lundi 27 janvier 2014

Loin de soi

Nous étions partis du Cap pour 6100 milles à destination de Melbourne. L'étrave frappait les flots. Nous filions bon vent, sud sud-ouest, laissant pour l'heure Port Elisabeth à bâbord.

Je ne sais ce qui m'avait pris. Je m'étais retrouvé à Roissy, sans doute, puis dans un avion pour Johannesburg, escales à Rome et Nairobi (où Brazza et Kinshasa).

Ça avait commencé sur un air de trompette. Un piston était resté coincé et le canard joué avant fait rire, obligé à quelques cul-secs et dans la nuit moite, froide, humide, sèche, claire, étoilée - on s'en fout, on avait probablement dû se transporter les uns les autres. Jusque là.

Ce qui me tracassait maintenant, alors que Mike, l'Australien, réglait le foc dans un coin de mon cerveau, c'est que je n'avais probablement prévenu personne de ce départ et ne m'étais pas organisé pour mon courrier. Mon nom n'était même pas collé sur la boite à lettres et, aussi paradoxal que ça puisse paraître, elle finirait par déborder. Comment ferais-je pour régler mes histoires d'impôts si je devais en avoir ? Qu'ils aient l'idée de m'écrire et j'étais foutu, toute mer australe que je traverse !

Pourquoi je devais partir si loin et vivre une aussi dangereuse aventure, moi qui n'y connais rien à la mer, à la voile, à la navigation, je me le demande. Je suis sûr qu'à même pas 100 pieds de fonds, je souffrirais déjà d'un vertige insondable, m'imaginant, depuis le pont ou la cale, ces profondeurs vertigineuses sous mes pieds. Oh, j'ai toujours voulu être original et sans jamais prendre le risque de l'assumer. Comme tout le monde, je crois, je goûterais fort d'être reconnu et célébré, de vivre de frissons et carburer à l'émotion. Mais je me retrouvais seul, merde (sinon avec Mike, sus-cité, et Francis, un Sud-Africain - pour aller du Cap à Melbourne, ça se tient), mes angoisses pour horizon, et barboter là-dedans, le fondement de toutes les vies et c'est ce que nous devrions comprendre pour nous désengluer.

Au moins 6000 milles nous séparaient encore de Melbourne, et peut-être j'avais déjà le fisc sur le dos. Ma porte d'entrée était sûrement restée mal fermée.

Rien de cela ne me convenait et je sonde encore ce mal être qui si souvent envahit mes nuits.

jeudi 23 janvier 2014

Compagnie

Espérer un grand chamboulement intérieur pour se débarrasser de soi
Mais non ! Vivre avec soi
Et la peur qu'on s'inspire.

mercredi 22 janvier 2014

Au delà

Non pas un individu, avec sa personnalité, son soi et la frontière avec l'extérieur, et une existence (particulière) à mener
Mais (la réalisation d') une expérience, nourrie de l'expérience elle-même
Non pas le désir (ou la volonté, ou la tentative, ou la recherche) d'être bon, généreux, gentil, performant, etc (à supposer qu'on ait déjà délaissé le stade de l'avoir - résultat au dehors - pour l'être - épreuve en soi)
Mais l'expression de la bonté, la générosité, la gentillesse, la performance, etc, dans des circonstances données
Et déjà autre chose
Parce qu'un courant continu
Irrigant la conscience.


Pour une idée à cet instant. Avec "Exquisite Corpse" de Warpaint dans les oreilles, s'il vous plaît.

vendredi 17 janvier 2014

La vie, moderne et civilisée (2)

Plus les moyens de communication se développent,
Plus la parole est noyée,
Moins elle a de sens véritable et plus elle est déréalisée,
Plus l'incompréhension règne.

jeudi 16 janvier 2014

La vie, au delà de la modernité

On peut croire avoir raison même quand on a tort.
Il n'y a rien de plus difficile que de percevoir toutes les possibilités au delà de nos certitudes.
Et quand bien même on y arrive, de pencher pour l'une en laissant les autres exister.
Ainsi, voguer, décidant de son cap et son action tout en se gardant la liberté de changer de trajectoire sans jamais rien renier.
Conscient, attentif et compréhensif.
Libre, en réalité.

La vie, moderne et civilisée

- "Ici ! Viens ici ! Dépêche-toi ! Ici, nom de Dieu !"
Rien de mieux qu'un chien pour assouvir ses penchants autoritaires.

mardi 14 janvier 2014

Il y a plus grave que la date de péremption (3)

Je voulais faire un truc à mi-chemin entre la culture underground et Nicolas Bouvier, écrire de façon nerveuse et cool à la fois, comme un Indien pourrait être barbu, et puis je ne peux que constater la supériorité de la musique pour ce que je veux faire.

Il y a plus grave que la date de péremption (2)

Du désir à sa satisfaction, un pas
Que la mélancolie, ses quartiers
Et devant moi, un champ après la bataille.

Il y a plus grave que la date de péremption

Même ce qui paraît drôle
N'est pas vraiment drôle
Et c'est désespérant.

jeudi 9 janvier 2014

Encore une idée

Aujourd'hui, le plombier doit passer chez moi pour changer le ballon d'eau chaude.
Afin de lui faciliter la tâche, j'ai déménagé réfrigérateur et machine à laver.
J'ai transporté l'un, branché sur une prise électrique, dans la chambre et mis l'autre, ses tuyaux relevés, dans le salon.
Et je me dis : et si je vivais comme ça ? Le frigo dans la chambre, la machine à laver dans le salon, la télé (je n'en ai pas) dans les chiottes, la table dans l'entrée (il y a la place), le lit dans la cuisine (c'est possible, aussi - à condition de troquer le 140 contre un 90 cm), l'armoire de vêtements dans la salle à manger. Bien sûr, il faudrait prévoir des multiprises, des rallonges et des raccords de conduits. Évidemment, ça m'obligerait à plus de déplacements (peut-être n'aurais-je plus à sortir courir, épuisé d'avoir cuisiné, la gazinière ici, les ustensiles là, les aliments là-bas, l'évier où ça déjà ?).
Si je vivais comme ça, qu'est-ce que ça dirait de mon rapport au monde ? Qu'est-ce que ça changerait de ma vision du monde ? Qu'est-ce que ça ferait de moi, en moi ?
Mes amis me prendraient pour saugrenu (c'est déjà le cas, je crois), me diraient fou (je n'en suis pas loin, pensent-ils), mais qu'importe.
Si ce soir, le plombier n'est pas passé et remet à demain son intervention, j'aurais au moins la nuit pour me faire cette idée.

Cette autre idée

Le fond : on avance dans le monde inquiet et insatisfait et on cherche comment s'y inscrire pour être reconnu et aimé.
La forme : on parle de soi ; on s'intéresse peu aux autres sauf quand ils parlent de nous ; on râle, on polémique, on lutte, on s'attache à ne rien perdre. On veut, on réclame. On exige, on reste déçu.
En surface : les soldes, censure et liberté d'expression, taux d'emprunts et marchés immobiliers, étiquetage de la viande, tourisme et calendrier scolaire, intégration, fermetures d'usines...
A l'intérieur : doutes, interrogations, colère, rancune, joies aussi, bonheur parfois, déceptions, amertume, sympathie, antipathie, satisfaction, jalousie, incompréhension, maux et troubles...
On pourrait essayer de regarder sans toucher ni chercher à attraper, de comprendre sans raisonner, voir tout cela et se réjouir : ça existe, oui !

(Ça ne résout pas les difficultés ni ne fait une morale, il y a de la complexité, et qu'est-ce qu'on est au final ? Très peu de chose, je le crains. Sans doute la raison pour ne pas en faire une montagne).

mardi 7 janvier 2014

Cette idée

Hier, un bon gros coup de vent était attendu sur la côte atlantique.
Une alerte aux vagues et risques de submersion était lancée.
A la télévision, des reportages s'attardaient sur le phénomène d'érosion du littoral.
Effet conjugué de la forte houle et des grandes marées.
Des dizaines de mètres de dunes disparus, avalés.
Les riverains s'inquiétaient, leurs maisons à peine désormais protégées par un mince cordon de sable, menacées par les flots.
Que deviendraient-ils, eux et leurs biens ?
Bon Dieu, est-ce qu'on ne pouvait pas faire quelque chose pour y remédier ?! Monter une digue, enrocher, ré-ensabler ?!

Que ne s'effraient-ils, eux et les autres, tous les autres, vous peut-être, moi sans doute, de ce qui, houle et marée, érode jour après jour l'esprit et menace tout autant l'existence (la capacité à mener pleinement et librement - ou le plus librement possible, par soi-même et en soi-même - son existence) ?!

Le refus de voir et comprendre ce qui nous traverse et comment nous fonctionnons, intimement.

Que ne cherchent-ils même à distinguer et percevoir ce flot ?! Que n'essaient-ils de se dresser, s'enraciner et s'ouvrir, s'être et s'accueillir ?!

(Ah, c'est en leurs mains, et non en celles des autorités ou d'une administration et ils y peuvent, plus que contre le vent et la mer ! C'est donc leur boulot et leur affaire, plus difficiles que râler et prier. Éteindre la télé, pour commencer, et s'en aller se chercher, seul et avec les autres).

(Dans les vieilles marmites. Pas encore là où je veux. Entretenir une capacité).