mercredi 31 décembre 2014

Nick

Ah, tu sais mon pote, la vie à la campagne, il n'y a que ça de vrai. Ce matin, on a abattu un arbre. Un vieux chêne, tout crevé de l'intérieur et dont les branches menaçaient de tomber. Tantôt, on ira déneiger le chemin qui mène à la ferme de la vieille Marie. La grande maison à droite quand on monte vers l'Escarpic. Tu vois ? On se couche tôt après avoir dîné devant le feu qui brûle presque toute la journée dans la cheminée. On dort à poings fermés. On se lève avant le jour. La nature s'offre à nous. Fini la vie de patachon, les soirées alcoolisées qui ne se terminent que le surlendemain, le boulot en sous-marin, écoutilles fermées, le brouillard et la nausée. On respire. J'ai retrouvé ma silhouette de jeune homme. L'effort physique conjugué à la concentration mentale ont poli mon corps et mon esprit. Je revis. On est entre nous, les gens du hameau, ouverts sur l'extérieur, accueillant à qui vient à passer. Il y a des bêtes. Chiens, chats et lapins. Moutons et âne. Et le décor : aujourd'hui ces collines blanchies et moelleuses, hier vertes ou jaunes, doucement réchauffées ou écrasées sous le soleil. Les arbres qui bruissent dans le vent. La terre, ocre, qui nourrit à peine son homme mais que tout le monde chérit et à laquelle on voue un culte presque magique. Il y a la lune et le soleil, il y a les étoiles dans ces nuits de ciel pur. Il suffit de se planter sur le pas de la porte pour sentir la magie du monde. Le sourire quitte rarement mes lèvres, la joie est dans mon corps. La vie, ici, est dure. Mais elle vaut ces efforts. Cette vie est notre vérité, à nous qui l'avons cherchée et trouvée. Ami, on t'attend. Viens y goûter.

mardi 30 décembre 2014

Richesse du tout

Il y eut elle
Et puis il n'y eut plus elle
Mais la mélancolie,
La tristesse et la crainte,
Qui, je le compris, étaient là avant,
L'accompagnant,
Promesses de mon désir,
Salaires de sa réalisation,
Tout,
A prendre ou à laisser,
Elle et les sentiments d'elle,
Elle et les sentiments de plus elle,
Tout,
Non négociable,
Qui, je le compris, n'était plus à éviter, fuir ou résoudre,
Mais s'accueillait, richesse des relations qui se nouent.

mardi 16 décembre 2014

Du coup

- Et tu vas faire quoi, du coup ?
- Bah, du coup, je sais pas.
- Ah ouais, du coup !

(Peut-être un peu facile, du coup. Mais pourtant l'expression est bel et bien là, présente. Aux plus âgés ce qu'est un peu le "genre" qu'on entend de nos jours. Genre du coup).

samedi 6 décembre 2014

La Flasque et La Fume - 3

La Flasque 3 est en ligne et c'est assurément une bonne cuvée.
Disponible à l'adresse habituelle.

mercredi 3 décembre 2014

En arrière

Souvenirs aiguisés à la pierre
Des dents mordant la chair.

vendredi 28 novembre 2014

Mousquetaires

Congrès d'aveugles
Bataille de cannes.

mercredi 19 novembre 2014

Constat - 3

Et moi, je ne savais quoi penser
Qui tiendrait la route
Tout se bousculait
Et pas l'une ne valait mieux que l'autre
Brouhaha.

Quelque chose devait rompre
Pour abandonner
Car, derrière ce fatras, quoi
Qui dirait-il quelque chose
D'assuré, véritable, vrai, sur lequel poser le pied ?

Non.

Pourtant c'était la seule issue
Rompre, se forcer, avec les habitudes d'à tourner
Qui ne fonctionnent pas, répètent et répètent
Voir surgir une ligne directrice, force et poussée
Du bonheur.

Et pas son idée.

Constat - 2

Les pensées vont vers le connu
Vieux, ancien, souvenir
Et jamais ne se laissent aller à disparaître pour laisser place.

Pressentiment d'une vague,
Puissante, de toutes les sensations tenues à l'écart
Monde nouveau et frais
Tenant bouche bée.

dimanche 16 novembre 2014

Constat

Les pensées chassent en meute.

dimanche 9 novembre 2014

La Flasque et La Fume - 2

Ça va devenir une habitude mais quand on voit ses amis s'engager sur le chemin de la gloire internationale, on a à coeur d'ajouter sa pierre à l'édifice, placer sa balise sur le trajet, jeter son caillou dans le puits, qu'on puisse croire y avoir contribué, et en être remercié, et toucher un peu du gros lot : le numéro de novembre de cette magnifique émission radiophonique qu'est La Flasque et La Fume est en ligne.

.

A vos oreilles chéries.

samedi 8 novembre 2014

Ça tient à peu de choses, un peu de bruit, une mauvaise diction, l'oreille dure et le cerveau embrouillé. On traîne ça longtemps

Toute la soirée d'hier, j'ai demandé que la serveuse me refile de la Super 9.
On m'en avait mis une bouteille entre les mains.
La musique jouait à plein tubes.
On m'avait dit : de la Super 9 !
En articulant.
Je trouvais ça vachement bon.
J'en voulais une autre.
Je retournais au bar. De la Super 9 !
C'était acide et frais.
De la Super 9 !
Bourré d'alcool et plein d'arômes.
De la Super 9 !
Il m'a fallu du temps.
De la Super 9 !
Pour regarder la bouteille.
De la Super 9 !
Considérer l'étiquette.
Lire : Smirnoff.
Toute la soirée d'hier, la serveuse m'a accueilli avec presqu'un rire.

jeudi 23 octobre 2014

Sur la route

Fait cette nuit un rêve en italien.

Artiste, j'étais interviewé par des correspondantes étrangères dont je ne me souviens plus si les langues parlées étaient l'allemand, l'anglais, l'hébreu ou l'espagnol. Toujours est-il que nous conversions en italien.

Et je me débrouillais plutôt pas mal, faisant de l'humour même, et suscitant l'admiration de mes interlocutrices.

Je me souviens que j'éprouvais un réel plaisir à cette conversation, assis dans ma chaise longue au marché des arts, où galeristes, critiques et collectionneurs venaient me claquer la bises, et elles là-bas dans le téléphone.

Le ciel était clair et l'air frisquet, à peine réchauffé par un soleil d'automne (ou de printemps, on peut les confondre parfois, seule notre horloge interne sachant si les jours raccourcissent ou s'allongent).

J'avais cette agréable conversation, où l'on m'encensait, quand quelqu'un est venu me dire à quel point il aimait mes oeuvres, et j'ai fait une faute d'accord. J'ai fait une faute d'accord dans mon italien jusque là parfait, dans ma conversation jusque là parfaite, dans mon monde jusque là parfait. Un adjectif que j'ai laissé au singulier alors que le pluriel s'imposait.

Une simple affaire d'adjectif et mon rêve a beugué (ou buggé, comme l'on veut, je suis prudent).

Je n'ai eu ensuite de cesse d'essayer de corriger cette erreur et me rappeler les bonnes règles de grammaire et j'y arrivais, e au feminin pluriel, mais je devais immanquablement recommencer.

Autant dire qu'il n'était plus question de se faire claquer la bise, de charmantes correspondantes et leurs voix chatoyantes, de chaise longue, de marché des arts, de ciel clair, pur et limpide, d'air frais et de rayons de soleil dans le jour inclinant ou déclinant, d'oeuvres et de gloire. Il n'y avait plus que ce e qui était resté a et pourquoi pas un o ou un i ou un autre mot !

On peut aspirer à la gloire, et en italien, les rêves restent bien fragiles, tributaires d'un détail, détail qu'on aurait peut-être pu maîtriser, qu'on aurait su maîtriser, mais voilà un monde inconnu et des forces occultes, et tout déraille.

Oh, déraille, pas tant que ça. Retour au mot, à la règle, à sa transgression et au souci de la précision. Mon presque quotidien et jusque dans l'inconscient. Qui travaille, c'est une bonne nouvelle, compagnon probablement le plus efficace pour la réalisation de ses aspirations. Lui donner du champ, la bride abattue sur l'encolure. Cramponner une selle qui n'existe pas.

Allez, hue !

mardi 21 octobre 2014

La Flasque et La Fume

C'est sous une pluie drue d'automne et dans un manque total d'inspiration pour mes projets personnels, qu'ils soient d'écriture ou de photos, que je tiens à rapporter ici l'expérience radiophonique d'amis à moi.

Ça se voit ici et  mais surtout surtout ça s'écoute .

C'est volontairement potache, c'est plein d'énergie, c'est souvent drôle et c'est bourré de bonne humeur et de joie. Je dirais même, pour reprendre un bout de leurs échanges, qu'on y perçoit la tendresse et l'amour. On y entend les verres tinter et on y hume la fumée, ça s'appelle La Flasque et La Fume et ce n'est pas pour rien.

Longue vie !

mercredi 8 octobre 2014

Burnes out

Reçu aujourd'hui à 13h24 :

"Cc bjr sa vas esce possible de vous parler et de se presenter je suis celib jeunne brun 1 m 63 m pour 45 kg et vous ??"

Je me demande qui est allé coller mon numéro de téléphone sur les murs crasseux des chiottes d'un bar louche où croise la faune interlope.

S'est-il demandé, celui-là (ou celle-là) si j'ai envie d'enfiler (ou me faire enfiler par) un jockey ?!

lundi 29 septembre 2014

Je ne te comprends pas

Où étions-nous, je ne me souviens plus
La jungle nous entourait et le brouillard était descendu
On n'y voyait pas à trois pas
Pourtant tu avançais avec assurance
Tu te frayais un chemin entre les lianes, par dessus les trous d'eau
Tu sautais les arbres morts et évitais les branches basses
Comme si tu connaissais ces lieux depuis toujours
Et tu riais. Tu riais
Quand je n'en menais pas large
J'aurais voulu aller comme ton rire, et j'étais retenu par le froc, et mes chaussures collaient et s'engluaient, et ma tête butait et cognait, et mes bras étaient empêchés et griffés
Bon Dieu, ce rire dans cette jungle qui...
Me glaçaient le sang
Me rendaient fou
Me faisaient perdre la tête
On n'y voyait pas à trois pas, je ne savais pas où j'allais
Seule ta voix
Devant moi
Pour me guider me perdait
Et tu riais, tu riais
Décidément, je ne te comprends pas.

mercredi 24 septembre 2014

Ou

S'émouvoir en compagnie.

Heureux soit qui y pense

Se réjouir
De la capacité qu'à l'autre
A vivre sans nous.
Mettre un peu de cul là-dedans.
Bon courage !

mardi 23 septembre 2014

Pas de porno pour les lève-tôt

Elle me tripotait les couilles tandis que je faisais ma prière
Son ventre plat collé à mon dos
Sa langue sur mon oreille
Nous étions à genoux dans la sacristie
Et le réveil a sonné.

mercredi 10 septembre 2014

vendredi 5 septembre 2014

Tout va bien, je suis crevé

Je suis sujet aux insomnies.
Elles ne me dérangent pas.
Je me réveille dans la nuit, après quelques heures d'un premier sommeil. Un bruit, un mouvement, un rêve auront suffi.
Je ne suis pas du genre à allumer la lumière, me lever, passer une robe de chambre, arpenter mon appartement de long en large, attraper un livre, avaler un verre d'eau. Encore moins fumer ou boire. Ni non plus observer la rue à travers un rideau écarté, regarder la télé ou m'installer devant un ordinateur.
Non, je ne bouge pas, je ne fais rien. Je fais encore plus rien que quand je dors. Je garde même les yeux fermés. Je ne pense pas et, si je pense, ça m'est égal. Je suis attentif. Alors s'ouvre devant moi un monde aux espaces sans fin.
Il s'étend du chat qui miaule dans la cour jusqu'au tic tac du réveil, de la petite démangeaison qui me titille au bras à l'odeur de la terre arrosée par la pluie. Il va de l'absence de tout jusqu'à son emplissement total par un rien. Il est large, long, profond et j'y suis non pas au centre mais partout, en chacune de ses parties qui m'alertent de leur moindre mouvement.
Là, je repose serein et tranquille, vague et détendu, alerte et réceptif, et au dehors passent les heures qui font vos nuits.
Qu'un jour un médecin, alerté par mon air fatigué, ma pâleur, mes cernes, mes vertiges et nausées, mes trous de mémoire et mes confusions, décide de se pencher sur mon cas et prenne en main de me remettre sur pieds en commençant bon sang de bois ! par me faire retrouver un sommeil de plomb et j'en serais navré.
Tout va bien, je suis crevé.

mercredi 3 septembre 2014

Fin de soirée


Tragique. Deux talons brisés, des bottes abandonnées, un t-shirt déchiré et une culotte tire-bouchonnée. Sans parler de la bouteille éclatée et du champagne répandu mais c'était plus loin. 

Et l'on voyait un grand manteau hésiter de droite et de gauche, rebondir contre un mur pour revenir appuyer une manche contre l'épaule du grand échalas qui, parfois, tentait de le retenir par un pan.

Et l'on voyait des pieds aux plantes noires marteler le pavé sans penser au caillou et à la douleur.

Mais de la jupe, on ne sait rien.
Rien.


dimanche 31 août 2014

Hop, en avant

Percevez-vous comme une phrase peut prendre appui sur un mot, accélérer, puis perdre de sa vitesse jusqu'à dévier de sa route, et reprendre appui sur un autre mot comme des coups de pagaie font avancer un canoë ?

C'est l'idée qui me venait à l'esprit en regardant la jeune femme assise à la place qui me faisait face. Elle avait les yeux clairs. Grands et clairs. Ses cheveux étaient noués en une tresse négligée qui lui tombait sur l'épaule. Parfois, elle s'étirait. Mais, le plus souvent, elle était plongée dans la lecture d'un ouvrage politique. De mon point de vue, celui-ci ne devait pas avoir grand intérêt. Peut-être même sa lecture n'était pas utile et sa rédaction un peu vaine. Mais, sans doute, il devait avoir valeur de passage obligé pour son auteur, disparu des écrans depuis qu'il avait perdu son ministère. Elle avait le front dégagé et portait des lunettes épaisses ; elle arborait en permanence un léger sourire et une sorte de petit double-menton tranchait franchement avec son allure générale de grand brune maigrichonne, superbe, forcément superbe.

De mon côté, tournant ces idées dans ma tête et tentant de les transcrire sur le papier, il me semblait que j'avais beau donner des coups de rames dans mon texte, ahaner en appuyant à gauche puis à droite, je n'avais pas tellement l'impression d'avancer mais bien plutôt celle de tournoyer.

Le bouquin venait à peine de paraître (son exemplaire était dégueulasse, corné et tâché ; j'avais cru à un ouvrage un peu ancien, tourné, manipulé, abandonné sur un plan de travail, maculé d'encre à force de plumes mises à sécher dessus), m'indiqua-t-elle. Pourquoi elle le lisait, je ne le lui ai pas demandé. Car, en réalité, elle était à peine aimable. Je me suis pris à penser qu'elle était la nouvelle compagne du sémillant politicien, elle se devait de connaître et analyser toute sa prose. A la limite, une de ses étudiantes. Une de ces étudiantes fans de leurs profs. Qui les attendent dans le couloir, à la sortie des cours. Leur proposer... dans l'espoir de...

Mon texte allait au ralenti et prenait une trajectoire qui n'était plus du tout la sienne et je ne voyais plus que des tourbillons et des rapides pour le secouer un peu et lui donner de l'allant.
Quelque part, un enfant pleurait et, dans ma conscience, ses plaintes se rapprochaient.

J'aurais pu l'espérer mais il ne me sauvait pas. Ce n'était pas la cascade attendue.

Ses cris étaient rauques et puissants. Désagréables et pas près de s'éteindre. Ils saturaient l'espace sonore, du côté de mon oreille droite.

Du côté de mon oreille gauche, et dans le cerveau alentours, je m'émerveillais de constater comment cette fille et son bouquin magiques avaient donné à mon esprit l'idée des coups de pagaie.

Mais plus l'enfant pleurait et plus c'était vers la Bretagne que je me portais. Un coquillage vrillé à mon conduit auditif.

Percevez-vous comme une phrase peut reculer, nous forcer à la suivre, nous emmener pour inverser son cours et revenir vers nous, pour nous prendre et nous saisir comme les vagues, sous l'effet de la marée, nous mouillent et nous glacent les pieds ?








jeudi 28 août 2014

dimanche 10 août 2014

Obscur et clair. Regarder au bon endroit. Laisser filer

Je ne comprenais rien.
C'est ce qui me venait à l'esprit quand je fouillais mon esprit.
Je pensais à la façon dont on vit. Les caractères sociaux, affectifs, amoureux, sexuels, pratiques, de nos vies.
Je ressentais les sautes d'énergie à travers mon corps. Là où elle filait, là où elle bloquait. Là où elle se concentrait et où je pouvais croire qu'il y avait moi.
Mais nulle part il n'y avait rien d'autre que de l'énergie et de l'énergie qui se transformait en tension nerveuse, qui provoquait des douleurs musculaires ou qui irriguait des pensées.
Je me disais ce dedans qui fait écho au dehors, ces deux qui vont de pair et au milieu, en suspens.
Quoi ?
Une attention et une sensibilité.
Je prenais connaissances de mes faiblesses, exagérées par une trop grande prudence, j'évaluais mes forces, négligées faute d'être assez laissées à leur expression, simple et directe.
Et il aurait fallu que tout cela fasse de moi un chef d'entreprise ou un ouvrier ; que cela me porte vers la bienveillance ou nourrisse de la méchanceté ; que ça me soulève jusqu'à l'être aimé ou m'en sépare ; que ça tende ma queue et me donne envie de baiser ; que ça me fasse ne pas oublier les lettres à poster, m'oblige à régler les factures et me laisse concerné par les tâches ménagères ; que ça me fasse apprécier la course à pieds, me pousse vers l'art lyrique et m'oblige, oui m'oblige, à ingurgiter trois saisons de séries télé ?!
Non, ça ne se peut pas.
Ceci n'est que le fruit d'une actualisation.
Mais alors ?
Des choix. Un milieu. Une culture. De l'éducation. L'empreinte d'une époque. Les contraintes d'un système. La proximité d'autres.
Et s'essayer à comprendre ça, le pourquoi du comment, les raisons et la logique, tenter de tirer partie de cette hypothétique compréhension pour espérer se mettre à l'abri des peines et coups durs, pour adopter une posture favorable à la réussite la plus sûre, pour améliorer son sort et sa vie, pour donner le change et paraître comme il faut, tout ces calculs qui se font à chaque instant, consciemment ou inconsciemment pour affronter les doutes et construire des certitudes, toutes ces histoires que la petite voix, là, nous raconte pour se convaincre du bien fondé de ses positions et du caractère erroné (déloyal et malhonnête) de celles des autres, tout ce bon Dieu de bordel qui se passe dans nos têtes d'Occidentaux éduqués vivant au XXIème siècle, me semblaient alors ne relever que de la pure inquiétude d'un mental qui ne sait plus faire autrement que prendre son pied dans le grand tremblement parkinsonien et alzheimerien de son fonctionnement réduit aux petites limites de l'ordre et de la signification et, en définitive, être le plus sur moyen de, peut-être, réussir socialement mais, bien plus sûrement, se planter dans les grandes largeurs pour ce qui est de mener une vie, selon la nature véritable de celle-ci et les possibles réels offerts par le corps et l'âme qui l'incarnent.
Car au fond ?
De l'énergie, de l'amour, de la bienveillance, du désir et des actes.
Il n'y a rien à comprendre.
J'en arrivais à ce point, il n'y a rien à comprendre, et me levais du fauteuil où je gambergeais pour aller écouter un disque dont je savais que la musique et la voix allaient faire vibrer cette présence-là.
Avec le sourire.

samedi 9 août 2014

Passe-temps



Quelques difficultés techniques encore à résoudre (le choix certain des matériaux, leurs dimensions exactes, la qualité des peintures), des détails à régler (l'insertion des pièces les unes par rapport aux autres), du matériel à trouver (un petit fer à souder) et des méthodes à améliorer (la précision et la netteté de la coupe, nom de Dieu !) mais de temps passé en temps passé, je devrais arriver à quelque chose d'intéressant.

jeudi 7 août 2014

mardi 5 août 2014

De la réalité, on ne voit qu'une partie. Et le reste, on le raconte

Une grosse montre et des petits seins
La regardant, c'est tout ce que je notais
Et pourtant, elle avait un joli pull et le nez fin
Les mains dans les poches et les cheveux défaits.

dimanche 3 août 2014

Vestiges



J'étais allé dans cette maison à la campagne et j'étais tombé sur un carton plein de vieilles photos. Des photos de mon enfance, des photos de mes parents avant ma naissance, des photos de mes grands-parents, plus anciennes et plus petites encore.
D'abord, j'avais haussé les épaules et marmonné, je jette un oeil mais ça ne m'intéresse pas, pas plus que ça. En réalité, j'ai éprouvé beaucoup de curiosité et un grand plaisir à voir tout ça.
J'étais content de revoir l'image de mes grands-parents, aujourd'hui tous morts, à l'exception d'une seule, qui perd la boule et dépérit dans une de ces maisons où ils perdent tous la boule et dépérissent à grande vitesse.
J'étais curieux d'observer à nouveau les trombines de mes parents jeunes. Mon père, grand et élancé, et sa tête de petit voyou ; ma mère, riante et décontractée, toute en mouvement. Elle était d'une beauté plus éclatante que celle de mon père mais tous deux me sont apparus particulièrement séduisants et pleins de vie.
Quant à moi, je me suis trouvé connu ici et inconnu là. Des souvenirs me revenaient tandis que d'autres clichés me laissaient étonné. J'avais aussi été comme ça.
Chez tous, je reconnaissais ou découvrais ces traits et airs qui font les familles, de ceux qui ont pu disparaître avec le temps chez les plus anciens mais qui sont la trame des visages et allures de nos enfants et, à les comparer, on ne doute pas de l'ascendance. De l'oncle au fils ; chez la soeur et la fille.
Mais surtout, il m'a semblé découvrir une autre vie. Une vie de réunions familiales, de repas arrosés, de rires et de jeux. Aux tables chargés de plats et de bouteilles, j'ai vu des oncles, des tantes, des cousins, des grands-parents, des arrières grands-parents mêmes, et des amis, des amis, accoudés, un éclat de rire aux lèvres, l'oeil qui pleure, le corps qui s'affaisse sur une chaise, le bras sur l'épaule, la tape dans le dos, le verre à la bouche, des instruments joués, des mains qui battent la cadence, ici dans une salle à manger, là sous une pergola, à la plage ou aux sports d'hiver.
C'est comme si, dans ce carton, ils n'avaient fait que ça, tous jeunes, beaux et charmants. Comme si personne, le lundi matin, n'avait dû se lever, le crâne embourbé, pour aller travailler. Comme si personne jamais n'avait ses humeurs et que personne ne se fachait ou pas bien longtemps, en tout cas jamais après le prochain éclat de rire ou pas plus loin que la fin de son verre ou, je te promets, après cette bouchée c'est tout oublié. Je sais bien que ce n'est pas vrai. D'ailleurs de ce monde idyllique, aujourd'hui, il ne reste presque rien. Ce carton et c'est presque tout. La mort, le divorce, la fâcherie, l'oubli, les kilomètres.
Bien des chemins ont divergé et si les uns et les autres ne sont pas plus malheureux qu'alors, ils le sont différemment et avec d'autres. Ils sont par contre, tous, beaucoup moins jeunes.
Je me compte à leur nombre. Mais je ne suis pas mécontent d'avoir découvert que des vestiges de ce petit que j'étais restent là-bas, dans cette maison à la campagne.
Vivant aux souvenirs et présent dans les yeux.

samedi 26 juillet 2014

Interlude

Jeune garçon
Sur son siège
Dans la vitre teintée du train
Se regarde
Tirer les restes coincés
Dans son appareil dentaire
Et les remanger.

(D'autres l'auraient fait avec des crottes de nez. Les enfants, vous savez. Les adultes aussi, parfois).

mercredi 23 juillet 2014

Et pourquoi pas ?

- "J'avais dit non aux chiens dans cette maison. Qu'est-ce qu'il fiche là ?
- Il pleurait au milieu de la route.
- Il pleurait au milieu de la route ?
- Je lui ai gratté l'oreille. Il m'a suivi.
- Et ?
- Il me suit.
- Tu veux finir dehors ?
- Pour pleurer au milieu de la route ?"

mardi 15 juillet 2014

Sans quoi, je bouffe

J'éprouvais un sentiment étrange.
Plutôt, c'était une sensation.
Mais je ne saurais pas comment la prendre pour la décrire.
D'abord, j'avais faim.
Je mettais ça sur le compte de l'ennui.
Je ne m'ennuyais pas vraiment mais je n'étais pas tellement occupé. Ou plutôt je ne savais pas très bien quoi faire. Ou encore il y avait certaines choses auxquelles il aurait été bon que je me consacre (écrire par exemple) mais je rechignais à le faire.
J'avais faim.
Ensuite, je voyais bien que j'étais sujet à certaines appétences. Je me demandais même jusqu'à quel point, y succombant, elles ne vireraient pas aux addictions : bière, chorizo et échalotes.
Je buvais de grandes quantités d'eau.
Mais : qu'est ce que ça cachait, au fond ?

Il y avait cette autre fois où j'avais joué avec cette impression de ne jamais être totalement satisfait, nulle part. Je m'étais mis en situation, visitant seul une grande ville du sud, me reposant en famille au bord de la mer, participant à une réunion d'amis pour un week-end, et scrutant cette idée, toujours, dans un coin de moi, je m'étais trouvé nez à nez avec cette impression d'avoir vite fait le tour et d'être resté en quête, d'autre chose.

Et j'étais tombé là-dessus : faire quelque chose. Oh, pas forcément faire quelque chose qui se voit ! Ça pouvait être assis sur le pas de la porte, jambes croisées ; ça pouvait être bras ballants ; ça pouvait être allongé. Mais c'était m'employer.

C'était rester concentré sur l'écriture d'un texte, la tournure d'une phrase, le choix d'un mot, c'était me fixer dans l'observation d'une scène, d'une sensation, c'était être attentif à un proche, plein de notre commune existence ; c'était courir, nager, dessiner une lampe et la fabriquer ; c'était boire une bière et rigoler. C'était fait de concentration et d'attention et uniquement de ça, sans question.

C'était ne pas penser.
Ne pas penser à moi.

M'employer totalement, c'était user toute l'énergie qui me traverse pour en faire quelque chose, regarder, écouter, goûter, sentir, créer, fabriquer, agir, mais pas penser à moi qui serait en train de faire ça, pas tergiverser sur le comment et le pourquoi, pas m'inquiéter de l'avant et de l'après, prendre les choses dans leur jus, naturellement. C'était être, sans moi. Ce moi était marqué par l'impression de l'insatisfaction. Il avait du en faire l'expérience autrefois (comme vous avez pu la faire vous-même) et c'était maintenant sa mémoire.

Et ce souvenir ennuyant donnait faim.

mercredi 9 juillet 2014

En ces moments-là, d'espace et de temps

Vous savez ce que c'est : en panne d'inspiration, on reprend ses vieux carnets, on relit ses notes.
- "Je ne vois rien, il fait tout noir.
- Allume donc !
- Je ne trouve pas l'interrupteur, il fait tout noir.
- Pourquoi as-tu éteint ?
- Pour voir.
- Eh bien, tu vois : tu ne vois rien !"
Ou.
L'arbre ne se soucie pas des fruits de l'été passé.
Encore.
Elle est assise dans un fauteuil. Elle lit.
Elle lit un journal. Elle lit une revue. Elle lit un livre.
Elle ne lit pas, elle attend.
Et quand il rentre enfin et veut l'embrasser, elle crie :
"Me touche pas, putain !"
Et l'on se demande. On s'interroge. Est-ce que ? Pourquoi ?
On en retrouve aussi, qui dans ces pages.
Son sourire
Marque-page
De mes souvenirs.
Et.
Soleil pâle
Vent tourbillonnant
Cheveux en l'air et chair de poule
Lèvres blanches et mains froides
Il faut s'y faire mon amour.
Par exemple.
Noter ce qui passe. Les situations, les gens, les impressions / sensations / pensées. En soi, simplement. Noter sans noter, comme ça vient, dans son air environnant, et poursuivre sur sa lancée, assis, marchant, roulant, transporté, mangeant, lisant, mais confiant. Un jour, transcrire en mots, quand l'idée a fait son chemin, du dehors au dedans puis du dedans vers le dehors. Petite étincelle, éclaire et chauffe. Il en faut de la tranquillité, de l'abandon, de la confiance, se laisser ouvert et accueillant, prêt et disponible. On le sait.
Mais la vie change. Peut-on tout le temps ? On aimerait. Mais il se peut que parfois, sur la corde, un peu trop.
Faire preuve d'humilité. Accepter. Se montrer patient.
Rilke le dit quelque part. Je viens de le relire. Je ne le cite pas. (C'est dans "Lettres à un jeune poète", passage recopié dans mon carnet numéro 22, février - mars 2011). Rilke écrit des choses intéressantes là-dessus. L'inspiration. La vie.
On en trouvera chez bien d'autres. En principe et en action.
Se montrer patient, garder la foi et préserver l'envie.
Du boulot pour des années. Une vie.
A son rythme, à son rythme.

jeudi 26 juin 2014

Soldes

Dans l'escalator, essouflé : "Il parait que les hommes rendent la vie infernale aux femmes. Mais c'est pas vrai !" Et, le doigt levé, de citer sa femme : "Je suis chez GAP, viens vite !".

mardi 24 juin 2014

Surprise

Considérer la Coupe du monde comme une erreur judiciaire
S'étonnait une voix dans ma tête
Les mains sur ses hanches.

samedi 21 juin 2014

Tout pourrait coller pile-poil, et puis non

Elle lui parle de je ne sais quoi, je n'entends pas. En tout cas, c'est un reproche qu'elle lui fait. Il se défend. "Tu étais sous la douche, je n'ai pas voulu te déranger", dit-il. "C'est la troisième fois", reprend-elle. Il hausse les épaules.

Plus tard, elle se fait plus véhémente et ses mains accompagnent sa critique :
- "Ça pèse super lourd dessus. La tringle, elle est toute pliée. Et toi, tu regardes ça et tu restes les bras croisés. Comme si ça allait se régler tout seul.
- Mais toi aussi, tu les aimes ces rideaux.
- Pfff.
- Je vais mettre une plus grosse tringle.
- Ah ouais ?! Tu crois que ça existe ?!
- Surement.
- T'as fait des recherches, peut-être ?!"
Je le sens désemparé. Elle plaque ses mains sur son visage et souffle.

Ensuite, il sera question d'une session qu'il avait encore fermée et c'est à croire qu'il le faisait exprès.

Jeunes, le gars avait l'allure plutôt charmante mais la nana ne l'était pas du tout. La vingtaine passée, elle donnait encore l'impression d'une enfant mal dégrossie. Qu'est-ce qui les tenait ? Je me le demandais. Il y avait derrière le gars une fille plutot jolie. Sans doute était-elle célibataire et cherchait un compagnon.

Alors ?!

lundi 9 juin 2014

VP3


Il y avait là plusieurs milliers, dizaines de milliers, de photographies. Elles avaient été balancées en tas sur quelques mètres carrés de plancher. On pouvait se plonger dedans. On pouvait fouiller. On pouvait chercher et trouver. On pouvait chercher et ne rien trouver. On y passait du temps. (Ou très peu, selon qu'on était curieux ou pas, intéressé ou pas, chanceux ou pas, satisfait et rapidement comblé ou pas...). Je suis resté plus d'une heure. J'ai brassé, épluché, des dizaines ou des centaines de photographies, des photographies populaires, portraits, paysages, lieux de vie, anonymes pour moi, familiers pour leurs auteurs, mon regard se perdait, mon regard s'habituait, mon regard s'éduquait à voir, à chercher, voir et chercher ce qui m'intéressait, et je laissais avec plus de facilité, mon jugement était sûr, mon jugement était hésitant, mon jugement s'affirmait, et je rejetais sans aucun doute, et je retenais avec la même certitude, et si j'ai raté la photo d'un homme accolé au bastingage d'un paquebot, l'écume des flots brassés dans son sillage, c'est bien tout mon seul regret car des six photos que j'ai ramenées, pas une ne me déplaît. Certes, dans l'expérience pseudo à artistique qui se jouait là, selon le désir de son concepteur, j'ai laissé un peu de sous (car le salaud ne se mouchait ni du pied ni du coude, comme elle me l'a fait remarquer), mais de mon temps, je n'ai rien perdu. J'en ai même pris du bon.

VP2



VP1



jeudi 29 mai 2014

PVI


Matériel de découpe (scie, scie sauteuse, lime, ponceuse)
Matériel de perçage (perceuse sur colonne, perceuse à main, mèches)
Marteau, tenailles, pinces
Fer à souder, étain
Vis, clous, tournevis
Machine à coudre
Peintures, vernis, pinceaux
Fils électrique
Four (poterie)
Guide des oiseaux
Jumelles
Sable (30%), terre (60%), pouzzolane (10%)
Gants
Douilles, scotch, prises
Tasseaux, interrupteurs
Pointes
Carafe, verres

mardi 27 mai 2014

vendredi 23 mai 2014

De l'inattendu, du mystère, de l'action et, en définitive, de l'amour

- Je ne retrouve pas mes espadrilles, je trouve ça très mystérieux.
- Tes espadrilles sont chez moi.
- Ah ?! Mais comment sont-elles venues ?
- Eh bien, en métro !
- Oh ! Mais comment ont-elles décidé cela ?
- C'est moi qui leur ai dit. Qu'elles seraient plus utiles ici. Et que ce jour-là, j'avais les mains vides.

Vous aviez cherché partout, soulevé, poussé, tiré, et rien trouvé. Quelqu'un s'était occupé du bon ordre des choses.

(Prince Miiaou, Country Bliss, pour la bande son).

mardi 20 mai 2014

lundi 5 mai 2014

Dans la lumière, croître


Se poser. Se nourrir. Rassembler ses forces. Exprimer sa nature. Y consacrer son énergie. Patiemment, résolument.
Parce qu'en réalité, on n'a pas franchement autre chose à faire.

samedi 26 avril 2014

Pâques, autrement

La rue.
Il marche, sifflotant.
Bien nagé, l'âme détendue, le corps alerte, l'esprit joueur.
Arrivent au devant de lui : des Japonais.
A leur hauteur : éclair dans son crâne.
Yah ! Un kata, mise en garde.
Bruce Lee, Jacky Chan, Chuck Norris, qui on veut.
La femme, surprise.
L'homme, paf ! Mawashi geri.
Coup de pied circulaire, direct dans l'épaule.
L'ébranle, le tressaute, l'éjecte de côté.
N'en revient pas. "Qu'il m'a fait ?"
Et sur le trottoir d'en face, un couple qui de la scène a tout suivi se fend bien la poire.

mercredi 23 avril 2014

Pâques

Croisé mon voisin du dessous.
S'est plaint d'un type, musicien, qui, deux étages au dessus, joue de la batterie.
Quel connard, a-t-il râlé !
J'ai compâti.
Je ne lui ai pas dit : ça n'arrivera plus.
La batterie, je viens de la revendre.

samedi 19 avril 2014