samedi 24 novembre 2012

Le goût

Elle n'avait pas parlé beaucoup mais m'avait dit son goût des voyages et ses yeux rieurs et ses lèvres colorées, sa main peut-être aussi quand elle s'était élevée dans l'air frais de ce matin-là pour me montrer je ne sais plus quoi, avaient suffi à m'imprégner de cette passion que vite pour ne pas la laisser échapper je fis mienne.



Me voilà en Patagonie.

La force (4)

J'ai maintenant atteint l'âge qu'avaient mes parents quand j'étais enfant. Je me vois dans la vie : je manque de sérieux. J'ai acquis des responsabilités, je crois savoir mieux m'y prendre, le discours s'est amélioré, pas de doute. C'est peut-être tout. En vérité, je flotte, riant ici, pleurant là.

Je ne crois pas que mes parents (ni tous les autres parents) étaient bien différents de moi. Il faut se rendre à l'évidence : entre leurs mains, nous vivons des enfances bien incertaines.

La force (3)

Je rêvassais, attentif à mes sensations intérieures. Ma pensée s'est arrêtée sur l'image de pompiers, postés devant leur caserne. Quelqu'un, sur la droite de mon crâne, a demandé : "Eh bien, Christophe ?!". J'ai senti répondre sur la gauche, mais peut-être était-ce une autre conversation dont une bribe se révélait : "Je n'ai plus de fuite dans mon bureau". Et je me voyais, sombrant dans la folie, peut-être déjà fou.

jeudi 22 novembre 2012

La force (2)

Dans le métro, un prédicateur prêche

A voix basse

Malheur à ceux qui

Personne ne l'écoute

C'est entendu.

La force

Vous savez, cette musique qu'on écoute et qui nous fait vibrer, qui nous donne envie de danser, sauter, s'élancer, aller vers les autres, dire, aimer, eh bien respirez la à fond, imprégnez-vous en, glissez dedans, immergez vous, et coupez la, plus de son, et observez vous : la vibration est toujours là.

Comme vous avez dans l'idée que c'est la musique qui vous procure cette sensation, celle-ci s'estompe petit à petit. Mais vous vous trompez : la vibration est toujours là. Elle est potentiellement là. La vibration est en vous (c'est la force ! - ou comment d'un trait irrépressible d'ironie gâcher une bonne réflexion).

La musique, ou la littérature, ou votre amour, ou une bonne clope, la vue d'un inconnu séduisant, la perspective d'un évènement heureux, n'en sont que les révélateurs car ils vous mettent dans un certain état d'esprit, ouvert et accueillant, et vous la laissez advenir et monter et vous la sentez. Soyez assuré que cette vibration est toujours là qui ne demande qu'à paraître, qu'à s'actualiser dans l'instant. Cette vibration, c'est vous.

Prenez en conscience et notez que, avec un nouveau regard sur le monde, et un peu d'entraînement, tout devient résonance avec cette vibration et la vie un joyeux entremêlement entre l'intérieur et l'extérieur.

Moi je dis qu'on pourrait la faire vivre cette bonne vibration qui nous meut, plutôt que de s'en préserver - car elle fait peur aussi, c'est vrai : sera-t-on encore et dans quel état quand elle nous aura traversé ? et pour retomber dans quel marasme insatisfaisant ? - et alors, dans la rue, au bureau, sous la couette, ça serait une belle et franche rigolade.

(Maintenant, si la musique ne vous fait pas cet effet, vous êtes foutu).

mercredi 7 novembre 2012

Nous aurions des écrans

Nous aurions des écrans, et les yeux rivés.
Nous aurions des écrans, et les oreilles bouchées.
Derrière nos écrans, il y aurait des amis, des connaissances, des relations, qui nous diraient qu'ils font, qu'ils voient, qu'ils écoutent, qu'ils disent, qu'ils pensent, qu'ils aiment, ou qu'ils n'aiment pas, qu'ils sont.
Ils le diraient en peu de mots, très brefs, pas ennuyeux.
Ils le diraient en photos, un rosbif, des oiseaux, une ombre, un sourire.
Ils nous le feraient comprendre d'un lien, d'une vidéo, de sons.
Avec eux, de part et d'autre de nos écrans, nous mènerions des conversations, nous aurions des échanges, nous blaguerions et ririons. Nous vivrions des désillusions et pleurerions aussi, c'est possible.
Devant nos écrans, nous nous réjouirions de toute cette vie, ces amis, ces pensées, ces paroles, ces existences, cette existence, notre existence.
Du mouvement, pas d'ennui.
Nous ne nous le dirions pas ainsi, ce serait plus simple, nos yeux rivés, nos oreilles bouchées, notre esprit occupé, nous serions satisfait, content, heureux.
La vie, la belle vie, la vraie vie. La vie qui bouge, la vie qu'on appuie, la vie qu'on clique.
Parfois cependant, nous verrions des amis, nous rencontrerions des connaissances, nous ferions face à des relations, nous serions, malgré nos yeux et nos oreilles, malgré notre esprit qui préfère, immergé dans le monde, c'est obligé, dans un café, sur un trottoir, au bureau, dans notre salon, parce que c'est ainsi que jusqu'à présent les choses étaient allées et qu'il en reste un peu, tout ne va pas de soi, immédiatement, sans quoi rien derrière nos écrans, quoique, mais même à ces instants-là de confrontation physique, de présence obligée, même dans ces moments-là où l'on ne peut plus sélectionner, choisir, espérer obtenir aussitôt parce que c'est un fil continu fait de pleins et de vides et non pas des hachures dont on ne retient que les seules intéressantes, même donc, nous aurions nos écrans, à portée, et nous pourrions regarder, rien ne nous en empêcherait, nous regarderions d'ailleurs, nous regarderions ailleurs, qui sait si d'autres amis, de meilleurs amis peut-être, ou des amis plus intéressants, des connaissances plus, des relations plus, des contacts moins, qui disent mieux, qui aiment mieux, ou n'aiment pas, qui sait si ceux-là, qui ne sont pas ceux-ci en chair et en ors devant nous et avec lesquels nous devons faire, ne viendraient pas ici derrière nos écrans pour nous donner ce que notre esprit qui ne veut pas s'ennuyer, quelle horreur, mais déjà se lasse, mince, veut voir le secouer, l'ébrouer, lui faire sentir la vie, la belle vie, la vraie vie, celle qui, selon lui, mérite d'être, celle qu'il se choisit, et quelle vie !
Toujours autre, toujours ailleurs.
Ainsi, nous aurions des écrans pour voir, entendre et sentir, pour cacher, rejeter, oublier.

Pourquoi pas, après tout.

Retour de rien

La vieille dame passe la tête par la porte du salon et demande à son vieux mari, alangui dans son fauteuil :

- "T'as mis la viande au frigo ?"

Plus fort :

- "T'as mis la viande au frigo ?"

Elle crie :

- "Je te demande si tu as mis la viande au frigo".

Il ne répond pas. Il est mort.

mardi 6 novembre 2012

Retour de bâton

J'avais été témoin de cette scène : le grand-frère tirant des flèches en plastique sur sa jeune soeur, visant le visage, POUR VOIR si ça allait lui faire mal.

Il ne s'était pas fallu plus de dix minutes après qu'il avait réussi à la faire pleurer pour qu'un de ses copains, également dans les parages à ce moment là mais non conscient de ce qui s'était déjà joué, trouve bon, une fois grimpé sur la mezzanine, de lâcher un joli et gros caillou de collection sur la tête dudit grand-frère, pleurnichard à son tour et ensanglanté.

Il nous arrive parfois d'attendre des jours, des semaines, des mois, des années pour constater l'écho de nos actions. Chez les enfants, la vie, encore vive et dynamique, souple et alerte, répond dans l'instant.

samedi 3 novembre 2012

En ces jours d'automne où le vent soufflait

Et la pluie redoublait

Souvent j'allais à la porte et regardais le chemin

Vide

Et mon coeur se serrait

Et ma gorge et ma main.



Seuls le vent et la pluie

Le chemin et moi

Cet automne

Là.