vendredi 30 août 2013

Instant (11)


 
 
 



Je n'avais pas mis longtemps à comprendre qu'elle se barrait pour de bon.
Elle avait fait un sac léger, deux - trois fringues, des culottes, des t-shirts, et avait claqué la portière de sa vieille Ford cabossée.
Elle partait en reportage, avait-elle annoncé.
Sans un regard.
Elle avait mis le contact, baissé sa vitre, passé la première et accoudé son bras nu, quelques gentils poils blonds frémissant sous l'air doux du matin.
Sans un regard, clair si souvent.
Sur le seuil de la maison, le doute m'était tombé dessus.
Elle se barrait pour de bon, ouais !
Rêvassais-je, à demi-assoupi, me balançant dans un hamac du bout d'un pied rappant le sol, par un chaud après-midi ensoleillé à peine rafraîchi de quelques déplacements d'air à travers la campagne.
Tournant les phrases, tâtant les mots, cherchant des lignes de fuite.
Je tenais une scène, peut-être un personnage mais aucune histoire, rien qui suive.
Sans doute, on verrait la Ford tourner au bout du chemin et disparaître à l'horizon.
La fille allumer une clope. Ou tourner le bouton de la radio. Froncer les sourcils. Se jeter un œil dans le rétroviseur intérieur. Passer une main dans ses cheveux ou essuyer un peu de rouge au coin de ses lèvres. Et...
Sans doute.
A mon oreille, vrrrrr... vrrrr... faisaient les roues d'un skate sur le béton.

lundi 26 août 2013

samedi 24 août 2013

jeudi 15 août 2013

Instant (7)

Dans le train, je ne voulais pas poser mon livre sur le siège pour aller pisser.
Je lisais "Herzog" de Saul Bellow, ça me paraissait devoir faire prétentieux. Personne en France ne lit plus "Herzog" (je crois qu'il a longtemps été épuisé).
Aux chiottes, j'ai posé le livre sur la tablette et j'ai pissé.
J'ai pris tout mon temps pour pisser, la cuvette était encombrée de papier, je me chargeais de le faire descendre et l'évacuer. Je pissais dessus. J'avais très envie. Le papier a disparu et j'avais terminé.
J'ai tiré la chasse.
Je me suis lavé les mains.
Je me suis essuyé les mains avec un bon gros paquet de papier.
Je l'ai balancé et, ainsi, j'ai rebouché la cuvette.
J'ai retiré la chasse. Ça a fait gonfler le papier.
J'ai refermé le couvercle.
J'ai récupéré Bellow sur la tablette et suis sorti des toilettes.
Quelques uns attendaient.
J'ai dit pardon, je lisais.
Dans mon dos, j'ai entendu Bellow aux chiottes, quel prétentieux !

Instant (6)

Elle déchirait son plan de la ville en longues bandes en suivant les plis avec attention.

Elle avait fait six petits tas bien plats qu'elle rassemblait ensuite en un seul, inséré dans un cahier, remisé dans son sac.

C'était une drôle de façon de ranger une carte.

mardi 13 août 2013

Instant (5)

Ils étaient côte à côte
Un homme une femme
Jeunes encore
Le visage mangé par de très grosses lunettes aux verres fumés.

Des masques sur la tête
D'un carnaval grotesque.

vendredi 9 août 2013

Instant (4)

"Allo !

Qui parle ?

C'est qui ?

C'est qui qui parle ?

Je ne vous comprends pas.

Je ne sais pas à qui j'ai à faire".



Et il raccroche.

jeudi 8 août 2013

Instant (3)

Il est styliste, il a fait deux AVC (le dernier en janvier ; le premier l'avait maintenu une semaine dans le coma), s'est vu poser un défibrillateur, dessine encore et dirige une société, et c'est aujourd'hui l'anniversaire de sa fille de huit ans. De huit ans, oui.

"La vie, c'est solide. Mais il faut prendre le temps de la vivre", dit le vieil homme.

mercredi 7 août 2013

Instant (2)

Il avait un tatouage à l'intérieur de l'avant-bras
Inscrit "Marcelo Andres"
En très grosses lettres.

Instant (1)

Elle souriait, elle souriait, elle souriait
Toute à son monde intérieur.

Drogue, alcool, tempête
Les yeux vides
Perdue, enfermée.

samedi 3 août 2013

Chance


Quand on trouve un trèfle à quatre feuilles, la chance ! la chance !
Et, avec de la chance, on trouve d'autres trèfles à quatre feuilles, deux, trois, quatre, plein de trèfles à quatre feuilles.
Pour le reste, l'argent, l'amour, l'amitié et les jeux, je ne sais pas si ça fonctionne.

(Ceci dit, c'est peut-être de la luzerne).