samedi 26 juillet 2014

Interlude

Jeune garçon
Sur son siège
Dans la vitre teintée du train
Se regarde
Tirer les restes coincés
Dans son appareil dentaire
Et les remanger.

(D'autres l'auraient fait avec des crottes de nez. Les enfants, vous savez. Les adultes aussi, parfois).

mercredi 23 juillet 2014

Et pourquoi pas ?

- "J'avais dit non aux chiens dans cette maison. Qu'est-ce qu'il fiche là ?
- Il pleurait au milieu de la route.
- Il pleurait au milieu de la route ?
- Je lui ai gratté l'oreille. Il m'a suivi.
- Et ?
- Il me suit.
- Tu veux finir dehors ?
- Pour pleurer au milieu de la route ?"

mardi 15 juillet 2014

Sans quoi, je bouffe

J'éprouvais un sentiment étrange.
Plutôt, c'était une sensation.
Mais je ne saurais pas comment la prendre pour la décrire.
D'abord, j'avais faim.
Je mettais ça sur le compte de l'ennui.
Je ne m'ennuyais pas vraiment mais je n'étais pas tellement occupé. Ou plutôt je ne savais pas très bien quoi faire. Ou encore il y avait certaines choses auxquelles il aurait été bon que je me consacre (écrire par exemple) mais je rechignais à le faire.
J'avais faim.
Ensuite, je voyais bien que j'étais sujet à certaines appétences. Je me demandais même jusqu'à quel point, y succombant, elles ne vireraient pas aux addictions : bière, chorizo et échalotes.
Je buvais de grandes quantités d'eau.
Mais : qu'est ce que ça cachait, au fond ?

Il y avait cette autre fois où j'avais joué avec cette impression de ne jamais être totalement satisfait, nulle part. Je m'étais mis en situation, visitant seul une grande ville du sud, me reposant en famille au bord de la mer, participant à une réunion d'amis pour un week-end, et scrutant cette idée, toujours, dans un coin de moi, je m'étais trouvé nez à nez avec cette impression d'avoir vite fait le tour et d'être resté en quête, d'autre chose.

Et j'étais tombé là-dessus : faire quelque chose. Oh, pas forcément faire quelque chose qui se voit ! Ça pouvait être assis sur le pas de la porte, jambes croisées ; ça pouvait être bras ballants ; ça pouvait être allongé. Mais c'était m'employer.

C'était rester concentré sur l'écriture d'un texte, la tournure d'une phrase, le choix d'un mot, c'était me fixer dans l'observation d'une scène, d'une sensation, c'était être attentif à un proche, plein de notre commune existence ; c'était courir, nager, dessiner une lampe et la fabriquer ; c'était boire une bière et rigoler. C'était fait de concentration et d'attention et uniquement de ça, sans question.

C'était ne pas penser.
Ne pas penser à moi.

M'employer totalement, c'était user toute l'énergie qui me traverse pour en faire quelque chose, regarder, écouter, goûter, sentir, créer, fabriquer, agir, mais pas penser à moi qui serait en train de faire ça, pas tergiverser sur le comment et le pourquoi, pas m'inquiéter de l'avant et de l'après, prendre les choses dans leur jus, naturellement. C'était être, sans moi. Ce moi était marqué par l'impression de l'insatisfaction. Il avait du en faire l'expérience autrefois (comme vous avez pu la faire vous-même) et c'était maintenant sa mémoire.

Et ce souvenir ennuyant donnait faim.

mercredi 9 juillet 2014

En ces moments-là, d'espace et de temps

Vous savez ce que c'est : en panne d'inspiration, on reprend ses vieux carnets, on relit ses notes.
- "Je ne vois rien, il fait tout noir.
- Allume donc !
- Je ne trouve pas l'interrupteur, il fait tout noir.
- Pourquoi as-tu éteint ?
- Pour voir.
- Eh bien, tu vois : tu ne vois rien !"
Ou.
L'arbre ne se soucie pas des fruits de l'été passé.
Encore.
Elle est assise dans un fauteuil. Elle lit.
Elle lit un journal. Elle lit une revue. Elle lit un livre.
Elle ne lit pas, elle attend.
Et quand il rentre enfin et veut l'embrasser, elle crie :
"Me touche pas, putain !"
Et l'on se demande. On s'interroge. Est-ce que ? Pourquoi ?
On en retrouve aussi, qui dans ces pages.
Son sourire
Marque-page
De mes souvenirs.
Et.
Soleil pâle
Vent tourbillonnant
Cheveux en l'air et chair de poule
Lèvres blanches et mains froides
Il faut s'y faire mon amour.
Par exemple.
Noter ce qui passe. Les situations, les gens, les impressions / sensations / pensées. En soi, simplement. Noter sans noter, comme ça vient, dans son air environnant, et poursuivre sur sa lancée, assis, marchant, roulant, transporté, mangeant, lisant, mais confiant. Un jour, transcrire en mots, quand l'idée a fait son chemin, du dehors au dedans puis du dedans vers le dehors. Petite étincelle, éclaire et chauffe. Il en faut de la tranquillité, de l'abandon, de la confiance, se laisser ouvert et accueillant, prêt et disponible. On le sait.
Mais la vie change. Peut-on tout le temps ? On aimerait. Mais il se peut que parfois, sur la corde, un peu trop.
Faire preuve d'humilité. Accepter. Se montrer patient.
Rilke le dit quelque part. Je viens de le relire. Je ne le cite pas. (C'est dans "Lettres à un jeune poète", passage recopié dans mon carnet numéro 22, février - mars 2011). Rilke écrit des choses intéressantes là-dessus. L'inspiration. La vie.
On en trouvera chez bien d'autres. En principe et en action.
Se montrer patient, garder la foi et préserver l'envie.
Du boulot pour des années. Une vie.
A son rythme, à son rythme.