lundi 20 mai 2013

Sensible

Dans la forêt, l'arbre-refuge
Pour les jours, échappé de moi
Mon ami, mon amour, ma vie.

Ambition (2)

Figurez-vous, et c'est quand même drôle, qu'il existe à Pôle Emploi un métier, répertorié sous le code ROME E1102, qui s'appelle Writer Designer.

Ça met dit quelque chose.

L'intitulé ne me semble pas être affreusement éloigné de l'objet de mon ambition d'hier.

Récapitulons :
- utilisation d'outils bureautiques (traitement de texte, tableur...)
- utilisation de logiciels de Publication Assistée par Ordinateur -PAO-
- littérature
- normes rédactionnelles
- droit de la propriété intellectuelle
- utilisation de logiciels de Conception et de Dessin Assistés par Ordinateur -CAO/DAO-
- utilisation de la palette graphique
- utilisation de logiciels de Musique Assistée par Ordinateur -MAO-
- pratique de la photographie
- adaptation, composition d'oeuvres musicales
- techniques de réécriture
- techniques de traduction
- techniques de mémorisation
- techniques d'improvisation
- utilisations de logiciels d'édition multimédia
- techniques d'écriture narrative, romanesque
- techniques d'écriture documentaire, informative
- techniques d'écriture de dialogue
- techniques de mise en scène.
Voilà pour les compétences recensées liées au métier.

Ça en fait quelques unes. Je me doute qu'il ne faut pas les posséder toutes. Mais autant être complet. Affûté. Prêt. Ils sont exigeants. Ils ont raison. Mieux vaut trop que pas assez. (On s'en veut toujours d'avoir joué petit bras).

Et quand on clique, ça donne quoi ?

"Valider" :

Auteur / Auteure littéraire. Dans le sud. Intermittent du spectacle. Dans l'édition. Des périodiques. Pour la jeunesse. Flexibilité horaire, cachets variables. Contrat de 6 mois.

Écrivain public / Écrivaine publique. Dans le sud mais plus au nord. CDD. En contrat "Activité Adulte Relais" (+30 ans, résidence en zone urbaine sensible). 9,43 euros de l'heure.

Adaptateur - traducteur / Adaptatrice - traductrice. Dans l'est. CDI, mieux payé, 35 heures. Connaître le braille.

OK !

Trois offres. Trois offres pour toute la France. Pour les cinq continents, même. Trois offres dans le monde entier. En contrat adulte relais, sous le statut d'intermittent du spectacle, avec la maîtrise du braille.

Writer Designer.

Writer Designer.

ROME E1102.

Ah ! Ah ! Ah !

samedi 18 mai 2013

Ambition

J'ai autrefois connu quelqu'un qui exerçait la profession de designer culinaire. Je ne suis jamais entré avec elle dans le détail de ce en quoi cela pouvait consister, nous parlions essentiellement de bandes dessinées. Elle a disparu.

Je me demande si l'on ne pourrait pas exercer la profession de designer littéraire.

Je ne vais pas entrer dans le détail de ce en quoi ça consisterait (peut-être qu'il faudrait créer des phrases belles pour se donner de la joie, des phrases justes pour se comprendre mieux, des phrases longues pour prendre patience, des phrases robustes pour trouver de la force, des phrases rapides pour lire vite, des phrases bancales pour se marrer un peu ou se retrouver nez à nez avec l'inattendu, des phrases au kilomètre pour les congrès d'oncologues ou les séminaires d'experts comptables, etc ? On les installerait dans le hall d'entrée, en évidence, pour faire joli et mettre de bonne humeur, ou rendre grave, insister sur la solennité du moment, elles seraient exposées dans les couloirs, signe d'un bon goût naturel et partagé, des esthètes ou avant-gardistes les prendraient en photos pour en conserver le souvenir - les noteraient au crayon papier sur leur petit moleskine - et les partageraient sur leurs blogs, des rétrospectives pourraient même être organisées à l'apogée de la carrière du Philippe Starck ou du Jean Nouvel du design littéraire, voire les notices du catalogue de La Redoute pourraient être exceptionnellement rédigées par celui-ci ou celui-là, annoncé en gros caractères sur la couverture) mais je crois que ça me plairait.

Ça serait peut-être un boulot qui ferait prétentieux (Arthur Branken, designer littéraire, Angers, Paris, Florence - et j'aurais les cheveux bien coupés et je porterais une cravate et j'aurais la voix assurée et une poignée de main ferme) mais je pense que j'aimerais l'exercer.

Je suis sûr qu'il y aurait plein de nanas dans ce milieu-là.

jeudi 16 mai 2013

Merde alors !

Il est question de focale et de mise au point.
Il est question de mise à distance.

Il est question de trouver les bons instruments.
Il est question de faire les bons réglages.

Mais.

Il faut se rendre compte que nous n'avons pas le choix des instruments.
Il faut se rendre compte que nous n'avons pas la capacité de procéder aux réglages.

Il faut se rendre compte que nous ne savons rien de la juste distance.
Il faut se rendre compte que nous n'entendons rien aux affaires de focales.

Voilà.

Nous ne pouvons que constater.

Et.

C'est du constat de ces flous, de cette netteté tout à coup, de ces bougés à nouveau, de ces images trop loin pour qu'on y distingue quoi que ce soit et qu'on s'y repère, de ces images trop près dont on ne peut s'extraire, de ces images si mal cadrées qu'on y voit qu'à moitié, c'est du constat de cet à-peu-près dans nos représentations des choses que nous devons nous réjouir.

La joie de l'exact à-peu-près.

mardi 14 mai 2013

Instructions

Cadre. Se ronge les ongles. Un document sur les genoux.

"Mettre en place une "tour de contrôle" capable d'évaluer les risques, les peser..."
"L'analyse des risques est donc une activité essentielle, intégrée..."
"Pour tous les projets, une note de synthèse "Analyse des risques" devra être complétée, qui prendra en compte..."*

Je trouve tout ça terriblement excitant.
Lui s'essuie les doigts sur son pantalon. Bleu, sombre.

(* Et je passe le comité de pilotage et de suivi des investissements, je n'ai pas eu le temps de lire. Il a tourné la page, mouvement sec et nerveux, lui d'apparence plutôt lymphatique. J'aurais aimé avoir eu le temps de noter les formulations exactes. Me les repasser chez moi. Au coucher, au réveil, dans mon bain. Les livrer à mes enfants - qu'ils soient prévenus ; le monde du travail ; la vie des grands ; de certains grands ; les instructions).

dimanche 12 mai 2013

A l'eau (2)




Oh ! Oh !

La vérité, c'est que j'ai acquis un de ces petits appareils qui tiennent dans la main et qu'on trimballe partout.
La vérité, c'est que j'ai réparé (au scotch) un trou dans l'obturateur de mon Nikon.
Je ne dis pas que j'ai le talent d'autres mais, la vérité, c'est que je m'amuse comme un petit fou et que c'est là un moyen comme un autre d'être au monde.
D'assurer d'une présence au monde (est-ce nécessaire ? utile ? intéressant ? D'autres questions, tant d'autres questions, toujours d'autres questions !)
La vérité, c'est qu'on parle trop, qu'on devrait se taire.
Que je parle trop, que je traduis tout, que je deviens fou, que je suis déjà fou, que j'ai toujours été fou, à ne plus rien y comprendre, à m'y perdre, à douter, ne pas savoir, errer, et, c'est la vérité, que je devrais me taire !

Je devrais me taire, dans ma bouche et dans mon esprit.

Je devrais :

Sentir. Goûter. Éprouver. Éprouver dans mon corps, dans ma chair, mon coeur, mon âme. Laisser là, vivre. Ne rien en penser. Ne pas traduire. Pas de mots. Surtout ne pas dire. Surtout.

Par exemple :

Elle sur la place. Assise. Lisant. Levant les yeux. Souriant. Et tous les souvenirs. Dans mon corps. Surgissant. Dormant - surgissant.

Mais : bouche close,
Et souriant moi aussi. Respirant.

Dans mon corps et mon esprit.

Je voudrais faire voeu de silence. Je serais incapable de respecter une telle promesse.

On devrait penser en images. On penserait plus vite en images. Moins de conneries seraient dites. Plus de choses seraient vécues. Exactement vécues.

Certains pensent en images.

Les extraterrestres. J'en suis sur. Oh ! Oh !

A l'eau








samedi 4 mai 2013

Autocad

Je ne connais pas les logiciels d'architecture ou de design.
Je me demandais : si on trace un plan d'une pièce, carrée, rectangulaire ou biscornue, de plusieurs pièces, d'une maison, un tel logiciel arriverait-il à déterminer les côtes à définir pour tracer exactement ce plan ?
Par exemple, on tracerait un rectangle à main levée (palette graphique ou écran tactile) et le logiciel indiquerait tour à tour chacun des côtés pour en recevoir les mesures. Cinq mètres ici, trois mètres vingt là ; idem pour les côtés opposés (un rectangle, on a dit) ; deux mètres cinquante sous plafond (ce logiciel fait de la 3D). Ainsi pour les différentes pièces et niveaux, le logiciel saurait quoi demander et dessinerait la maison, aux bonnes dimensions, à partir des traits que l'on a tirés, qu'ils soient des murs extérieurs ou de séparation. Pour les portes, il suffirait d'indiquer un emplacement sur un mur. Le logiciel requerrait la distance depuis le bord et la largeur de la porte. Sa hauteur. Rien de plus. Les fenêtres, la cheminée, l'escalier. Tout.

Réfléchissant à cela, j'ai perçu que mon cerveau travaillait exactement de cette façon. Il mesure, prend des distances. Pas toutes. Celles qui lui sont nécessaires. Pour le reste, il extrapole, devine, conclut. Il amboite. Il trie les perceptions, il ébauche les idées, il archive les informations. Il élimine. Il se montre logique, intuitif et créatif. Il va à l'essentiel, rapidement. Il sait ce qu'il a à faire.

Il sait ce qu'il a à faire et ce qu'il a à faire, c'est explorer, apprendre, connaître. Ce qu'il a à faire c'est créer, inventer. C'est donner corps à un possible. C'est trouver la voie d'un témoignage et toucher et porter au même élan. C'est se lier et étendre et intensifier et approfondir cette compréhension.

Je crois qu'il s'en fout d'être riche ou beau ou d'avoir du pouvoir et obliger les autres. Je crois qu'il s'en fout de frauder le fisc ou d'empêcher les gens de se marier. Je ne crois pas qu'il ait envie de rejeter et exclure ceux qui sont différents. A mon avis, ça c'est l'oeuvre de cerveaux qui fonctionnent mal et où baignent des esprits bien encombrés.

mercredi 1 mai 2013

Voir

Elle était jolie et regardait son reflet dans la vitre.
Elle regardait son reflet dans la vitre, était-elle jolie ?

"Était-elle jolie ?" se mirait-elle dans la vitre.
"Était-elle jolie ?" me ressentais-je, l'observant.
"Était-elle jolie ?" se transpirait-ce dans le carré nous regroupant.

Était-elle jolie ? était l'enjeu de l'instant.
Et non pas son sac qui traînait à terre dans un filet d'eau glissant sur le sol,
Et non pas le livre qui me glissait des mains sur les genoux et bientôt rejoindrait le sac et l'eau et le sol,
Et non pas nos places étroites que l'embonpoint de l'homme à ma gauche rendait moins confortables encore.

C'est dire si cette joliesse interrogée nous occupait l'esprit et y faisait la vie agréable.