jeudi 31 janvier 2013

Détails

Croisé un jeune type avec un clope coincé sur l'oreille.
M'en suis étonné.
C'est quand même pas banal comme idée, pas lui qui ne fait que reproduire, avec peut-être en tête l'image du cool, ou de la force, voire de la virilité - il marchait aux cotés d'une jeune femme, sans doute éblouie, qui sait émerveillée, mais le Schtroumpf bricoleur par exemple, à lui un crayon de charpentier, que de penser à entreposer à cet endroit un bien dont on voudra disposer plus tard.
Mais, avec les clous tenus par des lèvres serrées serrées, et dans les mains un marteau et une planche, sous le bras peut-être une équerre ou une scie, ça allait sans doute de soi et la praticité du geste et la stabilité de la charge ne paraît l'homme (bleu) en rien, surtout pas en ridicule (bleu).
(Mais pourquoi pas dans le nez, hein ?)

Ces détails, lui, la tête à sa chasse et les mains dans ses poches, les auras oubliés.

(Et je ne veux pas croire que ce clope se sera mis là simplement pour m'impressionner).

jeudi 24 janvier 2013

N'existent-ils pas pour eux-mêmes ?

N'était-ce pas la fumée qui des lèvres voulait avoir un baiser et manigança le bol et le poignet ?

N'était-ce pas la terre brune qui quelques pas légers voulait soupeser et inspira le rythme et la mélodie ?

N'étaient-ce pas les idées qui leur propre oubli voulaient affronter et aux yeux portèrent l'image de leur futilité ?

Qui le saura jamais, sinon tout cela, la fumée, les lèvres, le bol, le poignet, la terre brune, les pas légers, le rythme et la mélodie, les idées, l'oubli, les yeux et la futilité, heureux de se prêter à ce jeu ?

mercredi 23 janvier 2013

Sont-ils perdus pour autant ?

Il y a des mouvements d'une grande beauté.



Un bras qui sort d'une manche, poignet gracile et doigts légers, un bol fumant aux lèvres porté.



Une fillette qui esquisse quelques pas de danse sur une musique entêtante pour elle seule jouée.



Un instant d'hébétude qui dans un regard perdu voit toute pensée envolée et la bouche d'un sourire s'éclairer.



Et parfois, personne pour les observer.

vendredi 18 janvier 2013

Barney et Robin

Ils sont jeunes. Ils regardent des séries télévisées. Dans cet épisode :
- "Barney, il se marie. Il se marie avec la meuf, Quinn. On le voit, genre, trois mois après, il est habillé, genre, en habit de marié. Tu vois. Genre, on le voit, il se marie en habit de marié, genre, et trois mois après, il ouvre la porte et, là, c'est Robin...
- Robin ?
- Ouais, tu sais, leur copine canadienne ?! Robin, elle est là dans la pièce, genre, en habit de mariée.
- Ah ouais ?! Elle est lesbienne, la meuf ?
- Qui ça ?
- La meuf de Barney ?
- Mais non, t'as rien compris ! T'es ouf, genre ! C'est Barney, il se marie. Avec Robin, en fait. En habits de mariés.
- Ah ouais, ouais !"

Je ne peux pas titrer "Épiphanie (4)". Impossible, ce serait malhonnête. Et pourtant, un instant, j'aurais pu y croire.

jeudi 17 janvier 2013

Épiphanie (3)

De grandes bottes rouges. De très grandes bottes rouges. Peut-être un léger strabisme, à moins que ce ne fut une façon de regarder, en coin.



C'est ainsi qu'elle est d'abord apparue, s'asseyant.



Mais quand elle a porté son téléphone à l'oreille et aussitôt dit, d'une voix bien présente, assurée et grave : "Qu'est-ce que ça peut te faire ?!", le temps s'est comme suspendu.



Il n'y avait alors plus que ses lèvres et ses dents, qui bougeaient dans cet espace à néant réduit, nous pouvions tendre les jambes, nous étirer les bras ou le dos, penser à hier ou demain, rien n'y faisait, seule sa voix était.



Alors, elle a ri, donnant le départ au temps pour s'écouler de nouveau et à l'espace pour reprendre ses dimensions.

dimanche 13 janvier 2013

Épiphanie (2)

Des jours, des semaines que je la cherchais. Je regardais sous les radiateurs, je passais la main sous les armoires et les bibliothèques, je jetais un oeil sous les lits, je défaisais mes sacs, je refaisais mon chemin, je demandais : "L'avez-vous vue ?". Elle demeurait introuvable.



De la paire, il ne me restait plus qu'une de mes chaussettes noires à talon et pointe rouges. L'autre s'était volatilisée. Évaporée. J'avais du l'oublier dans un hôtel au Chili, un lavomatic au Canada ou chez Nadeshda en Russie.



L'autre jour que je m'habillais en vitesse, j'attrapais dans mon armoire une paire de déjà anciennes chaussettes grises à talon et pointe rouges. Sans doute que le talon de l'une avait été rapé, aminci et fragilisé par trop de frottements dans mes chaussures, toujours est-il que, tirant à toute force son col vers le haut, mon pied, allant du même élan mais dans le sens contraire, passait au travers d'un d'abord infime puis petit et aussitôt énorme trou et se libérait totalement. Dénudé. Celle-là était foutue !



Or voici que j'ai maintenant à ma disposition un nouvel appariement de chaussettes grise et noire mais toutes deux à talon et pointe rouges.

mercredi 9 janvier 2013

Épiphanie

Je la voyais de dos mais la regardais avec attention. Ses cheveux étaient noués en un haut chignon. Elle écrivait, sa main courait sur le papier.



Je savais qui elle était.

Je la connaissais mal pourtant.

Mais je la devinais.



Je la devinais comme je devine l'autre, me connaissant.



Je sais les perceptions qui apparaissent et disparaissent, s'impriment, je sais l'énergie qui circule, frétille et étend, je sais les idées qui fusent, s'entrecroisent, se contrarient ou se confortent, dessinent un paysage mental dans lequel on s'attarde, auquel on s'attache, qui enferme, où l'on se mure parfois.

Je sais les désirs, les élans, les fragilités, les contrariétés ; je sais les besoins et les manques ; je sais les envies de crier, je sais les envies de rire ou pleurer, je sais les envies de toucher et aimer, je sais les envies d'abandonner et se retirer.

Je sais la difficulté d'être, la difficulté d'être au monde, qui, comment et pourquoi.



Ses cheveux relevés, sa main sur la feuille et son dos que je regardais, l'humanité qu'en elle je devinais et qu'à travers elle je touchais, et s'élevait en moi un sentiment d'empathie et de bienveillance, d'affectueuse bienveillance, ouverture sur le monde et oubli de soi.



Sans doute, à ce moment-là, étais-je pleinement moi-même, conscient et inconscient, tout à la fois.

mardi 8 janvier 2013

La vie qui va

Je regardais la vie autour de moi. Les gestes et les couleurs ; le mouvement et la chaleur ; les formes et les instants ; les émotions et les élans. Il me venait des mots, je les alignais en phrases et je notais celles-ci.

J'entendais les gens parler et je notais les mots qu'ils alignaient en phrases.

Quand elle se réveillait, elle disait des mots qui s'alignaient d'eux-mêmes en phrases et venaient se noter dans ma mémoire.

Parfois, quand les mots et les phrases avaient fait leur chemin dans mon esprit et travaillé mon corps, j'en faisais des textes.

Il y en a qui se servent de ces textes pour faire des dessins, imaginer des photos, s'écouter un morceau ou décider de prendre un bain.

C'est la vie qui va, les veines gonflées d'énergie.

dimanche 6 janvier 2013

Campagne (2)

Le retour à la réalité était bleu et vert, flou et fonçait à travers la campagne.

Le 14h57 pour Zelaieta avait fait son petit effet sur nos carcasses et nos âmes.
Le temps avait été grand beau, Soleil à midi, Lune à minuit, températures agréables, humidité légèrement persistante.

Le commandant de bord avait souhaité bon voyage.

On avait bu aux nuages, petites infusions et alcools forts,
Et dans le brouillard on n'avait pipé mot.

Plus tard, c'était sur une petite table en fer blanc, chaises assorties, au pied d'un muret de pierres éboulées dans le milieu d'un champ, ou dans l'herbe, fraîche, froide, humide forcément, du matin et du soir, allongés, roulés, qu'on avait cru, nous voila sortis du brouillard.

J'avais dit, en chœur, l'amour charnel c'est quand même vachement bien,
Et l'amour intellectuel, un idéal.

La réalité nous revenait droit dessus, à travers la campagne, bleue et verte.
Mais floue.



samedi 5 janvier 2013

Campagne

Il faut observer la nature galopante

A travers les herbes denses et drues

Poux dans les cheveux d'un enfant.