dimanche 30 décembre 2012

Sur les rives fleuries

Le Moscou de 15h34 s'ébranlait, nous venions à peine de monter.
Nous allions cueillir quelques roses sur les rives de la Moskova.
On les dit plus belles qu'ailleurs.
Dans le wagon, sur les banquettes allongés, nous nous sommes laissés aller,
Tant de paysages à contempler.
Puis le sommeil nous tint dans ses bras, et jusque les frontières passées.
A Berlin, rassasiés, nous ne sentions plus le besoin de dormir,
Et de plaines et de forêts, de dévers et de talus, étions repus.
Nous sommes descendus là.

Il faut parfois s'inventer des voyages,
Qui ne sont pas des périples,
Des occasions, et encore,
L'inattendu.

samedi 29 décembre 2012

Paradoxe

Et voilà que je fais des nuits formidables

Et regrette mes insomnies

Car je ne lis plus.

Bouche ouverte

Céder au rythme du temps
A rien renoncer
Ni non plus désirer
Étalé dans le vent.

Mais tu ne dors donc jamais

Il ouvrait les yeux. Elle le fixait.
Il se réveillait tard, il se réveillait tôt, il ouvrait les yeux et toujours elle avait sur lui les siens posés.
Il lui demandait "Mais tu ne dors donc jamais ?" et elle répondait "Si, je me réveille à l'instant".
Et c'était vrai : chaque fois, elle venait de s'éveiller, s'était lentement étirée, tournée sur le côté, posée sur le coude et de ses yeux l'accueillait.

vendredi 28 décembre 2012

Dans nos têtes tournaient, de nos bouches s'envolaient

Les paroles sortaient des bouches
S'envolaient en volutes vers les plafonds enfumés
La salle n'était que brouhaha
On n'y voyait pas à trois pas.

C'étaient des discours
Haies, barrières, sentiers
Petits parcours
De nos existences enfermées.

Tête baissée, on avançait
Le front dans les mots
La vue bouchée
Se retenant de respirer.

Une idée accrochée
Pendait à nos cheveux
Qu'on trimbalait partout
Fier, eh, t'as entendu.

De plus en plus, l'air était chargé
Incroyablement lourd
Du plomb qui se serait déversé
Dans nos têtes en fusion.

Le temps allait ainsi
De réflexions crapotées en affirmations avalées
Qui nous laissaient abrutis, confus, bafouillant
Bientôt immobiles et finalement perdus.

On s'asseyait harassé
On osait encore un dernier piquet à planter
Banderille qui nous laissait bouche bée
Incapable de plus rien exprimer.

Mais rien ne finissait
Les mots avaient perdu leur pouvoir de voler
Ne quittaient plus nos bouches
Et dans nos têtes tournaient, tournaient, tournaient, impossibles à arrêter.

mardi 25 décembre 2012

Ab

La soirée avait été minable et je rentrais triste
Errant dans les rues
Perdu au dehors et en dedans
Et je me demandais pourquoi
Ou comment
Mais il me fallait en convenir
Je ne savais pas ce que je cherchais
Qui pourtant devait se trouver là au fond de moi.

C

J'avais cru son sourire et ses yeux rieurs et la trouvais jolie avec ses cheveux relevés.
J'avais dit non, qu'est ce que tu crois, histoire de la détromper.
Elle m'avait donné raison, n'aurait pas cru un seul de ces mots,
Son sourire et ses yeux rieurs, jolie sous ses cheveux relevés.

samedi 22 décembre 2012

G

Depuis plusieurs semaines, je suis sujet aux insomnies
Je commence à redouter le soir et la nuit
Béni le matin qui me redonne le goût de la vie.

jeudi 20 décembre 2012

D

Depuis quelques jours, je me demandais ce que devenait mon vieux voisin. Il avait fait une mauvaise chute, s'était retrouvé transporté à l'hôpital, déporté en lointaine banlieue puis ramené dans une clinique de la ville pour se faire opérer : la hanche. A son âge !

Il fallait que je me renseigne, que je descende, aille voir, demande. De jour en jour, je reportais.

Ce matin, alors que je tapotais sur le clavier de mon ordinateur, j'entendis une voix d'abord rauque, bientôt aiguë : "Il est dix heures. Dix heures ! Dix heures ! DIX HEURES ! DIIIIIIX HEUUUUUURES !!!!".
C'était sa femme. Elle criait dans le combiné. Ajoutait : "T'as fait ta toilette ? T'AS FAIT TA TOILETTE ? OUI, TU VAS BIENTÔT SORTIR ! Tu vas bientôt sortir..."

Toujours sourd, mais il allait mieux. A l'évidence.

Je savais. J'étais comblé.

Il ne faut pas s'en faire.

mercredi 19 décembre 2012

P

Elle déboule dans la rame du métro, cherche à gauche à droite, semble un peu perdue.
A la main, tenu devant elle, un ouvrage : "Astuces de couples pour éviter de jeter son conjoint par la fenêtre".
File dans le wagon, va s'asseoir.
Plonge dans sa lecture.

vendredi 14 décembre 2012

L


Je tirais de l'argent. Elle fonçait vers moi, à grands pas décidés, m'interpellant : "Partez pas, restez là !". Je ne bougeais pas.  Elle m'expliquait : elle voulait elle aussi retirer des sous et sans qu'on l'importune. C'était déjà arrivé, précisément à cet endroit. Elle regardait le bar d'en face d'un oeil noir. J'en sortais. Je faisais office de garde du corps donc. Ça me rappelait mes jeunes années dans les rangs du Mossad quand nous filions sur les trottoirs et virions d'un seul élan, subit et brutal, pour revenir sur nos pas et nous trouver nez à nez avec ceux-là qui nous filaient si maladroitement. Là, on donnait du poing, y'avait de la dent pétée, du nez cassé, de l'oeil noirci. Je dis : "Ça pourrait être moi qui vous agresse et vous pique votre fric". Elle : "Non, vous tirez de l'argent, vous avez des sous". Pas évident mais pas bête non plus.

Je gardais son corps. Elle empocha l'argent et dit, tout à trac : "Je suis lesbienne. Comment vous me trouvez ? Je suis moche ou laide ?" J'étais pris au dépourvu, je ne savais quoi répondre. Elle conclut : "Je suis si moche ?! Ouais". Il fallait que je me reprenne, que je trouve à dire. Garde du corps, soutien psychologique : "Vous avez du charme". Dieu, elle en avait ! Elle n'était pas belle, ni même jolie. Mais il y avait dans son expression un petit truc charmant qui sans doute pouvait la rendre aimable, si elle nous laissait le temps. Elle ne laissait pas le temps.

"Vous inquiétez pas, je ne veux pas coucher avec vous. Je voulais savoir c'est tout. Je me trouve moche". J'ai remué la tête. Et elle a filé et moi aussi. A droite, à gauche. Dans la rue, sous terre. J'attrapais le métro et n'y pensais plus.

Z

Il était tard. Les transports avaient fini leur service.

Je proposais :
- "Viens dormir à la maison, je peux t'héberger".
Elle tiquait. C'était ambigu, sans doute. J'ajoutais :
- "J'ai plusieurs lits, ne t'inquiète pas.
On ne dormira pas ensemble, aucun souci.
Si on dort ensemble, je ne te toucherai pas.
Si je te touche, je ne sauterai pas.
Si je te saute, je ne t'embrasserai pas.
Si je t'embrasse, je n'y penserai pas.
Pour ne pas y penser, on n'aura qu'à parler politique".

Elle acquiesça et s'accrocha à mon bras. Les filles aiment toujours parler politique.

lundi 10 décembre 2012

Jamais seul (2)

Hier soir que j'étais seul et triste, c'est avec joie que je m'ouvrais une nouvelle boite de petits pois car maintenant je sais que dans ces moments-là il n'est pas de meilleur copain qu'un petit pois, et ceux qu'on ne mange pas et qu'on laisse, heureux, dans une boite en plastique sans couvercle sur la table oubliée et qui toute la nuit secouent votre esprit de toute leur énergie.

N'oubliez pas, jamais, dans votre sac d'aventure : couverture de survie pour les nuits froides et sans lune, petits pois pour les moments de solitude.

W

A ses pas, les miens réglés
A ses mots, mes oreilles aux aguets
A ses tensions, mon corps noué
Dans les pieds du père noël illuminé
Elle tournait et tournait
Sa langue
Et les paroles qu'elle ne parvenait à prononcer
Déjà je les aimais
Et les paroles qu'elle ne parvenait à prononcer
Ma main sur son cou aurait pu les écouter
Ma main sur son cou qui parfois glissait
Et sans gêne, j'avais demandé
Hey, mon adorée
Pourquoi dans les pieds du père noël illuminé
Dis-moi
Est-ce que tu m'as amené ?
Elle ne m'avait pas répondu
Toute pleine de paroles qu'elle ne parvenait à prononcer.

dimanche 9 décembre 2012

A.

Heureusement, j'avais ma couverture de survie. C'est une chose que se sortir et de boire des bières ; c'en est une autre que de ne pas quitter son sac d'aventure. Parfois, elles se combinent.

J'étais donc sorti boire des bières. Je buvais des bières dans de grandes chopes et des alcools forts dans de tout petits verres. J'alternais. Je mélangeais. Je mélangeais dans mon ventre, je mélangeais dans les verres, jetant le tout petit verre dans la grande chope, plouf au fond. Et je buvais.

Oui, oui, c'est ça, c'est ça.

Mon sac d'aventure et moi filions ainsi sur la mauvaise pente, de grandes chopes en petits verres et vint le temps de choir.

Nous chûmes.

Affalés sur un banc, un beau banc en teck, sur une belle terrasse, derrière une belle maison, dans une belle arrière cour d'une belle rue de la grande ville.

J'avais posé mes lunettes quelque part, dans mon sac d'aventure j'imagine, et sorti ma couverture de survie, de mon sac d'aventure je crois. Je la dépliais et m'en couvrais. Sans lunettes, je ne rêvais pas.

La nuit était froide, l'air humide, le banc dur, les voisins bruyants, mon crâne ensorcelé, je me réveillais tôt.

Tenez vos sacs d'aventure. Joignez-y des couvertures de survie.
Aujourd'hui, c'est tout ce que je peux dire.

I.

Au téléphone, il dit :
- "Oui, oui, c'est ça, c'est ça"
Fait quelques pas, répète :
- "Oui, oui, c'est ça, c'est ça"
Il a trois ans et tout compris.

samedi 1 décembre 2012

Le goût (4)

Et de Patagonie

Vers Zanzibar

Pousse l'envie

Qui pour elle-même a bien grandi.

Le goût (3)

C'est amer et pas sucré

Qui sur la langue immobile

Finalement dit : "Reviens-y !"

Le goût (2)

Mais en Patagonie, seul

La main en Russie

Coucou, quel drôle de goût !