mardi 30 juillet 2013

La famille au complet


C'est un verre que j'ai rencontré dans un bar de Denver, Colorado, États-Unis d'Amérique. J'étais sur les traces de mon gars du Nebraska. Le Nebraska, c'est vaste. Je le quadrillais. Pas du nord au sud, ni d'est en ouest. A ma façon. J'avais fait Lincoln, Grand Island, North Platte et tous les bleds entre. C'était sans logique apparente : ces villes suivent le cours de la Platte River - et moi, ça me suffit comme raison. Mon opération se déroulait sans succès. Sans même l'ombre d'une piste. J'en avais plein le cul du Nebraska et j'avais filé. Je reprenais mon souffle à Denver, Colorado (à Brush, on quitte la South Platte River et on file tout droit : Denver).

Dans ce bar de Denver où je m'étais échoué pour reprendre mon souffle, le Shotgun Willie's sur Colorado Boulevard, à Glendale, il y avait des danseuses. Des strip-teaseuses, ou dans le genre. Elles arrivaient déjà presque nues. Le strip-tease en était écourté d'autant. Mais la danse s'en trouvait peut-être rallongée. Elles allaient et venaient, se trémoussant, sur le comptoir et la piste. Elles offraient leurs seins, leurs fesses, leurs entre-jambes à la vue des consommateurs. Les types étaient venus seuls ou en groupe, des groupes de copains, avec ou sans nanas. Il y avait aussi des nanas, qui étaient venues entre nanas. Elles fêtaient je ne sais quoi et criaient pour un oui pour un non. Et les danseuses bougeaient leur cul au dessus de mon verre.

C'étaient les Etats-Unis d'Amérique.

Je n'en pensais rien de spécial, des Etats-Unis d'Amérique, du Colorado ou du Nebraska, de Denver et du Shotgun Willie's, ni même de mon gars ou des nanas, j'en avais plein le cul et plus rien à foutre, j'allais pas tarder à abandonner et rentrer chez moi et en attendant je gardais mes yeux à ces seins et ma bouche à ce verre. Je matais, souriant aux danseuses qui venaient jusqu'à moi. Je matais, souriant aux nanas qui se sautaient dans les bras. Je matais, souriant aux types qu'étaient là. Je buvais, je buvais beaucoup.

Vide, le barman ramassait le verre. Signe, il m'en servait un autre. C'est sans doute d'une famille de verres que j'ai fait la connaissance ce soir-là, dans Glendale, à Denver, Colorado, sur Colorado Boulevard, grands-parents et cousins germains compris, la famille de verres au grand complet.

C'était peut-être pas une immense idée.

Je ne me souviens pas avoir fait copain-copain avec une danseuse ni non plus avec aucune des fêtardes qui hurlaient je ne sais quoi. Je ne me souviens pas plus de mon retour à l'hôtel. Pour vous le raconter, il faudrait que j'invente une histoire. Ce ne serait pas convenable. N'est-ce pas ?!

Elle vous regarde



C'est une fille de Tel Aviv que j'ai rencontrée à l'étranger, non pas en Israël, son pays, mais au Kenya. Elle y faisait des recherches dans le cadre d'une étude qu'elle menait pour sa thèse d'ethnographie. Je crois me souvenir que le sujet avait trait aux Kikuyu, peuple qui s'est illustré dans les années 50 à travers le mouvement rebelle des Mau Mau et sa lutte contre la couronne britannique, mais, aujourd'hui, je ne pourrais le jurer. Evidemment, je ne doute pas qu'elle ait été inscrite au département de sociologie et d'anthropologie de la faculté des sciences sociales Gershon Gordon comme elle me l'avait alors expliqué mais je crois pouvoir affirmer que ses travaux passaient au second plan et que sa présence à Nakuru où nous nous étions rencontrés avaient plus à voir avec une déception amoureuse, le besoin de s'évader et la nécessité de se retrouver face à elle-même et pouvoir faire le point sur son parcours personnel et ses aspirations profondes qu'autre chose.

Nous avons passé quelques jours ensemble sur la route qui va de Nairobi à Kampala, entre Kenya et Ouganda. A Nakuru (Province de la Vallée du Rift), nous avions le choix entre deux voies, l'une au nord et l'autre au sud. Je devais prendre cette seconde qui bifurque vers Kericho, Kisumu et Butere (à travers la province de Nyanza, vers la Province occidentale). J'avais en projet de me rendre sur les rives du vaste lac Victoria que l'on aborde là à Kisumu et que l'on retrouve plus loin en Ouganda. Je comptais voir de mes propres yeux la source du Nil (le Nil Victoria près de Jinja, avant qu'il ne devienne le Nil Albert puis le Nil blanc et enfin le Nil, le Nil tout court qui traverse l'Egypte et débouche en Méditerranée). Elle avait quelques individus à rencontrer à Kakamega où elle devait les interroger pour son étude. C'était un court crochet mais dans la brousse... Je n'avais pas le temps de l'attendre.

Mais ces quelques jours, cinq au total, que nous avons passés ensemble me furent très agréables. Les marches comme les arrêts comme les bivouacs. Elle avait de la discussion et savait se taire. Elle pouvait se montrer fine ou balourde. Discrète ou directe. Sensible ou fermée. Son humour m'amusait. Elle riait comme on s'esclaffe et tournait les choses à la dérision, elle en premier, moi en second, la vie en troisième. Elle n'était pas une grande marcheuse, elle le reconnaissait. Ça ne posait aucun problème : dans ces endroits, il n'était pas question d'aller à pieds. Nous cheminions à bord d'un 4x4 brinquebalant, sa carrosserie percée de rouille, ses pneus élimés, son capot fumant. Elle ne savait pas pêcher, moi non plus, nous avions quelques vivres dans nos sacs. Des fruits secs, du riz, du jambon fumé. Nous dormions dans la cabine à l'arrière, sur des matelas de fortune.

En définitive, à cette époque, je ne savais pas grand chose d'elle et, de cette époque, je ne sais plus grand chose d'elle. J'aurais même du mal à me souvenir nos discussions et ses propos. Je me rappelle un rire sonore, une attention bienveillante et des mouvements légers. Des yeux clairs et doux qui vous regardent.

Par contre, je sais depuis ce qu'elle est devenue. Nous nous sommes quittés à Kisumu. Elle m'avait laissé une adresse en poste restante, je n'ai pas manqué de lui écrire, elle m'a répondu. Nous poursuivons notre correspondance aujourd'hui encore. Après Kakamega, elle est rentrée à Nairobi. Elle a terminé ses travaux sur les Kikuyu, sa thèse à Tel Aviv. Elle y est retournée, en est repartie. Elle vit désormais à Melbourne, Australie. Elle y enseigne sa spécialité. Elle vit remise de ses peines de cœur, mariée et mère. Elle m'écrit souvent : "Cher ami, quand viendras-tu me voir ?"

J'imagine que depuis cette photo, prise alors qu'elle rassemblait ses affaires, photo mal exposée, mal développée, mal tirée et mal conservée, elle a bien changé.

(Si j'écrivais qu'elle s'est mariée avec un gars du Nebraska, vous y croiriez ?)

Changeant

Ce que j'aime en elle, ce sont son rire et ses manières directes.
Si elle était une autre, j'aimerais ses gestes tranquilles et son regard doux.
Chez une autre encore, ce seraient sa bienveillance et son attention.
Mais peut-être aussi sa main posée sur mon épaule.
Avec toutes, je ressentirais mon besoin d'indépendance et mon désir de solitude.
Mais sans elles, l'absence et le manque me seraient vifs et redoutables.
Entre autres choses qui déboulent à tout instant, s'installent, se mêlent et s'en vont, changeantes.

dimanche 28 juillet 2013

Bon point

J'ai sans doute été brouillon dans mon exposé de l'écriture comme activité manuelle. C'est qu'il y aurait des mots à définir exactement et des notions à préciser.



Et puis il faudrait que je me creuse et ressente, tout en écrivant. Ce qui n'est pas mince en effort de concentration.



Mais ce soir, alors que j'achève la lecture d'un livre qui traîne depuis des semaines à mon chevet, j'y trouve cette idée que le langage est une activité sensorielle qui va d'un organisme à un autre et qui dit la joie et la souffrance, modalités premières de l'être au monde.



Et je me dis : c'est sensé.





(Pour appuyer mon propos d'hier, c'est une note, il est expliqué dans ce livre - et je le lis ce soir ! - que de mêmes structures cérébrales sous-tendent la fonction langagière et la manipulation d'objets, tout au moins dans leur développement. C'est peut-être ce que, bien qu'ayant depuis longtemps quitté l'enfance, je ressens s'activer en moi. L'écriture, activité manuelle - le langage, manipulation de structures et de mots).

samedi 27 juillet 2013

Il vous observe



C'est un gars du Nebraska que j'ai rencontré à l'étranger, non pas aux États-Unis, son pays, mais en Argentine. Il s'y promenait, à la recherche de je ne sais quoi, le calme, la tranquillité, la paix, les gens, vrais et authentiques, il disait. Lui plutôt, je crois.

Nous avons passé quelques jours ensemble sur la route qui va de San Luis à Mendoza, dans la province de San Luis (c'est original). La route se poursuit à l'ouest vers Santiago du Chili à travers la cordillère des Andes. J'y allais, moi, là-bas. Lui a bifurqué vers San Juan, dans la province de San Juan (c'est original). Il comptait traverser les montages plus au nord, à des altitudes plus élevées, et virer vers l'Atacama, le désert au ciel pur. Je n'avais pas le temps de l'accompagner.

Mais ces quelques jours, cinq au total, que nous avons passés ensemble me furent très agréables. Les marches comme les arrêts comme les bivouacs. Il avait de la discussion et savait se taire. Il pouvait se montrer fin ou balourd. Discret ou direct. Sensible ou fermé. Son humour amusait. Il ne riait pas tellement comme on s'esclaffe mais tournait les choses à la dérision, lui en premier. Il marchait d'un bon pas, son sac porté haut sur le dos. Il sifflait, souvent. Il nageait dans les cours d'eau, savait pêcher avec trois fois rien et faisait frire le poisson. Il mangeait avec les doigts, se rasait rarement et ne se changeait pas souvent. Mais il ne manquait pas de remonter sa montre tous les soirs.

En définitive, je ne sais pas grand chose de lui. J'aurais même du mal à me souvenir nos discussions et ses propos. Je retiens un esprit, une présence, une voix et un regard. Un regard qui vous observe.

Je ne sais pas ce qu'il est devenu. Je n'ai plus rien su de lui après la gare de Mendoza où il a bifurqué. Il m'avait laissé une adresse en poste restante, n'a jamais répondu. Me reste ce que j'écris ici, deux ou trois photos, celle-ci prise devant un feu, mal exposée, mal développée, mal tirée et mal conservée, et encore sa main qui me salue et sa bouche qui dit : "Mec, c'est tout comme ça : content de t'avoir connu. Je te les souhaite, le courage et la chance. Bon et bonne, pour tout ! Bye !" (c'est original).

A quel point j'y crois

Ai-je déjà tapé ici que je conçois l'écriture comme une activité plutôt manuelle ?

Bien sûr, il faut réfléchir. Comme lorsqu'on construit un meuble, répare une lampe ou invente une machine, la brouette à moteur par exemple. Car ce n'est pas parce que l'on utilise des mots, les mêmes mots que ceux de la pensée, que l'écriture est une activité intellectuelle.

Dirait-on de la musique que c'est une activité intellectuelle ? De la sculpture et de la photographie ? Du cinéma ?

Pourquoi en serait-il autrement de l'écriture ?


Est-ce la matière triturée ou les processus extérieurs et intérieurs qui font qu'une activité se range dans la catégorie intellectuelle ou dans la catégorie manuelle ? (Pourquoi d'ailleurs les opposer ? Ne vont-elles pas main dans la main, tour à tour et ensemble ?).

Le résultat peut-être ? Mais je ne suis pas de ceux qui développent des thèses. Si je le fais - car je le fais (ici par exemple), c'est un prétexte. C'est la pluie pour mettre son nouveau manteau. C'est mettre son nouveau manteau pour sortir. C'est sortir pour prendre l'air. C'est prendre l'air pour voir les choses différemment (la pluie pour porter un regard neuf. Regarder). Je ne crois pas aux thèses. Je n'y crois pas plus que ça. Ou dans l'instant, je peux être convaincu, oui. Mais plus le lendemain. Et j'oublie. Puis je me souviens. Et ça passe. Je ne m'y arrête donc pas vraiment.
Ainsi : si je développe ici une thèse, ce n'est pas une thèse que je développe.

 
(Hier, j'ai croisé un Africain qui portait des chaussures en simili-cuir (peau et poils) à motif léopard. Y croyait-il, lui ? Et qu'est ce que ça pouvait, putain, vouloir dire ? Est-ce que les Danoises vont dans la rue avec les jambes entortillées dans des queues de poisson ? Mystère).


Quand j'écris, évidemment je réfléchis. Je pense ce que je vais écrire - même si c'est déjà bien là, prêt. Je discrimine. J'opère des choix à travers mes idées. Je pèse certains mots, je les sélectionne. C'est un travail intellectuel.


(Il avait une grosse pile de journaux sur les genoux. Des journaux de la veille et des jours d'avant. Dans un des articles, il était question de jardins exotiques à Roscoff. Est-ce qu'il comptait aller y foutre quelque chose là-bas ? Et quoi ? Ou bien ça l'intéressait tout simplement ? Ou c'était qu'il voulait tout lire et rien rater, pas la moindre ligne. Est-ce que les Danoises lisent leurs guides touristiques dans leur entièreté ? Mystère).

Mais ces mots, pour qu'ils vous soient intelligibles, je les tape sur le clavier de mon ordinateur (après les avoir griffonné sur les pages de mes cahiers). Et ces mots, pour les choisir, je les goûte. Et ces phrases, pour les construire, j'en soupèse la structure. Je les façonne comme on bâtit : je prends la matière adéquate et je dispose ; je déplace ; je démonte et remonte. J'allège. Je simplifie. J'épure. Tout cela, je le ressens physiquement, comme si je m'affairais sur des parpaings, de la brique, de l'acier, du bois. Poutres en métal, tuiles sur le toit.
Je me permets quelques expériences : long portant sans haubans. Ça ploie. Jeux de parois. Ça rythme. Petit dégagement sur le vide, ça tend. Passe-moi la truelle ! Allons prendre un verre, il fait chaud !

Est-ce qu'on dira que le menuisier, le maçon, le couvreur ou le charpentier font des métiers intellectuels ?(Peut-être aimeraient-ils qu'on leur reconnaisse ça ?).


(Il est sorti du métro en trombe. Wouf ! Une fusée. Ses chaussures léopards qui courent vite et sautent haut aux pieds. Sa pile de journaux des jours passés sous le bras. Mais pour aller où ? Pas à Roscoff en tout cas - c'était pas la bonne station. Est-ce que les Danoises sautent du wagon comme ça, sans se prendre les pieds dans la marche, avec leur queue de poisson et pas à la bonne station malgré leurs guides sérieux et complets ? Mystère).

L'écriture est une activité manuelle, physique même, mais une activité manuelle et physique même qui ne vaut pas la manipulation du béton pour transpirer et brûler des calories.

Une prochaine fois, je tenterai de vous expliquer en quoi je conçois la course à pieds comme une activité intellectuelle.

(Voyez à quel point j'y crois).

jeudi 25 juillet 2013

Une idée de certaines choses - et encore

Quand on regarde deux personnes en couple, il est impossible de savoir pourquoi elles se sont appariées.
La beauté ne fait pas tout. L'intelligence non plus. Ni l'humour, ni l'argent ou le statut social. Peut-être le sexe mais ce n'est pas sur.
C'est ce qui concourt au mystère de l'amour (si tant est qu'il y a, mais supposons).
Pour autant, il a fallu trouver dans l'autre quelque chose qui résonne en soi, inconsciemment, quitte à se l'expliquer de façon raisonnée.
La question du moment, et de l'état d'esprit à cet instant, joue probablement un rôle crucial.
Je ne sais pas en déterminer les composantes et la portée.
L'effort de perception et de réflexion à l'heure où j'écris m'est trop difficile.
J'imagine que l'état affectif en ce qu'il ouvre aux émotions, qu'il permet l'attention, qu'il rend disponible à la perception, qu'il fait entrer l'image de l'autre dans ses propres conceptions, sans tension, sans jugements exagérés, sans refus donc, qu'ils les fait cohabiter, coller même, n'est pas sans importance.
Mais je suis bien sur que l'instant qui nous surprend nous fige de façon mnésique dans notre être. Mémoire à laquelle on se rapportera ensuite mentalement (inconsciemment), s'imprégnant de notre sentiment, celui-ci né tourné dans une direction.
Son intensité aura tout loisir d'augmenter dans les heures, les jours, les semaines suivantes, sur cette ligne tracée et nous envahir, corps et âme.
Puisque la porte est ouverte.
L'autorisation donnée.
Les forces engagées.
L'amour (si tant est qu'il y a, mais supposons) encouragé.
(Cette fixation évolue probablement, modifiée ou remplacée au fil du temps.
Devient caduque aussi, se perd, ce qui nous fait voir l'autre différemment).
De tout cela, en réalité, je ne sais rien vraiment (n'ayez jamais l'idée de prendre mes assertions au pied de la lettre, mes tentatives de théoriser au sérieux - je suis un imposteur. Si vous me voyiez à cet instant, vous n'auriez aucun doute : je suis affalé dans mon fauteuil, en short, mes pieds nus posés sur le rebord de la fenêtre, sirotant une bière, dictant ces mots à ma secrétaire, elle sérieuse et concentrée, appliquée - elle sourit, replace ses lunettes sur son nez, m'enjoint de reprendre le fil de ma démonstration et je m'y plie. Je bois une nouvelle gorgée, pose la bouteille sur une pile de livres, Agee, Bellow, Loti, Schwarzenbach, Padura, Oates et Kessel énumère-je rapidement rien que pour le plaisir de voir ses gentils doigts cavaler sur les touches du clavier, me lève et lance un disque. PJ, O'Rourke ou Belin ? On les a déjà tellement écoutés ! Burger, allez. Je fais quelques pas à travers la pièce, tombe sur une facture d'électricité à payer, tords la bouche, reprends ma marche, brève, me gratte la joue, poilue, inspecte une plante - crassula ovata, pas exigeante, facile à cultiver - posée sur une commode, peinte en bleu orage, double couche, et vernie. Je cale, je sèche. Où en étais-je ? Tu faisais quelques pas. Ah, oui ! Je fais quelques pas et dis) :
Mais : il n'y a donc pas tellement à s'interroger sur les raisons qui ont lié deux personnes mais constater la joliesse de ces appariements, quels qu'ils soient, leur intensité, leur contraste, les formes et les couleurs, leur intérêt, leur utilité ou leur nécessité, observer cela comme on regarde une photographie.
Peut-être.
On danse ?
Là-dessus ?
Pourquoi pas ?
Pas évident !
Mais si, regarde.

mercredi 24 juillet 2013

Comme on est fait - de ces détails

Ils étaient devant moi et me paraissaient contents et satisfaits d'eux-mêmes. Ou plutôt, j'étais devant eux, presque au garde à vous, à la portière de leur véhicule utilitaire.

J'en tenais une bonne. Ils me réprimandaient pour mon comportement. Ils me demandaient, inquisitoirement, si à mon âge je n'avais pas mieux que ça à faire.

Et je me revois : tandis que je parlais aux flics, j'écrivais un message sur mon téléphone. Ce qui m'ennuie aujourd'hui, c'est que je n'arrive pas à me souvenir quoi et à qui.

vendredi 19 juillet 2013

Ça parle en moi

Il sentait la clope à plein nez.

Il était poilu.

Il écoutait de la musique au casque, forte.

Il était tout maigre.

Il avait le corps tremblant et le regard vacillant.

Mes impressions m'ont dit :

"Drug is food".

jeudi 18 juillet 2013

Ernesto C.

Longtemps, j'ai marché de bonne heure.
Dans les rues, je courais les bancs et y sautais, tantôt pour m'y asseoir, tantôt pour m'y allonger.
Parfois, c'était une chaise abandonnée, un tas de cartons, des sacs, un tapis, une commode, qui appelaient mon séant.
J'avais plaisir à goûter la ville, dans ces dimensions-là qui ne sont pas des plus courues, sinon partagées par les pigeons et les clochards, seul en ces lieux.
J'y humais l'air, chargé d'embruns qui, à mon esprit, résonnaient de promesses.
Celle du repas d'après la promenade, sardines grillées, pommes frites, tomates juteuses et fromages salés.
Oui, dès le matin.
Celle de ma maîtresse, aux doigts fins, aux mains agiles, aux bras menus, à la silhouette élancée, mais les yeux grands, les cheveux longs, les lèvres charnues et le sourire et le regard et les mots, attentionnés, doux et éclatants.
Oui, à quelque heure du jour et de la nuit.
Celle d'une nouvelle journée qui se dessinait, vide, pleine, identique, originale, pérégrinations, siestes, rencontres et labeur sans doute, ou tout comme.
Oui, ainsi.
D'hier à aujourd'hui, et demain, je l'espère, encore.
Je ne me pose pas de questions.
Le temps m'est infini et ne s'arrêtera que quand il s'arrêtera.
Ce jour où sautant, glissant, chutant, molesté, percuté ou apoplectique.
Une veine éclatée, le sang écoulé, ma conscience fuite.
Sur un pavé qu'on lavera.
Ce que je ne me souhaite pas de sitôt car, demain, j'ai encore à marcher et aux premières heures.




lundi 15 juillet 2013

Je sais qui c'est moi

Elles m'avaient interpellé à la sortie du restaurant.
Elles voulaient connaître le nom du dessert que j'avais mangé.
Je n'en avais pas la moindre idée.
Ça les avait estomaquées, qu'on puisse manger quelque chose sans savoir comment ça s'appelait.
Ou c'était mon manque de curiosité qui les déroutait.

J'avais dit : "Qu'importe ! La prochaine fois, je prendrai autre chose".
Elles avaient haussé les épaules.

Depuis, quand elles m'apercevaient, elles se poussaient du coude, se marraient et me montraient du doigt :

"Hey, look : the Pudding Man !"

Je sais pas qui c'est moi

J'ai bien fait de me rendre à l'étranger.
On me prend pour quelqu'un d'autre.
On me sourit.
On vient à ma rencontre pour me serrer la main. On tente de me faire la bise.
On se prend en photo avec moi.
On me passe le bras sur l'épaule.
Je signe des autographes.

Je ne sais pas qui je suis.
Mais ce n'est pas moi.

mardi 2 juillet 2013

A l'évidence (6)

Je ne savais pas quoi manger et j'ai découvert les oeufs.

Vous connaissez les oeufs ?

Épatant comme produit.

Ils en vendent au supermarché, en bas de chez moi.

J'ai acheté une grosse boite. Douze oeufs.

Il paraît qu'on peut les cuisiner de multiples façons.

Je vais me renseigner. Je vais essayer.

Franchement, si j'ai un conseil à vous donner ce soir : les oeufs !

Ne passez pas à côté.