer ?! On se collerait un pansement côte de porc ou un autre rôti de veau sur le corps en attendant d'être sevré. Ce serait merveilleux.

Les industriels manquent d'imagination.

samedi 14 avril 2012

Personne

Imaginez une rame de métro. Sur la ligne 14 par exemple. Un accident terrible. Un déraillement, une collision. Des tôles tordues, des wagons broyés. A l'intérieur, des corps, blessés, inconscients, sans vie. Viendra un moment où, là, plein de téléphones sonneront.

jeudi 5 avril 2012

Je deviens con, c'est une étape

Je vais vous dire un truc, et je ne crains pas de vous choquer. Plus j'avance en réflexion - parce que je reçois des tombereaux de réactions, et certaines outrées, je me défends, je creuse, j'argumente - plus je me dis qu'élever de la viande, ce serait comme mettre au monde un bébé médicament ou maintenir en vie des gens pour avoir sous la main un coeur, un rein, des poumons, un visage, de la peau à greffer si besoin. Quand la nécessité s'en fait sentir, paf ! on abat ce type qu'on tenait là dans une cage trop petite pour lui, qu'on avait génétiquement sélectionné pour la puissance de son coeur, la capacité respiratoire de ses poumons, la douceur de sa peau, et on prélève le ou les organes qu'il nous faut. On sauve une ou deux ou trois vies avec un seul de ces types (à la limite, si on les sélectionne pour les poumons, on peut les faire cul de jatte. Ça gagne de la place). Oui, on pourrait en sauver des vies ! Pourquoi on ne le fait pas ? Les mangeurs de viande devraient vouloir qu'on le fasse.

(Je deviens con comme un végétarien. Ou un ancien fumeur. Ça ne vous a pas échappé).

mercredi 4 avril 2012

Note d'interception

Mon précédent texte est, de mon point de vue, à bien des égards remarquable en ce qu'il me révèle de façon éclatante comment mon esprit fonctionne et de quelles expériences et selon quelles associations naît et se nourrit mon inspiration.

Je cours. Je cours de façon suffisamment fréquente, à un rythme assez soutenu et si longtemps qu'il n'est pas rare que les ongles de mes orteils, brusqués, écrasés, malaxés, se colorent de sang. Par un concours de circonstances malheureuses, j'en ai perdu deux récemment qui m'ont laissé des plaies sanguinolentes et douloureuses. Je les traîne en boitant.

Je lis. Je viens de finir la lecture de "Faut-il manger les animaux ?" de Jonathan Safran Foer. L'ouvrage décrit, entre autre, les maltraitances infligées aux animaux par l'industrie de l'élevage et de l'abattage. Ne pas vouloir concourir à ces pratiques est évidemment une excellente raison de ne pas manger de viande. Ce n'est pas la mienne. Disons plutôt que ce n'est pas la seule mienne, même si elle en est une composante essentielle. Qui serait pour qu'on torture les animaux, même si ça le nourrit ? Non, diverses expériences et des propos de Théodore Monod sur le respect de la vie ont guidé ma réflexion : pourquoi faire naître si c'est pour tuer ? Que la vie s'achève dans son propre hasard, vieillesse, maladie, accident (et qu'on mange la viande de ces bêtes mortes), mais que la mort ne soit pas planifiée avant la naissance, voilà ma position. Les animaux ne sont pas des choses qui nous sont asservies. Leur vie (le souffle) est la même que la notre. Respectons ce qui nous anime.

J'ai des amis. L'un me disait aujourd'hui même : "Il n'écrit pas beaucoup ces derniers temps, Branken !".

Je suis fatigué. Je fais la sieste. Là, tout se mêle. Au réveil, s'écrit "Sage décision, je crois".

Au delà de la simple écriture d'un texte de fiction, je trouve amusant la simultanéité de certains événements : il n'est pas impossible que le souvenir de la douleur née de l'absence de ces ongles cassés et de la plaie par eux laissée soit l'élément qui toujours me rappelle à cette évidence que je ne veux pas manger de cette viande faite pour être mangée (et concourir au malheur de mes frères boeuf, porc ou poulet). L'écriture me vient en témoignage.

Sage décision, je crois

Hier encore, mes doigts de pieds avaient des ongles. Il n'en ont plus.

Banal accident de machine-outil sur la chaîne de montage, chez Plimpton & Cie où je travaille. J'étais affairé à pousser une plaque de métal (un alliage) cubique sous la presse pour la déplier, l'aplatir et la recourber quand la semelle de ma chaussure de sécurité droite a glissé dans ce qu'il m'a, un très bref instant, semblé être de l'huile de vidange. Un jet, encore bien fluet, commençait à pisser de dessous le carter du boitier d'alimentation du villebrequin des poussoirs à piston et venait s'étaler le long du compresseur en une petite flaque chaude et visqueuse. Mes crampons antidérapants y dérapaient. Je partais en arrière. Ma tête chutait de mon mètre quatre vingt et heurtait brusquement le sol. Un réflexe qui m'aurait plié en deux aurait pu me faire me recevoir sur le cul et me briser le coccyx mais le poids de la plaque d'alliage métallique (un cube) dans les bras m'en empêchait certainement et je ne me rétablissais pas mais tombais bel et bien, lourdement, de toute ma hauteur, en long, par terre. Je m'évanouissais.

Je me réveillais quelques heures plus tard, le visage inquiet de ma femme au dessus de moi, une infirmière qu'on avait fait mander pour mes premiers clignements de paupières passant au large de mon champ de vision et m'interrogeant : "Comment vous sentez-vous ?"

Je ne me sentais pas trop. Alors.

J'appris ne plus avoir d'ongles à mes pieds. Ils avaient été broyés sous presse. Les doigts avec eux, il est vrai. Malgré les chaussures à coques renforcées. Une presse pour déplier l'acier, il faut reconnaître sa puissance et son efficacité.

On m'avait amputé au niveau des chevilles.

Dans l'instant où l'on m'informait de ce nouvel état, je décidais de ne plus, jamais, manger de viande. Je ne sais par quelle association l'idée m'en était venu mais la décision m'avait totalement imprégné et avait été comprise par chaque cellule de mon corps, os, nerfs, viscères et chair.

Et je laissais le reste d'anesthésiant oeuvrer à nouveau.

vendredi 30 mars 2012

Sometimes

Mon excellent ami Bustin Garin, qui longtemps vécut dans les provinces anglophones du Canada et, de fait, connaît parfaitement les us et coutumes des habitants du coin de là-bas, me fait le commentaire suivant :

"Wal Mart, it's'far".
It's what he said.
Something else to say ?
The weather was beautiful. Again.

Je trouve que ça ne manque pas de bon sens. C'est même plein de poésie.

mercredi 28 mars 2012

Parfois

"Carrefour, c'est loin".

C'est ce qu'il disait.

Y'avait-il autre chose à dire ?

Il faisait beau. Encore.

mardi 27 mars 2012

Dans la toundra

L'hiver à Vladivostok, je vous promets, c'est rude. La neige, la glace, à perte de. Et le froid, à ne pas mettre un doigt. Quand le vent, n'y pensez pas.



De langue, on n'a pas. D'idées, de pensées, stalagmitites.



Évidemment, les connexions internet là-bas.



J'essaierai de me rattraper. En avril, je ne m'engage à rien. Mais si le dégel, j'arrive à tirer le fil, nous découvrir, je ne me gênerai pas.



Bises.

samedi 17 mars 2012

Charmes

C'est le train. Le train, c'est chouette. Le train, c'est des souvenirs d'enfance, quand on allait en vacances à Vladivostok. Ça, c'était du voyage. On partait un matin, on arrivait une semaine après. Et pendant cette semaine, on habitait un compartiment du train, on vivait dans le train. Bien sûr, il arrivait qu'on en sorte, qu'on le quitte même, pour aller d'une gare à une autre, à Paris, Berlin ou Moscou. Ou simplement pour se dégourdir les jambes, pour renouveler nos provisions. Qu'est ce qu'on a aimé ces longs voyages, chaque été répétés, des années durant, mes frères et soeurs et moi ! Et puis, après Vladivostok, ce furent Istanbul, Ankara et Tabriz ou Ispahan. Diable, on avait de la chance !



On avait d'autant plus de chance qu'au cours de tous ces voyages en train, si bien des fois nous passâmes des jours en compagnie de paysans ou d'ouvriers avinés, tantôt lyriques, tantôt véhéments, de vieilles, et moins vieilles, femmes édentées qui baragouinaient on ne comprenait quoi, un poulet dans leur sac, de jeunes intellectuels qui se prenaient pour des voyageurs au long cours, barbes hirsutes et cheveux gras, chemises débraillées et pantalons élimés, et combien d'autres encore personnages originaux, ou pas, mais pour nous, enfants, toujours extraordinaires, jamais, jamais, nous n'allâmes assis à côté d'un type occupé tout le trajet à engloutir des hamburgers dégoulinant de sauce, regarder "Kaamelott" sur le petit écran de sa tablette tactile et pouffer, pouffer, un bout de steak retombant dans sa serviette, une feuille de salade coincée entre les dents.

samedi 10 mars 2012

Les apparences

Pierre avait deux ans quand sa mère l'abandonna.

Il en a aujourd'hui trente-huit et elle n'est pas revenue.

De toute façon, il n'y a jamais cru.



Il ne sait rien d'elle.

Son père s'est toujours refusé à en parler.

Il en aurait dit du mal, peut-être.

Aurait exprimé des regrets, de l'amertume, sans doute.

Se serait montré triste, certainement.

Son père non plus n'y croyait pas.



Elle y croyait, elle, pourtant. Elle en était certaine même, qu'elle reviendrait. C'était juste un moment nécessaire, utile. Mais : elle s'est heurtée à leur incrédulité. Elle ne reviendra pas ! Elle ne reviendra plus ! Elle ne reviendra jamais ! Motif que la vie pour les complaire dans leur abandon s'est chargée de dessiner.



Ah, s'ils y avaient cru, elle aurait pu ne pas revenir. Ouais, elle ne serait pas revenue, et de son propre fait.

jeudi 1 mars 2012

Des inclinations partagées, trop peut-être

Il a deux guitares qu'il emploie particulièrement. Je lui en sais d'autres mais elles ont du être remisées au profit de celles-là.

L'une a des sonorités rondes, pleines, suaves. Il s'en sert pour jouer à la manouche. Il développe une technicité qui file désormais vers la virtuosité mais il n'a pas encore appris à se méfier des rives de l'Epate. Qu'il découvre l'Epure et y navigue un temps grandirait maintenant son jeu.

L'autre claque. Elle dézingue. Elle sonne sèchement, aigre, aiguë, cristalline, pique, fouette, balaie. Les rifs lui siéent. Il en use.

Il écoute les Rolling Stones, Red Hot Chili Peppers, Radiohead, Jacques Brel ou Daniel Balavoine, Bach aussi parfois. Il chante sur "Ces gens-là". Les paroles de "C'est mon fils ma bataille" lui sont parfaitement connues. Sa voix ne tombe pas toujours juste, il arrive même qu'elle déraille. Son pied s'invite parfois, qui martèle le tempo.

C'est mon voisin. En matière de musique, je le connais comme s'il habitait chez moi.

mardi 28 février 2012

L'intention

Je me demande dans l'esprit de quelle fille l'idée de moi est en train d'éveiller le désir. Car une fille qui ne me connaît pas encore commence à m'espérer, même si elle ne sait pas que le destin fera de moi cet homme dont elle rêve de serrer les contours encore à peine dessinés.

(Ce texte, dans une version légèrement différente, accompagne une oeuvre graphique. L'ensemble est visible ici).

lundi 27 février 2012

Politique : pour la musique à la radio et la nature à la télé

Je me souviens qu'après le 21 avril 2002, les journalistes avaient, pour un grand nombre, estimé qu'ils avaient collectivement fauté dans leur traitement de la campagne présidentielle et considéré qu'il leur faudrait à l'avenir faire les choses autrement.

Ils avaient probablement fauté.
Ils n'ont pas tellement changé leurs façons de faire.

Que voit-on ?

Des sondages encore et toujours, assortis il est vrai cette fois d'interrogations sur leur valeurs ou leurs effets supposés, possibles ou avérés. On met en cause, on appelle à la prudence. Ça n'empêche pas de continuer. Ça exonère. Nouveaux sondages.

Des petites phrases encore et toujours, sorties de leurs contextes, relayées, commentées et discutées, déformées parfois, mises en exergue tout le temps et tous sont sommés d'y réagir et de prendre position. On regrette leur omniprésence, on dénonce ce penchant. Ça n'empêche pas de continuer. Ça exonère. Nouvelles petites phrases.

Rarement, on laisse les candidats s'exprimer sur le fond de leur programme. On leur intime l'ordre de les dévoiler et on les coupe aussitôt pour préciser tel ou tel aspect, un détail dont le grossissement est commandé par un fait tiré de l'actualité immédiate. Alors on laisse à penser qu'ils n'ont pas de programme ou que leurs propositions sont inaudibles (à ce stade, qui pourrait dire qu'il sait clairement quelque chose des ambitions des uns et des autres pour une éventuelle mandature ?). De fait, les candidats n'ont plus rien à dire sinon dénoncer le vide des propositions de leurs concurrents, leur manque de vision, de courage et d'honnêteté, et se laisser aller à la petite phrase. Un mot sur les sondages, au passage.

Probablement que les médias, et les journalistes, ont une place à tenir dans une démocratie et un rôle à jouer dans le débat mais ce ne sont sûrement pas ceux de se concentrer sur les infos révélant qu'Hollande est à 29% d'intentions de vote ou que Guéant estime que le FN est "nationaliste et socialiste".

Bien sûr, on peut les concevoir comme une simple caisse de résonance qui ne laisserait passer que les bruits les plus forts et il y a de sacrés musiciens dans la classe politique. Mais il peut aussi s'agir de mettre les faits en perspective, les intégrer dans un grand tout pour parfaire la vision des électeurs et non pas l'éclater en une multitude de micro-faits, inexistants pour certains (les sondages d'opinion s'appliquent à des instants T qui ne donneront jamais lieu à aucun vote réel et sauf à les prendre dans les derniers jours précédant le scrutin, ils n'ont qu'une valeur très relative ; amusant d'ailleurs de considérer qu'ils sont interdits par la loi dans ces derniers moments où ils acquièrent le plus de la réalité du moment auquel ils se rapportent en définitive). Que Sarkozy ait promis ceci ou cela, qu'il ait fait ceci ou cela pendant son mandat et non ceci et cela et qu'aujourd'hui il propose ceci qui est toujours ceci et cela qui est le contraire de cela, voilà qui serait intéressant et nous instruirait sur la valeur de leur parole, leur capacité à tenir leurs engagements ou leur aisance à changer de pied et de cap, leur détermination à revenir sans fin sur des promesses inabouties ou leur aptitude à se renier ; que les socialistes aient agi de telle manière quand ils étaient au pouvoir, fait telle proposition dans l'opposition et qu'Hollande développe telle conception de telle chose aujourd'hui, voilà qui serait intéressant et nous instruirait sur leurs stratégies et attitudes, sur leur courage peut-être, ou leur indépendance intellectuelle, et la fidélité à leurs idées ou leur capacité à en endosser de nouvelles sans doute ; que les candidats s'expliquent sur telle promesse tenue ou non tenue, telle proposition reprise ou abandonnée aujourd'hui, et pourquoi, voilà qui serait intéressant et nous instruirait sur leurs parcours idéologiques et les intérêts qu'ils servent, leur pragmatisme ou leurs revirements ; qu'on insère ces positions dans le contexte européen et mondial, qu'on présente les courants de pensée à l'oeuvre et les résultats obtenus ici ou là, avec les effets induits pour les populations, l'économie, l'environnement, voilà qui serait intéressant et nous instruirait des rails dans lequel on place le pays et des perspectives pour son avenir. Peut-être sont-ce des exigences exagérées mais il faut croire en la démocratie.

Certains médias (mettons quelque peu à part les journaux papiers qui n'oeuvrent pas dans le temps physique comme la radio ou la télévision mais dans l'espace de leurs pages, ce qui constitue une autre échelle pour le lecteur - auditeur - téléspectateur. A cet égard, internet offre des possibilités particulières d'espace et de temps qui mêlent écrit, images et sons et qui restent probablement encore assez inexploitées, tant les uns pourraient prolonger les autres dans l'une ou l'autre des ces directions spatiale et temporelle et non pas simplement se paraphraser, se doublonner, se superposer sur un même point étroit d'éclairage de la chose rapportée et finalement se cannibaliser comme on le voit pour l'instant.) agissent comme ils le font parce que cette forme de traitement sert leurs intérêts (qui n'est parfois que de tenir l'antenne d'une information en continu ou remplir de brefs flashes répétés) mais sur que la majorité des journalistes n'y peuvent rien car, quoique sans doute armés des meilleurs idéaux à leur entrée dans le métier, ils ont pris le pli : court, rapide, percutant, facile à avaler. Sondages et petites phrases mais pas de programme.

Le pli, c'est d'être dans l'instant plus rapide que la station ou la chaîne d'à côté, plus près de l'événement, repérer et attraper l'événement dès sa matérialisation, rester aux aguets et sauter aussitôt sur l'événement suivant, quitte parfois à le susciter, ce qui, au passage, à le mérite de procurer le sentiment de contrôler les choses.

Les pressions en ce sens sont multiples qui s'appliquent de l'extérieur vers l'intérieur et de haut en bas sur les journalistes. L'expérience leur apprend à hiérarchiser ces pressions mais non pas à s'en extraire totalement. Des cultures d'entreprises, des façons de faire imprimées par des directeurs de rédaction ou des rédacteurs en chefs, fournissent de précieux guides pour se couler dans un moule.

Et puis, il y a leurs propres échelles de valeurs, qu'elles soient professionnelles et personnelles. Ces grilles de lecture commandent leur regard et leur réflexion.

L'objectivité n'existe pas, ils sont eux aussi aux prises avec l'inconscient. Quant au devoir d'informer, il a bon dos qui voudrait qu'on livre d'abord l'écume puisque c'est elle qui vient en premier et en plus grande quantité, exonérant au passage d'une réflexion consciente sur ce qu'est véritablement l'information, qui plus est responsable. (Peut-être une information chiante, pourquoi pas ?! - comme ce long papier aux tournures alambiquées).

La responsabilité voudrait qu'on prenne du recul : s'en tenir aux éléments de fonds, laisser décanter les dépôts de surface, ne pas insister sur les faits ponctuels, délaisser les polémiques.

Peut-être que la façon la plus responsable de s'attaquer à une campagne présidentielle, matière hautement inflammable, serait de ne traiter que l'actualité de la veille ! Dans l'intervalle, n'absolument rien dire. Consacrer ce laps de temps à l'oubli. Émergera l'essentiel.

(Et s'il n'est rien possible d'explorer dans le temps imparti, une plage de musique ou l'image d'un pré sous la neige - qu'on ne craigne pas que ça ruine les audiences : Pernaut fait ça très bien et avec succès).

dimanche 26 février 2012

Gris Gris (3)

La jeune touriste japonaise prenait son amie en photo, une bonne dizaine de mètres en avant d'une fontaine dont le jet avait été coupé.



Là, un barbu aux vêtements fripés et crasseux reposait, étalé de tout son long, le dos en contact avec le stuc du monument, des couvertures défaites à ses pieds.



Sans doute, il ronflait. L'amie japonaise souriait et faisait coucou avec la main.

Gris Gris (2)

Le ciel était bleu, sans nuage, et l'air vif. Dans les allées du parc, quelques promeneurs allaient, emmitouflés. Certains couraient, bonnet sur la tête. Le restaurant, à l'entrée, était quasiment vide et sa terrasse encore moins achalandée. Là, une seule table à vrai dire était occupée. Deux vieilles femmes, coquettes et précieuses, et leurs vieux maris, attentifs. Tous avaient conservé leurs pardessus et manteaux de grosse laine et fourrure, des écharpes douillettes nouées à leurs cous. Ils parlaient vite, autant qu'ils pouvaient, sans quoi les mots auraient gelé. Parfois, l'un s'écrasait sur la table, laissant le son cristallin de sa chute glisser dans l'air à sa place.



Pour les servir, deux noirs bien bâtis attendaient, qui grelottaient dans leur fine veste de costume sans piper mot.

samedi 25 février 2012

vendredi 24 février 2012

Amen

Je ne veux ni avoir ni être

J'ai ce que j'ai ; je suis ce que je suis

Je veux comprendre. Comprendre ce que je fous là. Comprendre, bon Dieu !



(- "Eh, Zeus, y'a le pain qui râle !

- Le pain qui râle ?!

- Ouais.

- Qu'est-ce qu'il dit ?

- Il veut savoir ce qu'il fout là.

- Putain, on aura tout entendu. C'est peut-être qu'il a trop cuit ?! Il a trop cuit ?

- Il est un peu grillé. Sur le dessus.

- Jette-le. On va pas s'emmerder").

Ainsi soit-il

Quel âge avais-je ? Huit, dix ou douze ans, qu'importe ! Je chantais dans la chorale d'un centre de loisirs, activité sans doute obligatoire à laquelle je me pliais de bon coeur. Je crois. Nous répétions quand le chef de choeur, animateur du centre, par ailleurs musicien, fauché sans doute, d'où, stoppa net notre envolée vers les aigus. Quelque chose n'allait pas. Une voix s'égarait, déraillait, poussait les wagons hors des voies, tordait les rails. Il tendait l'oreille, nous faisant réinterpréter quelques notes. C'était moi. Il pointait son doigt. Moi qui n'allais pas. Va-z-y ! Do Ré Mi. Oui c'est toi. Bon chef de gare, il mit le wagon de côté, réattela les autres, reforma son train, ordonna : "On reprend. Toi en playback. Fais comme si, en silence. Surtout, ne te fais pas entendre". En avant !



A y repenser aujourd'hui, je crois que cet homme était Dieu et cette histoire la trame de mon existence.

vendredi 17 février 2012

Ecole du jardin

Dans la sobriété

Bonheur esthétique

Joie des sens.

Abstinence

Pour diverses raisons que je me garderai d'exposer, j'ai fait l'expérience étonnante suivante de me retrouver dans une pharmacie de mon quartier, devant un rayon de crèmes pour la peau. Démuni est le mot qui convient : toutes présentées dans des emballages aux formes et contenances identiques, incluses dans des gammes de prix similaires - à l'euro près, vendues avec les mêmes propriétés et pour les mêmes indications, qui sait constituées des mêmes composants et dans les mêmes proportions, un chouia de flotte en plus en moins, seuls le nom - encore que - et la couleur des paquets n'en faisaient pas qu'un seul et même produit mais une multitude, multitude d'individus reconnaissables mais indiscernables. La pharmacienne elle-même en avaient les bras ballants, incapable de dire en quoi, quoi ?! C'était le serpent qui se mord la queue, trop de, plus de. J'avais éprouvé le même sentiment peu de temps auparavant devant les confitures, au supermarché. Je me souviens encore de cette impression d'impuissance et d'abattement dans un salon du livre. Si je fouillais ma mémoire, j'en trouverais d'autres.

Dans ses extrémités - on y est, on les touche, la société de consommation se révèle absurde et inefficiente. L'action n'y a plus de sens, plus de valeur, est tuée dans l'oeuf. Que l'on y soit dépressif n'a sans doute rien d'étonnant.

Dût-elle en désquamer jusqu'à la fin de l'hiver (rude même dans l'été austral), ma peau se montrera plus forte, plus résistante, plus droite, d'une rectitude morale plus affirmée que les plans marketing, l'entente tacite et la bonne santé financière des industriels, qu'une organisation économique et sociale, qu'une forme de société, que la peur et la fuite en avant.

Plutôt la peau sèche que l'âme asservie !

mercredi 8 février 2012

Sous-sol

Je ne sais pas d'où elle sortait. Elle avait le front barré d'une large entaille et la main égratignée. Du sang avait séché sur son poignet. Elle était monté dans le wagon et téléphonait, debout.

J'en ai vus des comme ça : à l'hôpital, sur un brancard, une jambe tordue, un pied écrasé, le bras en écharpe, une plaie à l'épaule, les côtes cassées, au téléphone.

Il paraît que dans certains civilisations - aux Amériques, on enterre les morts avec TOUS leurs appareils téléphoniques, objets nécessaires, assure-t-on, à leur passage dans l'au-delà et à leur "mort" dans cet autre monde, divin et invisible. Évidemment, le nombre et la qualité des téléphones en disent long sur le statut social et la réussite des défunts. Certains auraient même auprès d'eux une véritable armée reconstituée : Nokia, Apple, Samsung, Blackberry, HTC, autant de généraux renommés.

Des chercheurs auraient noté des interférences d'ondes particulièrement fortes, les 2 novembre et 14 février notamment, signes qu'un grand nombre de communications étaient tenues et de messages échangés, sans pour autant pouvoir en déterminer l'origine. "C'était comme si ça venait de l'espace, ou sortait du sol, c'était dans l'air", se serait étonné l'un deux.

Non. Moi, je crois que le téléphone est une coquetterie. C'est une alliance en quelque sorte, comme en ont les célibataires qui ne veulent pas être importunées. C'est un truc qu'on se met à l'oreille pour masquer, ou au contraire signifier - je n'ai pas réussi à le déterminer, toutes ces conversations, ces liens, qu'on entretient avec des correspondants mystérieux qui ne sont, avouons-le, rien d'autres que des voix dans notre propre tête.

lundi 6 février 2012

Sous le grand ciel (8)

Il est des moments où même le sable du désert n'est pas ton ami. Il n'y a alors rien à faire, cette force s'impose. La volonté de changer le cours des événements se perd, s'évapore. Le corps et l'esprit s'assèchent. Ne reste pas grand chose, l'essentiel : rien. Sous le grand ciel, le sable devient les étoiles.

Sous le grand ciel (7)

Vous étiez aux prises avec la broussaille, dense, dans ces chemins où l'on vous avait appris à marcher, dans ces sentes où l'habitude sans cesse vous menait. Vous avez coupé, taillé, rompu. Peu à peu, vous vous êtes dégagé de l'emprise feuillue, ligneuse et piquante.

A mesure que vous avez avancé, la végétation s'est faite moins dense et votre circulation plus aisée. Bientôt, vous n'aviez plus qu'à trancher ici ou là, avec parcimonie mais, toujours, fermeté, et, souvent, vous pouviez aller librement d'un tronc à un autre. Il arrivait encore, parfois, qu'un de vos pieds bute contre une racine, se prenne dans une ronce. Vous aviez vite fait de l'enjamber et la dépasser.

Votre horizon se dégageait. Devant vous, l'espace s'ouvrait. Vous pouviez voir loin et large. Vous vous mouviez à vos souhaits, passant d'ici à là, courant, dévalant, ou, au besoin, vous arrêtiez et demeuriez un instant assis. Sans crainte désormais de voir la forêt se refermer sur vous et vous prendre dans ses rêts.

Ainsi de plus en plus libre. La peur vous avait quitté, seule la curiosité vous animait.

Vous éprouviez un certain contentement, doux et subtil, confiant à la vue de ce paysage, vaste et nu. Vous n'aviez nulle part besoin d'aller, vous vous sentiez partout chez vous. Mieux, vous compreniez cela.

C'est alors que l'arrière garde que vous aviez trimbalée partout, sur votre dos, mais sourd à ses jérémiades, espérant peut-être la semer en chemin mais surtout l'oublier, se rappela à votre souvenir, surgit devant vous et demanda :
- "Quand est-ce qu'on arrive ?"

dimanche 5 février 2012

Sous le grand ciel (6)

J'ai une vieille voisine, Mme D. Elle est capable d'un truc tout à fait épatant, absolument déroutant. D'abord, le débit de sa voix s'accélère, elle devient rauque, et grave, et s'emporte, rude et âpre, et charrie des mots grossiers, crus et grivois, et dans le même élan, sur un changement d'appui, rapide, petit saut d'un pied sur l'autre, part d'un rire saccadé, secoué et heurté, à la tonalité aiguë et critalline, sa gorge lâche de brefs coups de sifflet criards et stridents. Vraiment, c'est à vous mettre k.-o. debout, vous laisser groggy et chancelant. Mme D. est une sorcière.

Je l'ai croisée ce matin, comme je sortais de chez moi. Petite femme fluette de quelques quatre-vingt dix ans, écrasée sous les pans de sa robe de chambre en grosse toile, perdue dans l'encoignure de sa porte. "Elle a encore fondu", me disais-je en la saluant. "Bientôt, il ne restera d'elle qu'un flaque de cheveux sur le palier. Et un drap de coton rouge, à manches". Alors que j'entamais ma course bruyante dans les escaliers, j'entendais derrière moi :
- "Sacrée jeunesse, nom de Dieu !" dit d'une énorme voix suivi d'un rire soudain. Mme D. est une sorcière.

Sous le grand ciel (5)

Dans nos vies sophistiquées

Qui perçoit encore le bourdonnement de la basse et le tchac poum des caisses grosses et claires ?



Le chant des sirènes, maledetto !

Sous le grand ciel (4)

Mes mots, pont-levis que j'abats de mon fort intérieur sur le terre plein où tu as creusé tes douves, élevé tes murs, établi ton toit.



Que le grand ciel se couvre des étoiles qui chantent ces entremêlements secrets.



Vois qu'elles tombent ce matin et se répandent au sol, marquées des traces de nos pas, nos souffles suspendus dans l'air froid.



Tes clins d'oeil et mes rires

Tour à tour parents et enfants

Nous ou d'autres

Ni début, ni fin.

samedi 4 février 2012

Sous le grand ciel (3)

Passé toute la journée la braguette ouverte. Oh mon Dieu !

Racheté un disque que j'avais déjà.

Entamé "Merci infiniment" de Lowry.

Comme le loup dans la steppe, me suis-je dit. Frôlant les arbres.

L'ai prêté.

Mon Dieu, tous ces endroits où je suis allé.

Pas revu.

Humant l'air. Vif et sec.

Impossible de me reboutonner. Signer mon forfait devant tous.

Truffe humide, yeux mi-clos. Seul. Et le vent, whouuuuu dans les branches.

Pas la laisser ouverte non plus.

Une explication de roman pour l'heure presqu'aussi confuse que le roman lui-même. Mais quel roman !

Et les feuilles, s'il en reste, qui écoutent et bruissent en écho. Murmure secret, sous le grand ciel.

L'ivresse du Consul, à tituber soi-même. Bon sang, si quelqu'un qui lit ces lignes l'a un jour commencé et laissé tomber, qu'il le reprenne. Immédiatement. Aille jusqu'au bout. Aille. Au bout. Hum... oui, vraiment.

Crac, voilà, c'est remonté. Hé ! Hé !

Reverrai jamais. Ni le type, ni le disque.

Les pensées, seules. Amies. Garces.

Bon disque, bien fait.

On s'est bousculé, tourné pour s'excuser : même geste.

La braguette alors ouverte. Et je ne le savais pas !

Et après ?

Sous le grand ciel (2)

Rire profond

Cascade, ah ! ah !

Éboulement de soi.

Sous le grand ciel (1)

Comment les pensées arrivent-elles à se convaincre elles-mêmes ?

Un mot peut-il en subjuguer un autre ? Par quel pouvoir s'appellent-ils et se répondent-ils les uns les autres ?

Qui dit : "Oui, c'est ça" et pourquoi ?

jeudi 2 février 2012

Divertissement

Des expériences nouvelles
Pour chasser les anciennes
Quelque chose
Plutôt que son absence
Pourtant en voilà une d'expérience
Que de la voir s'éteindre et surgir le silence.

La terre tourne

Savez-vous où je suis ?
Je suis en Australie.
En Australie depuis un bon mois.
J'ai une amie australienne.
Faut que je raconte ça.

C'était un soir d'été. A Pigalle. Il y a quelques années déjà.
- (en anglais) Vesna, quand c'était nous nous rencontrons ?
- (en anglais machouillé) à Paris ?! Oh, en 2007, je crois.
Pigalle, un soir d'été de 2007, j'entrais dans un café et m'installais au bar. Je commandais un demi. Elle était sur un tabouret à côté. Un verre de vin et un bloc-notes étaient posés devant elle, elle tenait un stylo à la main. Elle écrivait ses mémoires. Nous bûmes ainsi, côte à côte, un moment. Parfois nous regardions dans des directions opposées et nos regards se croisaient. Nos lèvres se souriaient. Je reprenais une bière et elle un verre de vin et notre conversation, difficile pourtant, allait bon train.
- (en anglais) Vesna, tu disais tu conserves les papiers où nous dessinions pour comprendre nous ?
- (en anglais machouillé) oui, je les ai toujours. Ils sont rangés. Tu veux les voir ?
Non, c'est juste pour qu'ils sachent : nous dessinions les propos que nous n'arrivions à faire passer par les mots, quand les gestes eux non plus ne nous avançaient à rien. La soirée s'étirait, prenait ses aises, se désaltérait, allongeait les jambes, finit par bailler. Vesna devait rentrer. Nous nous quittions là.

Gentille, cette fille, me disais-je en commandant un nouveau verre et je descendais aux toilettes. Je titubais, ne marchais plus droit. Même, je me cassais la gueule en remontant l'escalier, dans les jambes de deux clients. J'allais ensuite m'asseoir à la table d'une jeune femme seule, offrais une bière à une autre puis me faisais virer de l'établissement par les serveurs.
- (en anglais) je ne t'ai jamais raconté ?
- (en anglais machouillé) quoi donc ?
- (en anglais) rien !

Nous avons gardé contact. Quelques mots ici, une nouvelle là. Vesna traversait la planète, sur ses océans. Elle officiait sur un yacht de luxe. Elle a fini par rentrer chez elle. Melbourne. Un jour, m'a appelé.

Et voilà que.
Je suis en Australie.
Un bon mois déjà.
C'est chouette.
L'Australie.
Les Australiens ; les Australiennes. Vesna.
Faudra que je vous raconte ça.

En Australie, c'est l'été.
Paraît que vous vous caillez les miches, là-haut !
Courage. La terre tourne.

Enthousiasmant

L'homme moderne :

- a les yeux rivés sur un écran ;

- tire des sacs à roulettes.

Whaou !

mardi 31 janvier 2012

Féline

Ses pas dans mon dos

Allaient au rythme des miens

Et c'était tac tac tac tac

Avec moi le long du chemin

Mais quand je me retournais enfin

Curieux, pour voir

Une crinière de feu

Me dépassait

Vive, rapide et déjà loin.

Je ne sais pas

Dans la rue. Trottoir, pénombre. Faible lumière d'une supérette encore ouverte. La fille râle ; le garçon se défend. Elle dit : "C'est moins cher, ici. Si encore tu payais !" Il répond : "Je ne te fais pas de reproche. C'est de moins bonne qualité, je crois". Ils ont raison. Colère : la fille remet la main sur son sac à roulettes ; le gars réajuste son cabas : dépit. Ils repartent. Marchent côte à côte l'un derrière l'autre. Marmonnent, ruminent, se taisent.



Comment ça s'arrange ces histoires-là ? En rangeant les poireaux ? En cuisinant les pâtes ? En avalant le rosbif ? En cherchant la complicité ou en se laissant tranquille ? En s'excusant, en n'y accordant plus d'attention, en changeant de sujet, en ne disant plus un mot ? Une main posée sur l'épaule, un doigt effleurant une joue, des lèvres approchées d'un cou ? Un coup tiré vite fait ? Un billet de cent passé de main en main ? Une porte claquée, "Tu me fais chier, putain !"



J'aurais dû les suivre. J'aurais vu comment eux faisaient.

Ouais

Elle a dit : "Ouais" et ses yeux se sont éclairés et un sourire s'est affiché sur ses lèvres. J'essaie : "Ouais", "Ouais", "Ouais" et ça marche. Ouais.

lundi 30 janvier 2012

Où que j'aille

Les filles étaient rudement jolies
J'avais la beauté des filles en moi
Les gars étaient sacrement gentils
J'avais l'amabilité des gars en moi
Et c'était un plaisir très doux
De toujours se déplacer ainsi
Avec des filles jolies
Et des gars gentils
Partout, où que j'aille.

Ce n'était pas moi

J'avais dix ans. J'ai croisé mon grand-père, par hasard, chez des gens que je ne connaissais pas. Il était dans la cour, parlant avec eux. Lui les connaissait, et bien, j'ai l'impression. J'étais venu avec une voisine. Elle s'arrêtait là pour acheter quelques légumes. Pendant qu'elle faisait ses courses, je déambulais dans les allées du jardin. Bientôt, j'arrivais près du petit groupe discutant et dans le même instant faisais face à mon grand-père. Il me dévisageait, longtemps, perplexe. Et puis, il dit :
- "C'est incroyable ce que tu ressembles à mon petit-fils ! Si je t'avais croisé ailleurs qu'ici, je t'aurais pris pour lui. Comment t'appelles-tu ?
- Arthur, répondais-je.
- Fichtre, vous avez aussi le prénom en commun ! La ressemblance ne suffisait pas".
Il prenait ses amis à témoin. La taille, l'allure, les cheveux, les yeux, le sourire, l'air curieux ou perdu, et jusqu'aux genoux troués et raccomodés du pantalon. Son petit-fils tout craché ! Je tournais les talons et revenais sur mes pas. Sans un mot.

C'est la première fois que je raconte cette histoire-là. Mon grand-père devait oublier la scène, jamais je ne la lui rappelais. Qu'aurais-je pu lui dire puisque ce n'était pas moi ?!

dimanche 29 janvier 2012

En avant !

Ce geste de ramasser son sac à terre et se le balancer sur l'épaule

A vous laisser coi

Il n'y a qu'elle pour faire ça

Cheveux au vent et la goutte au nez

Un clin d'oeil, en avant !

Je l'aime

Oh oui, j'ai envie de jouer avec elle. L'inviter à dîner, elle refusera. L'inviter encore, demain. Après-demain. Si elle accepte, me dérober. C'était une blague, tu penses bien. Elle est si snob. Je me demande d'où ça lui vient. Pas de ses parents, ni de son enfance. Son éducation, sûrement pas. Quelle épreuve a-t-elle dû affronter pour trouver dans cette espèce de morgue un point de fuite, une couverture, un bouclier ?! Quelle faille espère-t-elle masquer ou combler ?! Je ne le saurais pas, jamais. Aucune intention de creuser, chercher à savoir. Oh, je l'aime. Évidemment. Mais quoi faire, sinon m'amuser. Si je ne pouvais m'amuser de cela, d'elle en un sens, je ne l'aimerais pas. Elle me le rend bien, pas d'inquiétude (même si ça ne justifie rien - c'est ailleurs, pas un prêté pour un rendu mais dans cet échange un peu piquant, des hérissons nous sommes, que nous nous supportons). Je ne suis pas un bourreau, je ne lui veux pas de mal. La titiller, un peu. La bouger, tremblotte. Lui ouvrir les yeux, espoir. Et puis, je m'ennuie sans doute. Je ne bois plus. Quand je buvais, mes pensées m'occupaient. Sans alcool, elles ne me suffisent plus. J'ai retrouvé du souffle, pas elles. Quelques marches, elles s'étalent. Je suis en haut des escaliers, libéré. Je l'agace. Viendras-tu dîner, ma chérie ? Je ne peux, pardonne-moi ! Tu ne changes pas. Changeras-tu un jour ? Alors, c'est d'accord. Où m'emmènes-tu ? C'était une blague.

samedi 28 janvier 2012

Je n'irai pas

La Chine, je n'y connais rien. Je ne sais pas pourquoi m'est venue cette idée, de la Chine. C'est toi qui m'en as parlé, n'est-ce pas ?! Eh bien non, je ne connais pas. Je n'irai pas. Non. Ni avec toi, ni tout seul. J'étais au Mexique la semaine dernière. Pas écrit une ligne ; pas une ligne écrite. J'ai bu. J'ai bu de la bière, j'ai bu de la tequila, j'ai bu de la bière et du whisky. Pris l'avion, et le train, et le bateau. Un peu le bateau. Des ronds, là-bas au Mexique. Très belle eau mais rien écrit. Alors la Chine, non. On m'envoie en Ouganda. Qu'est-ce que je vais faire en Ouganda, je ne sais pas ?! Qu'est ce qu'il y a à faire en Ouganda ? Il faudra que j'écrive. Je ne sais pas si je sais écrire quand il fait chaud. Et moite. Il fait chaud et moite, en Ouganda. Non ?! Alors la Chine... Je me demande ce qu'on boit en Ouganda. De la bière, je n'en doute pas. On boit de la bière partout. Mais pour écrire, la bière ne vaut rien. Je le sais. Et pourtant. Je descends au bar. "Une bière, s'il vous plaît". Je n'écris pas. Avant le Mexique, j'étais en Suède. Pas une ligne. On ne peut pas dire pourtant : faisait froid et sec. Ça m'a rien valu. Je ne sais pas écrire quand il fait froid et sec. Je quitte ma chambre, je descends au bar. "Une bière". En Suède, pas une ligne non plus. C'est embêtant. J'avance en âge. Si je n'écris pas maintenant, quand ? Non, la Chine, vraiment pas une bonne idée. D'autant que la bière chinoise... Le climat... Les Chinois... Ah oui, non. Je n'écris pas au milieu des Chinois. Je le sais. Je ne sais pas pourquoi. A mon âge pourtant, je devrais être plus détaché, savoir me concentrer, même au milieu des Chinois, même une bière chinoise devant moi, même sous un climat chinois. Eh bien, non ! La Chine, pas une ligne. Je n'irai pas.

mardi 24 janvier 2012

Fragments

Jolis cheveux tressés
Silhouette gracieuse
Dos tourné.

Une nuit d'orage, mon cerveau.

Coupé l'élan du monde
Retiré, sans mots.

Parfois une envie de rire
Et c'est tout.

Je pouvais fixer, scruter, détailler, admirer
Son regard en biais, forcé - détaché.

Yeux cerclés de noir
Crayon fin, crayon gras
Doigts agiles
Ça ne se voit pas.

Mains, yeux, cheveux
Des échanges, légers échanges
Rien de sérieux.

Des sauts
Toujours des sauts.

Sous la canarde
Tête baissée
Les cheveux brûlés.

Comme on allume un chauffe-eau.

Wouuuuf !

(Rires).

Et c'est tout.

Dos tourné
Dos tourné.

lundi 23 janvier 2012

Adieu !

D'un coup, j'ai senti que c'en était trop.

J'en avais plein le dos, je n'en pouvais plus.

J'ai décidé de m'abandonner.

Je me suis vu stopper, mettre pied à terre, me défaire de mon paquetage. J'ai reculé de quelque pas, me suis adossé à un mur.

J'ai regardé autour de moi. Il n'y avait rien de notable. Les gens allaient et venaient, pressés ou pas. Comme d'habitude. Moi, je n'étais plus là.

La sensation ne m'avait pas pris en traître : elle me travaillait depuis des jours, des semaines peut-être, depuis tout le temps si ça se trouve.

Il fallait que quelque chose lâche, et c'était moi.

Parfois, je m'étais dit : "Ah, si je pouvais atteindre ce but ; si je pouvais obtenir ce résultat ; si cette chose pouvait m'arriver ; si". Mais non : rien ne pouvait y satisfaire. La tension était extrême. J'étais la tension.

Et voilà que le noeud avait glissé. Je rompais. Je m'effondrais. Je me détendais, dispersé. Comme un ballon qui pète, des éclats de baudruche à droite, à gauche.

Ça n'avait duré qu'un très court instant mais aussitôt j'éprouvais un vif soulagement. Mon esprit ne courait plus, il ne cherchait plus en moi, ni au dehors, dans les êtres et les choses, leurs présence et mouvements, de quoi apaiser ses inquiétudes, masquer ses angoisses, prétextes à fuir ses peurs, motifs à me faire croire en la gaieté, la joie, la bonne humeur, raisons de m'attrister, de me plaindre ou chercher la souffrance. Mon esprit ne cherchait plus à me donner bonne ou mauvaise conscience. Je pouvais fermer les yeux, tâtonner et me casser la gueule. Je pouvais marcher tête haute, lever les genoux et trébucher. Tout ça me devenait égal. Que ça soit et c'était très bien. Tout était très bien désormais. A sa place, en son ordre, selon sa liberté et ses conditions. J'étais tout, je n'étais rien, égal, allez hop !

Je poussais du coude contre le mur, m'avançais et sautais dans le premier train.

Adieu ! Adieu !

samedi 21 janvier 2012

Nage, nage

Éprouver une inquiétude
Nous oblige à bouger
Dans l'eau troublée
Impossible de distinguer le fond.

(Ça doit être le but, non ?!)

Lewis Carroll

"Toutefois, voyez-vous, les mots ne signifient pas seulement ce que nous avons l'intention d'exprimer quand nous les employons… Ainsi, toute signification satisfaisante que l'on peut trouver dans mon livre, je l'accepte avec joie comme étant la signification de celui-ci. La meilleure que l'on m'ait donnée est due à une dame… qui affirme que le poème est une allégorie représentant la recherche du bonheur. Je pense que cela tient admirablement à bien des égards – en particulier pour ce qui concerne les cabines de bains : quand les gens sont las de la vie et ne peuvent trouver le bonheur ni dans les villes ni dans les livres, alors ils se ruent vers les plages, afin de voir ce que les cabines de bains pourront faire pour eux".



A propos de "La chasse au Snark". Je me suis résolu à lire "Alice au pays des merveilles". Pour l'instant, ça se passe bien. Je n'ai pas trop peur.

Big monster lover

- "Pourriez-vous cesser de venir ici ? Je suis amoureuse de vous et je ne peux pas me le permettre. Il y a mon mari, et nous voudrions avoir un enfant. Vous ne voudrez pas avoir d'enfant, n'est-ce pas ?! Dites-moi que vous ne voulez pas d'enfant, s'il vous plaît, que je n'éprouve pas de regret. Pourquoi éprouverai-je des regrets ?! Je vous en prie, cessez de venir ici. Disparaissez. Si vous avez de l'affection pour moi, si vous m'aimez un peu, disparaissez. Il y a mon mari. Je...".



Sa voix s'éteint. Son regard se voile. Sa vie.

mercredi 18 janvier 2012

Alors mais pardon

- "Alors, tu m'oublies ?

- Mais, toi-même, tu ne penses pas beaucoup à moi.

- Pardon, de nous deux, la mémoire c'était toi !"

mercredi 11 janvier 2012

Du regard (3)

Deux petites billes sautant en tous sens
Noires et lisses
Son regard
D'elle, ce que je retiens.

lundi 9 janvier 2012

Solitude intérieure

Qui pour me sauver

De ma peur

Quel ami

Oui, quel ami pour être moi ?

A la tristesse d'autrui, le peut-être salaud ne peut rien

Source de tristesse,

Oui.

Ne pas y remédier,

Non.

Un salaud.

Salaud !

Geindre ?

Non.

Dire quoi,

A qui ?

A qui ?!

Continuer,

Oui.

Comme si de rien n'était.

Je ne suis que le doigt

Ces larmes à tes yeux

Moi, tu dis

Mais je ne suis pas triste, moi

Devant toi

Oui

Présent

Oui

Mais juste le doigt

Qui s'est appuyé là

A bousculé les murs

Touché la source

Déclenché l'orage

Oui

Je ne suis que le doigt

Tout le reste, c'est toi.

samedi 7 janvier 2012

Du regard (2)

Cette inquiétude

Perçue dans ses yeux

Quand croisés

Le regard s'est posé

Calme et ferme

Sur le sien

Et immédiatement

A troué

L'image, qui n'est sure de rien

Doute jusqu'à sa propre existence.

Du regard (1)

Tristesse et joie

Douceur et folie

Calme et impatience

Dans ses yeux

Posés sur moi

Unis

Et tout au fond

Je ne perçois pas

Sait-elle, elle

Ce qui s'y voit ?

vendredi 6 janvier 2012

Oui/Non (4 - Oui oui/Non non)

Je pensais à l'amour

Allais-je le rencontrer

C'était tentant

L'amour

Est séduisant

Amoureux

C'est amusant

On ne s'ennuie pas

On a mille choses en tête

Gaies

On pense à l'autre

Son visage, ses mains

Ses mots

On pense à nous

Nos baisers, enlacés

Nos regards, attentionnés

On ne se soucie de personne

Aucun mot, pas un regard

De rien

Aucune pensée, pas un doute

J'étais partant, c'est bien vrai

Je pensais à l'amour

Si charmant

Quand je la vis

Même trottoir que moi

Démarche chaloupée

Grand pas

Blouson fermé

Tête en l'air

A siffloter

Ses yeux verts

Ses mains vives

Ses mots acidulés

L'amour

Il y a combien de temps

Pas si amusant

Ni tellement charmant

Cette fois-là, en vérité.

mercredi 4 janvier 2012

Oui/Non (3 - Oui/Non)

Moi qui comprends d'une certaine façon les scènes que je décris, pour les avoir observées ou imaginées, en tout cas visualisées, jusque dans des détails et significations qui ne transparaissent pas dans la relation que j'en fais, je me demande comment elles vous apparaissent et jusqu'à quel point vous les interprétez, jusqu'à quel point elles vous parlent, quelle consistance vous leur prêtez et quel goût vous en tirez. Comme quoi : le lecteur peut s'interroger sur le sens du texte écrit, l'auteur à son tour s'interroge sur le sens du texte lu ! (Autrement dit, les uns pensent : "Qu'est ce qu'il a voulu dire, ce con ?!" quand l'autre se demande : "(Qu')est-ce qu'ils vont comprendre, ces abrutis ?!" - J'avoue d'ailleurs ne pas toujours très bien percevoir moi-même le sens à donner à ce qui me vient à l'esprit et que je transcris et souhaiter, oui souhaiter, que le lecteur y trouve, lui, une signification quelque peu intéressante, voire même satisfaisante). Mais je pense aussi que l'interrogation suscitée, il ne sert à rien de la pousser. Il appartient à chacun de trouver ce qu'il cherche, ce dont il a besoin, ce qui se présente. Tout cela est si vaste et complexe, on en perçoit si peu les ressorts et ça échappe tellement à notre réflexion. C'est peine perdue de vouloir comprendre. Espérer que ça remue quelque chose, nourrisse des émotions, donne de l'élan, inspire, et qu'on y prenne du plaisir, voilà à quelle ambition on peut raisonnablement s'accrocher ! Il m'importe à moi de pratiquer, honorer l'idée ou l'élan, même si l'un se présente sans l'autre - et  vice-versa, pour être présent, prêt et affûté, le moment où ils s'annoncent et déboulent à deux, main dans la main, ce que sans doute on appelle l'inspiration.

Oui/Non (1 - Oui)

Ils avaient beaucoup marché côte à côte, presque à s'en toucher les épaules, et dans l'ascenseur qu'ils prirent ensuite, elle dit :

- "Je suis amoureuse de toi.

- C'est une bonne idée, je crois", répondit-il en portant sa main vers sa joue, la touchant du bout des doigts.

Ils se sourirent mais ne s'embrassèrent pas. Pas encore cette fois-là. Les portes s'ouvraient. On les attendait. Passant devant lui, elle sentit une main douce et chaleureuse s'appuyer contre son dos.

Oui/Non (2 - Non)

Que croyait-elle

Elle l'avait regardé

L'avait trouvé à son goût

Mais les regards échangés

N'avaient rien donné

Ne produiraient rien

Que le dépit

Elle fermait les yeux

S'en mordait les lèvres

Regrettait l'indécision

Et maintenant s'en détournait

A quoi bon celui-ci

Un autre apparaîtrait

Sûrement, sans doute, probablement

Mais quand ?

Et puis j'oublie

Elle était jolie
Je voulais la revoir
Je me demandais
A quoi bon
Elle ne ferait pas attention à moi.

J'y suis allé
Elle n'a pas fait attention à moi
A quoi bon
Mais elle était jolie
Et j'avais revu sa beauté.

Canon, avec variations

- Bonjour !

- Bonjour !

- Ça va ?

- Vous allez bien ?

- Oui.

- Oui.

- Bonne journée !

- Au revoir.



Le genre de dialogue qui se tient le matin dans les rues de son quartier.



Mais quelques fois :

- Bonjour !

- Bonjour !

- Bonne année !

- Tous mes voeux !

- Ça va ?

- Vous allez bien ?

Etc.

mardi 3 janvier 2012

Non (8)

L'ami d'autrefois
Disparu
Revenu
Qui est-il aujourd'hui
L'ami d'autrefois ou l'ami d'aujourd'hui ?

Non (7)

Il essayait de la charmer

L'ennui se lisait sur son visage

A peine obtint-il un sourire

Qui n'en était pas un.

lundi 2 janvier 2012

Non (6)

Je quittais la campagne

Rentrais en ville

Et dans le train qui m'emmenait

Je ne comprenais pas comment il était possible de vivre

Ainsi, loin de la terre, des arbres, des vaches et de l'eau

Dans un environnement saturé de propos

Sur tout, et finalement rien.



Je ne comprenais pas.



Il y a méprise

Je suis prêt à le jurer.

Non (5)

Et toi qui

Dans l'obscurité de la chambre

Après une pomme croquée, m'embrassais

Goûtais-tu tes lèvres sucrées et salées ?

Non (4)

Et toi qui

Était mon rêve

Si vrai que l'empreinte de ta bouche

Sais-tu, m'est restée bien après le lever ?

Non (3)

Et le chien qui

Ronfle, couché

Confiant à mes pieds

Sait-il que je vais le trahir ?

Non (2)

Et l'ours qui
Tombe, hagard
Pleure-t-il en son coeur
Sur sa triste condition ?

Non

Et les oiseaux qui

D'un trait

Traversent le ciel

Savent-ils que l'on fête le nouvel an ?