dimanche 30 juin 2013

Pour ce temps (2)





Sans maman, sans canard, sans souliers, hey 'pa, regarde : sans les mains !
Bravo, fils ! T'es un champion.
Et ils rient.

Bertrand.

(Quand même, j'aime bien les mamans).

Pour ce temps

Un canard.
Un coeur.
L'Italie.
Un dragon sur une vache.
Des champignons à la crème.
Il y avait cela aujourd'hui dans les nuages.



Les mamans voudraient que les papas s'occupent des enfants.
Mais les mamans ne laissent pas les papas s'occuper des enfants.
Les mamans remettent le chapeau. Les mamans vident le sable des souliers. Les mamans disent : "Attention, il va glisser !"
Les mamans sont casse-pieds.
Les papas tournent le dos, regardent les pigeons voler, mettent les mains dans les poches.
"La prochaine fois, je lui mettrai des nus-pieds", disent les mamans.



- "Tu sens cette fleur ?
- Oh, c'est bizarre ! Qu'est ce que c'est ?
- Une fleur. Sens !
- Oui, mais tu sais ce que c'est comme fleur ?
- Nan ! M'en fiche ! Sens, ça sent bon !"
La petite main écrase la petite fleur sur le gros nez.



L'enfant lance des cailloux aux canards.
Le père en reçoit une volée : "Aïe !" et prend son téléphone dans sa poche de pantalon. (Les papas ne savent pas s'occuper des enfants).
La mère sourit à l'inconnu assis sur le banc d'à côté. (Un chapeau à remettre, des souliers à vider, une chute à éviter ? Un baiser, un baiser...)


Jim O'Jim.

samedi 29 juin 2013

Tout risque mesuré

"Et ils partent faire le tour du monde !" dit-elle à son mari.



Et ils partent faire le tour du monde. Qu'est ce que c'est que cette idée ?



On fait le tour du monde depuis qu'il n'y a plus rien (ou presque) à découvrir, depuis que tous les chemins sont balisés, depuis que les risques sont éteints, les épreuves amoindries, depuis que les étrangers se sont habitués à voir des étrangers.



Est-ce qu'on dit : "Et ils partent faire une traversée de l'Amazonie !" (la forêt, les araignées, les coupeurs de têtes) ? Ou : "Et ils partent vivre, bergers au Moudjikistan !" (la steppe, le soleil, les loups, la gâle) ? Ou : "Et ils partent à l'assaut du Sahel, d'ouest en est, sans eau !" (les chameaux, le sable, la soif, les terroristes islamistes djihadistes trafiquants preneurs d'otages, le sable et la soif, les chameaux, brrrr) ?



Non : Doha, Singapour, Bali, Sydney, Auckland, Honolulu, Los Angeles, New York, Montréal.

Au pire : Moscou, Pékin, New Delhi, Santiago, Buenos Aires, Rio de Janeiro, Mexico.



Avec les enfants.



On fait le tour du monde depuis que c'est devenu une bonne idée. Comme autrefois, descendre à La Napoule en automobile. "Et ils descendent en automobile à La Napoule !", disait-elle alors à son mari. Et le mari se tournait vers elle, surpris ou désabusé, "mince, quelle idée !".



Maintenant le tour du monde.



Demain, la Lune. Qui sait ?



Les temps changent.



Mais pour ce qui est de prendre des risques ou de faire des découvertes, je me demande si on partira jamais faire un tour de soi.

Sur un fil, et pourquoi, mais oui

L : le mot et l'écrit.
C : le son et la musique.
I : l'image et la photographie.
Toute chose qui en moi ne demandait qu'à resurgir
Quand au révélateur je fus passé
Par elles bousculé.

Je carbure à l'émotion,
Ébranlement du corps qui se libère de sa gangue,
Flux qui balaie sur son passage,
Et redispose.

Je vous aime mes chéris,
Vous êtes beaux, j'en suis sûr
Les cheveux ébouriffés.

Merci.

Vous envoûter

Nique sa mère, le blizzard !
C'est pas moi qui le dis, j'en serais incapable.
Ce sont eux et ils le font plutôt bien, je trouve.
Je trouve ça même tout à fait envoûtant.
Ça, c'est moi qui le dis.

(Un texte de rien du tout, juste pour écrire nique sa mère, une fois dans ma vie et en public, et vous envoûter).

vendredi 28 juin 2013

A l'évidence (5)

Considérez l'écrit comme le rythme et la mélodie plutôt que comme le propos

Le chant comme la basse ou le carillon plutôt que le texte déclamé

La discussion comme le moment partagé, vécu de concert

Que comme l'énoncé, la mise au point

Le contenant que l'on vide et qu'on remplit

Que le contenu

Et vous sourirez.

mercredi 26 juin 2013

A l'évidence (4)

Je lis le programme de la prochaine saison du Théâtre de la Colline.
Il y est question de vie, de réel, de fiction, d'ouverture, de mouvement, d'errance, de quête, de désir, d'exploration, d'engagement, de dégagement, d'interrogations.

Qu'est ce que la vie ?
Qui être ?
Comment y parvenir ?
Avec qui ?
Pour faire quoi ?

Toutes ces questions qui nous agitent continuellement et dont on se détourne dans le brouhaha et auxquelles on ne peut répondre du fait de cette même agitation.

Il faut s'arrêter.
Faire silence.
Regarder.

Alors, voir, entendre :

Ces questions n'ont pas de réponses.
Il n'y a pas une définition ; il n'y a pas de modalités.
Il y a des possibles et des actualisations, formes, paroles, gestes. Pensées. Relations. Actes. Intentions.

Mais, reculer encore. Observer sa position. Les plans qui se dégagent.

Nous sommes silence.
Nous sommes regard.

Dans le silence, sous le regard, le monde change, les autres passent, nous (forme et contenu) évoluons.

La vie est.

Ce sont aujourd'hui les soldes. La foule se presse dans les magasins.

Il n'y aura pas de réponse à ces questions dans le t-shirt, la veste, les sandales ; rien qu'on puisse payer avec sa carte bleue.
Soyons en assurés.
Mais peut-être une prise de conscience, dans la cohue, sous l'agacement, derrière le dépit ou la colère, après le contentement.
Pour après.
Au calme.
Une réminiscence à traiter, quand affalé dans son fauteuil inconfortable, la pièce jouée, l'esprit détendu, alerte et souple.

mardi 25 juin 2013

Daldal

J'aime les atlas et la géographie. J'ai trouvé, il y a quelques temps de ça, à l'occasion d'un vide grenier de mon quartier, des cartes routières. J'en achète au gré de déplacements ici ou là ou quand l'opportunité s'en présente. J'en possède un certain nombre. Pas de quoi constituer une véritable collection mais un certain nombre.

L'occasion se présentait : j'acquérais plusieurs cartes, de Suisse, de Grande-Bretagne et de Suède, dans des éditions locales désormais datées (années 70).



La surprise véritable, et la joie, en furent qu'à leur ouverture, je découvris que des parcours y étaient tracés. Ces cartes avaient servi. Elles avaient véritablement servi, sur le terrain. Les parcours étaient tracés, fléchés, annotés.



Me voilà donc en Norvège. Je viens de débarquer à Sylte, dans la vallée de Valldal, après avoir traversé le Norddalsfjord depuis Eidsdal. Je file vers Andalsnes, dans le More og Romsdal. C'est de là que je vous écris. C'est une des étapes marquées de croix sur ce trajet qui va de Kiel à Trondheim et que je refais, des années plus tard.


Certains partent à la suite d'écrivains, Kerouac, Bouvier, Stevenson, qui laissent les traces écrites de leurs passages, fameux. Je file les pas d'inconnus et c'est tout aussi bien. Je n'ai personne à qui me confronter, pas à vivre les souvenirs d'autrui et rien à raconter : un chemin à suivre, c'est tout.

Un chemin que j'ai reçu par hasard des mains d'un vieux monsieur souriant aux objets sur la chaussée déballés.

A l'évidence (3)

Son pas léger tintait à mon oreille
Carillon aux vêpres
Ebranlait mon corps.


(J'ai voulu faire léger, divertissant. Pour changer. Revenir à ces petites choses qui nous tiennent. Et puis, la vis est tombée dans la farine. Faites bien les choses, autant que vous le pouvez, vous grandissant d’œuvres et d'art, mais ne les prenez jamais au sérieux !)

A l'évidence (2)

La vie consciente consiste à employer l'énergie qui nous traverse.
Pas la bloquer dans des maux de tête, des douleurs dorsales, des tensions nerveuses ou des contractures musculaires ; pas la laisser fuiter dans des lapsus, des méprises, des inattentions, des accidents et des fractures osseuses.
L'employer.
Inventer, créer, faire.

Pour cela, trouver la direction, viser un but. Ils seront le nord et le vent.

Fabriquer des lampes, cuisiner un gâteau, coudre un vêtement.
Le faire avec attention.
Alors la vis, la farine, le fil prennent sens, deviennent expression.

L'emploi, manuel, intellectuel, de direction ou d'opération, la relation, qu'elle soit amicale, filiale ou amoureuse, le jeu, les voyages, tout, ne sont pas d'autres matières.
La vie entière, complexe, étrange, changeante, fragile, intense, est à ce goût.

Mystérieux et évident.

lundi 24 juin 2013

A l'évidence

Je marchais dans la rue.
Je pensais à un ami que je n'avais pas vu depuis longtemps mais dont je venais d'avoir des nouvelles.
Il avait fait aboutir un de ses projets anciens dans la restauration. Sur le moment, et pour des raisons indépendantes de sa volonté (puisqu'ainsi est l'expression consacrée), ça n'avait pas très bien marché. Il avait du fermer précocement dans la saison touristique et, malgré un travail acharné dans les périodes de moindre affluence, n'avait pu récupérer son manque à gagner. Il s'était épuisé. Mais voilà, il rebondissait avec un projet remanié, qui mêlait art et gastronomie, convivialité, partage et apprentissages, nourritures des corps et des esprits.
Il faisait preuve de beaucoup d'enthousiasme.
Passionné, tel que je le connaissais.
Sûr de son coup.
Et si ce n'était pas celui-là, ce serait le suivant.
Ou celui d'après.

Je me disais, bon sang ! voilà des gens qui savent ce qu'ils veulent. Qui en tirent force, courage, ténacité et satisfaction. Qui en récoltent les fruits, que ce soit la société rencontrée, l'argent brassé, les félicitations et encouragements reçus. L'appréciation de soi, la sensation du dynamisme, la soif de l'action. Même le repos mérité. Goûté dans toute son intensité. Quel bonheur ce doit être !

Mais l'évidence était là, je la sentais dans tous les pores de ma peau : il n'y a que ce qui se passe et la façon dont on le vit qui vaut, quelle que soit cette chose. Il n'y a rien à jalouser, personne à envier ; il n'y a pas une chose qui est faite à vouloir faire.

Il faut sentir en soi le désir émerger ; il faut requérir sa volonté, rassembler ses forces, faire travailler son imagination pour le concrétiser ; il faut jouer de ses talents, user de ses atouts, combattre ses défauts, surpasser ses faiblesses ; il faut mettre son intelligence au défi ; il faut user de ses propres mots pour le partager.
Il ne faut pas singer.
On peut puiser l'envie, les idées, les outils, les inventions à la source des autres. Il faut tout réarranger à la sienne. Il faut mélanger, malaxer, adapter. Il faut entrer en soi et cultiver, brasser, détonner.
Il faut se trouver dans toute son originalité, sans crainte. Il n'y a pas d'autre chose à faire qu'à être soi. Il n'y a qu'à être soi qu'on accède à la joie. C'est ce chemin même qui est joie.

Il faut rester ouvert, garder l'esprit accueillant : il se passe toujours quelque chose et c'est pour nous. C'est pour nous, là, maintenant, que ce soit bon ou néfaste, que ce soit attendu, espéré, fuit ou détesté. Ce quelque chose qui est là pour nous, personne d'autre ne peut le goûter. Personne d'autre ne peut y étalonner son désir, aiguiser son entendement, personne d'autre ne peut y user ses armes. Personne d'autre ne peut s'y fabriquer.

L'air est porteur du possible. Et nous, de créations. Esprit joueur.

vendredi 21 juin 2013

jeudi 20 juin 2013

A cet instant

Deux japonaises costaudes et dépenaillées entrent dans le wagon. Leurs vêtements sont bigarrés et elles arborent des cheveux colorés. Elles parlent fort et ne se font pas discrètes, jambes solidement plantées au sol et bras fermement croisés sous la poitrine. Elles rient.

Je me demande si les Japonais fument.

samedi 15 juin 2013

Et boulgaga


Et boulga


Gloubi et boulga









Attendre un jour, attendre toujours

C'est une expérience bien étrange que celle d'attendre quelqu'un qu'on ne connaît pas et de l'attendre longtemps.



On est là, planté dans la rue. On guette.



Toute personne qui passe est dévisagée, scrutée, interpellée, questionnée qui ne sait pas répondre, et passe.



Et passe.



C'est pire encore si, au lieu de la foule pressée, ou flaneuse, ne viennent que quelques uns, aux pas rapides ou tranquilles, de loin en loin espacés. Qu'on les regarde longtemps ! Jusqu'à devant nous, et même après le dos tourné.



Et passe.



Et celui qu'on attend et qu'on ne connaît pas débarque ni vu ni connu, nous ayant pris à revers.



- "C'est moi !"

jeudi 13 juin 2013

Mise au point

Écrire
Perception, émotion, désir, action
Homme fouet fauve
Se dompter.

mercredi 12 juin 2013

Memo

Les petits poussins

S'en vont dans les bois

Ils courent dans les flaques d'eau

Et vont très très vite.



(à répéter jusqu'à l'étourdissement, sur l'air de son choix, en s'accompagnant de pas de danse alertes et sautillants - et même un baillon sur la bouche. Effet garanti).

mardi 11 juin 2013

A quoi cela tient

Je regardais une femme et n'en pensais rien.
Ni émotion, ni sentiment, rien ne me venait.
Et je ne pensais rien de ce que je voyais.

Je me faisais la réflexion suivante :

Si je devais penser quelque chose de cette femme que je vois, assise là-bas, rapporter la scène, le tumulte alentours et elle le regard bas, de quoi s'agirait-il ?
Et si l'observateur était un autre que moi (ou si j'étais un autre observateur que celui que je suis, avec une autre vie et d'autres idées, une sensibilité différente), que dirait-il, lui ?

Pourrais-je écrire que cette femme perdue dans ses pensées (apparemment) se promène dans un champ de fleurs, s'adosse à un arbre, contemple des papillons ? Tire un feu d'artifice ? Court vers la mer ? Me plait terriblement ? S'en va, troublante, dans la nuit noire ? Tire sur sa clope, se prend pour je ne sais qui ?
Avec ce regard sombre et cette mine triste que je lui vois ? Seule assise, lasse ou recueillie, dans le brouhaha.

L'autre raconterait-il qu'elle s'imagine sur un tatami, brutalisant un adversaire, livrant un furieux combat, remportant une compétition acharnée, applaudie, saluée, embrassée et couronnée ? Inventerait-il même qu'elle le serait plutôt qu'elle n'en rêverait ? Et la sueur lui coulant du front, et le kimono défait et la démarche nerveuse ?
Avec cette frêle carrure et ces gestes hésitants qu'il ne manquerait pas d'observer mais qu'il mâtinerait de volonté, courage, ténacité, force et rapidité, avec cette immobilité qu'à ses yeux elle aurait forcément mais qu'il déguiserait de patience, de sérénité et de ruse (ou pas, s'il est tout autre que moi, et ne voit que le regard dur et la mine fermée, l'esprit occupé et le corps plié) ?

Ah, je ne sais pas ce qui pourrait se dire de ce moment-là, moi qui n'en pense rien.
Mais rien du tout.

jeudi 6 juin 2013

Ailes

Elle avait de petites ailes finement tatouées sur la nuque et quand elle tournait la tête de côté, l'une s'étirait et l'autre se contractait, légèrement repliée.

C'était charmant.

Elle aurait tourné la tête en un sens, puis dans l'autre, et ainsi de suite, de manière rapide et répétée, que ces petites ailes auraient semblé voler, portées par le nuage de sa peau dans le ciel de son cou.

Cher ange à la trajectoire saccadée.

mercredi 5 juin 2013

Son passage devant moi

Étais-je insensible qu'à son sourire je n'avais qu'un regard
Et pas l'idée de me lever
Étais-je insensible qu'à son regard je n'avais qu'un sourire
Et pas l'idée de l'approcher
Étais-je insensible qu'à sa présence je n'avais qu'une présence
Et rien d'autre à échanger
Quand elle à mon regard des lèvres purpurines aux contours finement dessinés
Quand elle à mon sourire des yeux malicieux à la douceur bleutée
Quand elle à ma présence un parfum, de la lumière et une main en l'air tranquillement posée
Mes sens à moi tout aiguisés.

mardi 4 juin 2013

Vrac à l'essai, note critique

J'ai vu une femme avec des avant-bras énormes, des avant-bras tellement gros que c'en était presque incroyable.

J'ai reçu des critiques. J'ai reçu des critiques après la publication de ma note de l'autre jour, Vrac à l'essai.

Ce texte n'est pas aimable. Je ne l'aime pas beaucoup. Il n'est d'ailleurs pas très bien écrit, mollasson en certaines de ses parties, manquant de rigidité et de souplesse dans sa structure, peu dynamique, quelques éléments tenus au gros scotch. Il m'a mis mal à l'aise. J'ai peiné à l'écrire, n'en trouvant pas les ressorts.

C'est le travers de la publication. Cette note aurait du rester un brouillon. Un bon brouillon. J'en ai. Quelques uns n'ont pas dépassé les coulisses. C'est une question de sensations, le sentiment du moment. Je n'y reviens pas. C'est un choix de lâcher.

Malgré mon désamour pour ce texte, malgré les interrogations suscitées, malgré les remarques provoquées, il restera là où il est maintenant.

Je conçois ce blog non pas comme une vitrine mais comme un outil, un instrument au service d'un travail d'écriture. Accessoirement comme une valise à clichés. L'écriture est pour moi une façon de me rapporter à l'existence et au monde, je m'y rapporte à travers la conception de la structure des phrases, dans la construction des textes, par le choix des mots. S'y tiennent mon caractère, mon appréhension des faits, ma compréhension des événements. S'y jouent ma capacité à en rire, à me détacher, à considérer la chose avec sérieux. Autant que j'y mets à contribution mes capacités d'analyse ou ma volonté d'y voir clair et de faire la lumière. J'y fais montre de sensibilité, preuve d'inventivité, tentative de discernement. Tout cela n'est pas conscient dans l'instant, je suis concentré, je choisis, je pèse, je mesure, je colorie, je me souviens, je traduis, je crée. Mais tout cela est bien là. Et dans tout cela, je m'efforce de ne pas discuter avec le lecteur. Attirer son attention, l'interpeller, tenter de le séduire. Je m'efforce de ne pas penser au lecteur. Je me concentre sur mon travail. Il y a des vertus à cela. La vertu de la répétition, de l'entraînement, de la confiance, la croyance tranquille en la possibilité d'invention, les bienfaits de l'action. Écrire entraîne, développe et fortifie ma capacité à vivre l'existence qui m'est donnée.

Croyez-vous que je m'adresse à vous ? Que je vous parle ? Que je m'explique ? Que j'essaie de vous convaincre ? En ce moment ? En ce moment, je dors probablement. Ou vaque à diverses occupations. Détrompez-vous : je tire ma pelote. Je me décrasse les muscles. Je ne construis pas, non, je range. Je maintiens. Je joue. Ces deux notes successives endossent ce rôle-là. Elles ne sont pas très belles mais s'en chargent très bien.

Et la prochaine fois, je ferai mieux. J'y travaille.
Voyez.

dimanche 2 juin 2013

Vrac à l'essai







J'ai vu une femme avec un cul énorme. Un cul tellement gros que c'en était presque incroyable. Une difformité, un handicap. (Et je ne m'en moque ni n'en ris, je l'écris. Ma faiblesse peut-être, n'avoir que ça sous la main).

J'étais dans le bus. J'avais pris le bon bus mais lui ne prenait pas du tout la bonne direction.
C'est à dire plutôt que le parcours qu'il effectuait n'était pas celui auquel je m'attendais. Car voilà qu'au lieu de tourner à droite, ce qui m'aurait paru logique, le bus était allé tout droit et maintenant s'enfonçait, oh pas si loin que ça dans la ville ou dans l'inconnu, je regardais le plan et j'arrivais à me figurer les choses, mais s'enfonçait quand même pas du tout dans la bonne direction. Le détour allait sacrément me retarder.
Pourtant, si l'idée de sauter au prochain arrêt m'avait bien traversé l'esprit et s'y était faite jauger, je n'en faisais rien. Je décidais de prendre mon parti de la situation et de rester assis. J'avais la flemme.

Mais aurais-je voulu descendre que je n'aurais pas pu. La femme au gros cul s'était encadrée dans la porte. La remplissait. En largeur (car elle était plutôt petite).
Je ne bougeais pas. Elle avançait, doucement, lentement. Personne ne bougeait. Le bus lui-même ne bougeait plus, portes ouvertes.
Et nous n'étions pas dans ma bonne direction.
Et elle avait un cul énorme.

Et puis, comme souvent quand on fait montre d'assez de patience, tout est rentré dans l'ordre. Elle a trouvé une place, debout contre la vitre. J'ai encore regardé son cul, énorme, incroyable. Je me disais ça fait une sacré bosse, elle est comme un escargot dont la coquille aurait glissé, comme un dromadaire à la gourde descendue, ça tirait ses vêtements en arrière, quelle taille ? qui pour inventer cette coupe-là ? elle était boudinée dans sa veste et son pantalon, jusqu'aux chevilles, aux bras et au cou. Les portes avaient fait pschittt. Le bus s'était ébranlé. J'ai regardé par la fenêtre. J'ai pensé à autre chose. Quand je me suis souvenu de l'existence de la femme au gros cul, elle n'était plus là.

Et le bus était sur mon bon chemin.

(J'essaie ici un nouvel appareil photo. Rien de mieux qu'un blog pour promener ses clichés d'un écran à un autre. Fou les progrès réalisés : mon ordinateur portable d'il y a cinq ou six ans ne vaut plus tripette).