mardi 28 février 2012

L'intention

Je me demande dans l'esprit de quelle fille l'idée de moi est en train d'éveiller le désir. Car une fille qui ne me connaît pas encore commence à m'espérer, même si elle ne sait pas que le destin fera de moi cet homme dont elle rêve de serrer les contours encore à peine dessinés.

(Ce texte, dans une version légèrement différente, accompagne une oeuvre graphique. L'ensemble est visible ici).

lundi 27 février 2012

Politique : pour la musique à la radio et la nature à la télé

Je me souviens qu'après le 21 avril 2002, les journalistes avaient, pour un grand nombre, estimé qu'ils avaient collectivement fauté dans leur traitement de la campagne présidentielle et considéré qu'il leur faudrait à l'avenir faire les choses autrement.

Ils avaient probablement fauté.
Ils n'ont pas tellement changé leurs façons de faire.

Que voit-on ?

Des sondages encore et toujours, assortis il est vrai cette fois d'interrogations sur leur valeurs ou leurs effets supposés, possibles ou avérés. On met en cause, on appelle à la prudence. Ça n'empêche pas de continuer. Ça exonère. Nouveaux sondages.

Des petites phrases encore et toujours, sorties de leurs contextes, relayées, commentées et discutées, déformées parfois, mises en exergue tout le temps et tous sont sommés d'y réagir et de prendre position. On regrette leur omniprésence, on dénonce ce penchant. Ça n'empêche pas de continuer. Ça exonère. Nouvelles petites phrases.

Rarement, on laisse les candidats s'exprimer sur le fond de leur programme. On leur intime l'ordre de les dévoiler et on les coupe aussitôt pour préciser tel ou tel aspect, un détail dont le grossissement est commandé par un fait tiré de l'actualité immédiate. Alors on laisse à penser qu'ils n'ont pas de programme ou que leurs propositions sont inaudibles (à ce stade, qui pourrait dire qu'il sait clairement quelque chose des ambitions des uns et des autres pour une éventuelle mandature ?). De fait, les candidats n'ont plus rien à dire sinon dénoncer le vide des propositions de leurs concurrents, leur manque de vision, de courage et d'honnêteté, et se laisser aller à la petite phrase. Un mot sur les sondages, au passage.

Probablement que les médias, et les journalistes, ont une place à tenir dans une démocratie et un rôle à jouer dans le débat mais ce ne sont sûrement pas ceux de se concentrer sur les infos révélant qu'Hollande est à 29% d'intentions de vote ou que Guéant estime que le FN est "nationaliste et socialiste".

Bien sûr, on peut les concevoir comme une simple caisse de résonance qui ne laisserait passer que les bruits les plus forts et il y a de sacrés musiciens dans la classe politique. Mais il peut aussi s'agir de mettre les faits en perspective, les intégrer dans un grand tout pour parfaire la vision des électeurs et non pas l'éclater en une multitude de micro-faits, inexistants pour certains (les sondages d'opinion s'appliquent à des instants T qui ne donneront jamais lieu à aucun vote réel et sauf à les prendre dans les derniers jours précédant le scrutin, ils n'ont qu'une valeur très relative ; amusant d'ailleurs de considérer qu'ils sont interdits par la loi dans ces derniers moments où ils acquièrent le plus de la réalité du moment auquel ils se rapportent en définitive). Que Sarkozy ait promis ceci ou cela, qu'il ait fait ceci ou cela pendant son mandat et non ceci et cela et qu'aujourd'hui il propose ceci qui est toujours ceci et cela qui est le contraire de cela, voilà qui serait intéressant et nous instruirait sur la valeur de leur parole, leur capacité à tenir leurs engagements ou leur aisance à changer de pied et de cap, leur détermination à revenir sans fin sur des promesses inabouties ou leur aptitude à se renier ; que les socialistes aient agi de telle manière quand ils étaient au pouvoir, fait telle proposition dans l'opposition et qu'Hollande développe telle conception de telle chose aujourd'hui, voilà qui serait intéressant et nous instruirait sur leurs stratégies et attitudes, sur leur courage peut-être, ou leur indépendance intellectuelle, et la fidélité à leurs idées ou leur capacité à en endosser de nouvelles sans doute ; que les candidats s'expliquent sur telle promesse tenue ou non tenue, telle proposition reprise ou abandonnée aujourd'hui, et pourquoi, voilà qui serait intéressant et nous instruirait sur leurs parcours idéologiques et les intérêts qu'ils servent, leur pragmatisme ou leurs revirements ; qu'on insère ces positions dans le contexte européen et mondial, qu'on présente les courants de pensée à l'oeuvre et les résultats obtenus ici ou là, avec les effets induits pour les populations, l'économie, l'environnement, voilà qui serait intéressant et nous instruirait des rails dans lequel on place le pays et des perspectives pour son avenir. Peut-être sont-ce des exigences exagérées mais il faut croire en la démocratie.

Certains médias (mettons quelque peu à part les journaux papiers qui n'oeuvrent pas dans le temps physique comme la radio ou la télévision mais dans l'espace de leurs pages, ce qui constitue une autre échelle pour le lecteur - auditeur - téléspectateur. A cet égard, internet offre des possibilités particulières d'espace et de temps qui mêlent écrit, images et sons et qui restent probablement encore assez inexploitées, tant les uns pourraient prolonger les autres dans l'une ou l'autre des ces directions spatiale et temporelle et non pas simplement se paraphraser, se doublonner, se superposer sur un même point étroit d'éclairage de la chose rapportée et finalement se cannibaliser comme on le voit pour l'instant.) agissent comme ils le font parce que cette forme de traitement sert leurs intérêts (qui n'est parfois que de tenir l'antenne d'une information en continu ou remplir de brefs flashes répétés) mais sur que la majorité des journalistes n'y peuvent rien car, quoique sans doute armés des meilleurs idéaux à leur entrée dans le métier, ils ont pris le pli : court, rapide, percutant, facile à avaler. Sondages et petites phrases mais pas de programme.

Le pli, c'est d'être dans l'instant plus rapide que la station ou la chaîne d'à côté, plus près de l'événement, repérer et attraper l'événement dès sa matérialisation, rester aux aguets et sauter aussitôt sur l'événement suivant, quitte parfois à le susciter, ce qui, au passage, à le mérite de procurer le sentiment de contrôler les choses.

Les pressions en ce sens sont multiples qui s'appliquent de l'extérieur vers l'intérieur et de haut en bas sur les journalistes. L'expérience leur apprend à hiérarchiser ces pressions mais non pas à s'en extraire totalement. Des cultures d'entreprises, des façons de faire imprimées par des directeurs de rédaction ou des rédacteurs en chefs, fournissent de précieux guides pour se couler dans un moule.

Et puis, il y a leurs propres échelles de valeurs, qu'elles soient professionnelles et personnelles. Ces grilles de lecture commandent leur regard et leur réflexion.

L'objectivité n'existe pas, ils sont eux aussi aux prises avec l'inconscient. Quant au devoir d'informer, il a bon dos qui voudrait qu'on livre d'abord l'écume puisque c'est elle qui vient en premier et en plus grande quantité, exonérant au passage d'une réflexion consciente sur ce qu'est véritablement l'information, qui plus est responsable. (Peut-être une information chiante, pourquoi pas ?! - comme ce long papier aux tournures alambiquées).

La responsabilité voudrait qu'on prenne du recul : s'en tenir aux éléments de fonds, laisser décanter les dépôts de surface, ne pas insister sur les faits ponctuels, délaisser les polémiques.

Peut-être que la façon la plus responsable de s'attaquer à une campagne présidentielle, matière hautement inflammable, serait de ne traiter que l'actualité de la veille ! Dans l'intervalle, n'absolument rien dire. Consacrer ce laps de temps à l'oubli. Émergera l'essentiel.

(Et s'il n'est rien possible d'explorer dans le temps imparti, une plage de musique ou l'image d'un pré sous la neige - qu'on ne craigne pas que ça ruine les audiences : Pernaut fait ça très bien et avec succès).

dimanche 26 février 2012

Gris Gris (3)

La jeune touriste japonaise prenait son amie en photo, une bonne dizaine de mètres en avant d'une fontaine dont le jet avait été coupé.



Là, un barbu aux vêtements fripés et crasseux reposait, étalé de tout son long, le dos en contact avec le stuc du monument, des couvertures défaites à ses pieds.



Sans doute, il ronflait. L'amie japonaise souriait et faisait coucou avec la main.

Gris Gris (2)

Le ciel était bleu, sans nuage, et l'air vif. Dans les allées du parc, quelques promeneurs allaient, emmitouflés. Certains couraient, bonnet sur la tête. Le restaurant, à l'entrée, était quasiment vide et sa terrasse encore moins achalandée. Là, une seule table à vrai dire était occupée. Deux vieilles femmes, coquettes et précieuses, et leurs vieux maris, attentifs. Tous avaient conservé leurs pardessus et manteaux de grosse laine et fourrure, des écharpes douillettes nouées à leurs cous. Ils parlaient vite, autant qu'ils pouvaient, sans quoi les mots auraient gelé. Parfois, l'un s'écrasait sur la table, laissant le son cristallin de sa chute glisser dans l'air à sa place.



Pour les servir, deux noirs bien bâtis attendaient, qui grelottaient dans leur fine veste de costume sans piper mot.

samedi 25 février 2012

vendredi 24 février 2012

Amen

Je ne veux ni avoir ni être

J'ai ce que j'ai ; je suis ce que je suis

Je veux comprendre. Comprendre ce que je fous là. Comprendre, bon Dieu !



(- "Eh, Zeus, y'a le pain qui râle !

- Le pain qui râle ?!

- Ouais.

- Qu'est-ce qu'il dit ?

- Il veut savoir ce qu'il fout là.

- Putain, on aura tout entendu. C'est peut-être qu'il a trop cuit ?! Il a trop cuit ?

- Il est un peu grillé. Sur le dessus.

- Jette-le. On va pas s'emmerder").

Ainsi soit-il

Quel âge avais-je ? Huit, dix ou douze ans, qu'importe ! Je chantais dans la chorale d'un centre de loisirs, activité sans doute obligatoire à laquelle je me pliais de bon coeur. Je crois. Nous répétions quand le chef de choeur, animateur du centre, par ailleurs musicien, fauché sans doute, d'où, stoppa net notre envolée vers les aigus. Quelque chose n'allait pas. Une voix s'égarait, déraillait, poussait les wagons hors des voies, tordait les rails. Il tendait l'oreille, nous faisant réinterpréter quelques notes. C'était moi. Il pointait son doigt. Moi qui n'allais pas. Va-z-y ! Do Ré Mi. Oui c'est toi. Bon chef de gare, il mit le wagon de côté, réattela les autres, reforma son train, ordonna : "On reprend. Toi en playback. Fais comme si, en silence. Surtout, ne te fais pas entendre". En avant !



A y repenser aujourd'hui, je crois que cet homme était Dieu et cette histoire la trame de mon existence.

vendredi 17 février 2012

Ecole du jardin

Dans la sobriété

Bonheur esthétique

Joie des sens.

Abstinence

Pour diverses raisons que je me garderai d'exposer, j'ai fait l'expérience étonnante suivante de me retrouver dans une pharmacie de mon quartier, devant un rayon de crèmes pour la peau. Démuni est le mot qui convient : toutes présentées dans des emballages aux formes et contenances identiques, incluses dans des gammes de prix similaires - à l'euro près, vendues avec les mêmes propriétés et pour les mêmes indications, qui sait constituées des mêmes composants et dans les mêmes proportions, un chouia de flotte en plus en moins, seuls le nom - encore que - et la couleur des paquets n'en faisaient pas qu'un seul et même produit mais une multitude, multitude d'individus reconnaissables mais indiscernables. La pharmacienne elle-même en avaient les bras ballants, incapable de dire en quoi, quoi ?! C'était le serpent qui se mord la queue, trop de, plus de. J'avais éprouvé le même sentiment peu de temps auparavant devant les confitures, au supermarché. Je me souviens encore de cette impression d'impuissance et d'abattement dans un salon du livre. Si je fouillais ma mémoire, j'en trouverais d'autres.

Dans ses extrémités - on y est, on les touche, la société de consommation se révèle absurde et inefficiente. L'action n'y a plus de sens, plus de valeur, est tuée dans l'oeuf. Que l'on y soit dépressif n'a sans doute rien d'étonnant.

Dût-elle en désquamer jusqu'à la fin de l'hiver (rude même dans l'été austral), ma peau se montrera plus forte, plus résistante, plus droite, d'une rectitude morale plus affirmée que les plans marketing, l'entente tacite et la bonne santé financière des industriels, qu'une organisation économique et sociale, qu'une forme de société, que la peur et la fuite en avant.

Plutôt la peau sèche que l'âme asservie !

mercredi 8 février 2012

Sous-sol

Je ne sais pas d'où elle sortait. Elle avait le front barré d'une large entaille et la main égratignée. Du sang avait séché sur son poignet. Elle était monté dans le wagon et téléphonait, debout.

J'en ai vus des comme ça : à l'hôpital, sur un brancard, une jambe tordue, un pied écrasé, le bras en écharpe, une plaie à l'épaule, les côtes cassées, au téléphone.

Il paraît que dans certains civilisations - aux Amériques, on enterre les morts avec TOUS leurs appareils téléphoniques, objets nécessaires, assure-t-on, à leur passage dans l'au-delà et à leur "mort" dans cet autre monde, divin et invisible. Évidemment, le nombre et la qualité des téléphones en disent long sur le statut social et la réussite des défunts. Certains auraient même auprès d'eux une véritable armée reconstituée : Nokia, Apple, Samsung, Blackberry, HTC, autant de généraux renommés.

Des chercheurs auraient noté des interférences d'ondes particulièrement fortes, les 2 novembre et 14 février notamment, signes qu'un grand nombre de communications étaient tenues et de messages échangés, sans pour autant pouvoir en déterminer l'origine. "C'était comme si ça venait de l'espace, ou sortait du sol, c'était dans l'air", se serait étonné l'un deux.

Non. Moi, je crois que le téléphone est une coquetterie. C'est une alliance en quelque sorte, comme en ont les célibataires qui ne veulent pas être importunées. C'est un truc qu'on se met à l'oreille pour masquer, ou au contraire signifier - je n'ai pas réussi à le déterminer, toutes ces conversations, ces liens, qu'on entretient avec des correspondants mystérieux qui ne sont, avouons-le, rien d'autres que des voix dans notre propre tête.

lundi 6 février 2012

Sous le grand ciel (8)

Il est des moments où même le sable du désert n'est pas ton ami. Il n'y a alors rien à faire, cette force s'impose. La volonté de changer le cours des événements se perd, s'évapore. Le corps et l'esprit s'assèchent. Ne reste pas grand chose, l'essentiel : rien. Sous le grand ciel, le sable devient les étoiles.

Sous le grand ciel (7)

Vous étiez aux prises avec la broussaille, dense, dans ces chemins où l'on vous avait appris à marcher, dans ces sentes où l'habitude sans cesse vous menait. Vous avez coupé, taillé, rompu. Peu à peu, vous vous êtes dégagé de l'emprise feuillue, ligneuse et piquante.

A mesure que vous avez avancé, la végétation s'est faite moins dense et votre circulation plus aisée. Bientôt, vous n'aviez plus qu'à trancher ici ou là, avec parcimonie mais, toujours, fermeté, et, souvent, vous pouviez aller librement d'un tronc à un autre. Il arrivait encore, parfois, qu'un de vos pieds bute contre une racine, se prenne dans une ronce. Vous aviez vite fait de l'enjamber et la dépasser.

Votre horizon se dégageait. Devant vous, l'espace s'ouvrait. Vous pouviez voir loin et large. Vous vous mouviez à vos souhaits, passant d'ici à là, courant, dévalant, ou, au besoin, vous arrêtiez et demeuriez un instant assis. Sans crainte désormais de voir la forêt se refermer sur vous et vous prendre dans ses rêts.

Ainsi de plus en plus libre. La peur vous avait quitté, seule la curiosité vous animait.

Vous éprouviez un certain contentement, doux et subtil, confiant à la vue de ce paysage, vaste et nu. Vous n'aviez nulle part besoin d'aller, vous vous sentiez partout chez vous. Mieux, vous compreniez cela.

C'est alors que l'arrière garde que vous aviez trimbalée partout, sur votre dos, mais sourd à ses jérémiades, espérant peut-être la semer en chemin mais surtout l'oublier, se rappela à votre souvenir, surgit devant vous et demanda :
- "Quand est-ce qu'on arrive ?"

dimanche 5 février 2012

Sous le grand ciel (6)

J'ai une vieille voisine, Mme D. Elle est capable d'un truc tout à fait épatant, absolument déroutant. D'abord, le débit de sa voix s'accélère, elle devient rauque, et grave, et s'emporte, rude et âpre, et charrie des mots grossiers, crus et grivois, et dans le même élan, sur un changement d'appui, rapide, petit saut d'un pied sur l'autre, part d'un rire saccadé, secoué et heurté, à la tonalité aiguë et critalline, sa gorge lâche de brefs coups de sifflet criards et stridents. Vraiment, c'est à vous mettre k.-o. debout, vous laisser groggy et chancelant. Mme D. est une sorcière.

Je l'ai croisée ce matin, comme je sortais de chez moi. Petite femme fluette de quelques quatre-vingt dix ans, écrasée sous les pans de sa robe de chambre en grosse toile, perdue dans l'encoignure de sa porte. "Elle a encore fondu", me disais-je en la saluant. "Bientôt, il ne restera d'elle qu'un flaque de cheveux sur le palier. Et un drap de coton rouge, à manches". Alors que j'entamais ma course bruyante dans les escaliers, j'entendais derrière moi :
- "Sacrée jeunesse, nom de Dieu !" dit d'une énorme voix suivi d'un rire soudain. Mme D. est une sorcière.

Sous le grand ciel (5)

Dans nos vies sophistiquées

Qui perçoit encore le bourdonnement de la basse et le tchac poum des caisses grosses et claires ?



Le chant des sirènes, maledetto !

Sous le grand ciel (4)

Mes mots, pont-levis que j'abats de mon fort intérieur sur le terre plein où tu as creusé tes douves, élevé tes murs, établi ton toit.



Que le grand ciel se couvre des étoiles qui chantent ces entremêlements secrets.



Vois qu'elles tombent ce matin et se répandent au sol, marquées des traces de nos pas, nos souffles suspendus dans l'air froid.



Tes clins d'oeil et mes rires

Tour à tour parents et enfants

Nous ou d'autres

Ni début, ni fin.

samedi 4 février 2012

Sous le grand ciel (3)

Passé toute la journée la braguette ouverte. Oh mon Dieu !

Racheté un disque que j'avais déjà.

Entamé "Merci infiniment" de Lowry.

Comme le loup dans la steppe, me suis-je dit. Frôlant les arbres.

L'ai prêté.

Mon Dieu, tous ces endroits où je suis allé.

Pas revu.

Humant l'air. Vif et sec.

Impossible de me reboutonner. Signer mon forfait devant tous.

Truffe humide, yeux mi-clos. Seul. Et le vent, whouuuuu dans les branches.

Pas la laisser ouverte non plus.

Une explication de roman pour l'heure presqu'aussi confuse que le roman lui-même. Mais quel roman !

Et les feuilles, s'il en reste, qui écoutent et bruissent en écho. Murmure secret, sous le grand ciel.

L'ivresse du Consul, à tituber soi-même. Bon sang, si quelqu'un qui lit ces lignes l'a un jour commencé et laissé tomber, qu'il le reprenne. Immédiatement. Aille jusqu'au bout. Aille. Au bout. Hum... oui, vraiment.

Crac, voilà, c'est remonté. Hé ! Hé !

Reverrai jamais. Ni le type, ni le disque.

Les pensées, seules. Amies. Garces.

Bon disque, bien fait.

On s'est bousculé, tourné pour s'excuser : même geste.

La braguette alors ouverte. Et je ne le savais pas !

Et après ?

Sous le grand ciel (2)

Rire profond

Cascade, ah ! ah !

Éboulement de soi.

Sous le grand ciel (1)

Comment les pensées arrivent-elles à se convaincre elles-mêmes ?

Un mot peut-il en subjuguer un autre ? Par quel pouvoir s'appellent-ils et se répondent-ils les uns les autres ?

Qui dit : "Oui, c'est ça" et pourquoi ?

jeudi 2 février 2012

Divertissement

Des expériences nouvelles
Pour chasser les anciennes
Quelque chose
Plutôt que son absence
Pourtant en voilà une d'expérience
Que de la voir s'éteindre et surgir le silence.

La terre tourne

Savez-vous où je suis ?
Je suis en Australie.
En Australie depuis un bon mois.
J'ai une amie australienne.
Faut que je raconte ça.

C'était un soir d'été. A Pigalle. Il y a quelques années déjà.
- (en anglais) Vesna, quand c'était nous nous rencontrons ?
- (en anglais machouillé) à Paris ?! Oh, en 2007, je crois.
Pigalle, un soir d'été de 2007, j'entrais dans un café et m'installais au bar. Je commandais un demi. Elle était sur un tabouret à côté. Un verre de vin et un bloc-notes étaient posés devant elle, elle tenait un stylo à la main. Elle écrivait ses mémoires. Nous bûmes ainsi, côte à côte, un moment. Parfois nous regardions dans des directions opposées et nos regards se croisaient. Nos lèvres se souriaient. Je reprenais une bière et elle un verre de vin et notre conversation, difficile pourtant, allait bon train.
- (en anglais) Vesna, tu disais tu conserves les papiers où nous dessinions pour comprendre nous ?
- (en anglais machouillé) oui, je les ai toujours. Ils sont rangés. Tu veux les voir ?
Non, c'est juste pour qu'ils sachent : nous dessinions les propos que nous n'arrivions à faire passer par les mots, quand les gestes eux non plus ne nous avançaient à rien. La soirée s'étirait, prenait ses aises, se désaltérait, allongeait les jambes, finit par bailler. Vesna devait rentrer. Nous nous quittions là.

Gentille, cette fille, me disais-je en commandant un nouveau verre et je descendais aux toilettes. Je titubais, ne marchais plus droit. Même, je me cassais la gueule en remontant l'escalier, dans les jambes de deux clients. J'allais ensuite m'asseoir à la table d'une jeune femme seule, offrais une bière à une autre puis me faisais virer de l'établissement par les serveurs.
- (en anglais) je ne t'ai jamais raconté ?
- (en anglais machouillé) quoi donc ?
- (en anglais) rien !

Nous avons gardé contact. Quelques mots ici, une nouvelle là. Vesna traversait la planète, sur ses océans. Elle officiait sur un yacht de luxe. Elle a fini par rentrer chez elle. Melbourne. Un jour, m'a appelé.

Et voilà que.
Je suis en Australie.
Un bon mois déjà.
C'est chouette.
L'Australie.
Les Australiens ; les Australiennes. Vesna.
Faudra que je vous raconte ça.

En Australie, c'est l'été.
Paraît que vous vous caillez les miches, là-haut !
Courage. La terre tourne.

Enthousiasmant

L'homme moderne :

- a les yeux rivés sur un écran ;

- tire des sacs à roulettes.

Whaou !