jeudi 31 mars 2016

Badminton

- Comment tu t'appelles ?
- Luce.
- Luce ?
- Oui.
- Luce ! C'est marrant comme prénom. C'est la première fois que je l'entends. C'est un mix de Luc et Lucie ?! C'est comme Luke Skywalker. Tu sais, dans Star Wars...

mercredi 30 mars 2016

On n'enfonce pas des clous sur internet


(Balanescu Quartet - The Model. Musique finale du spectacle "Amore e Carne" de Pippo Delbono. Aux Bouffes du Nord jusqu'au 2 avril avec Adesso voglio musica e basta - "Amore e Carne", "Il Sangue" et "La Notte").

Accessoirement, d'autres versions de Das Model, Kraftwerk et Fall of Saïgon :




vendredi 25 mars 2016

Improvisation


On se figure souvent ressentir telle ou telle chose en fonction de tel événement.

L'amour en présence de nos enfants ou notre compagne (-on). Ou parfois la lassitude, ou l'énervement.
La joie à l'annonce d'un succès ; la tristesse à la survenue d'un malheur, d'une déception, d'une déconvenue.

On s'imagine assis dans un wagon, passager d'un train filant à toute allure, et les éléments survenant au devant de nous, un tunnel, un pont, un virage, une gare, surgissant bien qu'immobiles, s'imposant bien qu'extérieurs. Nous voilà dans le noir, au dessus du vide, ralenti, arrêté.
Nous avançons dans notre vie et des choses sont ici ou là, qui alors surviennent à propos et nous procurent telle ou telle sensation.
Ah, si nous avions pris l'autre voie au dernier aiguillage...

C'est faux, bien évidemment.

C'est nous qui sommes immobiles, poteau sur le bas côté, les pieds dans les cailloux, les rails nous frôlant à 1 mètre ; la vie, elle, est confortablement assise place 57 de la voiture 18, un livre dans les mains, rêveuse. Avec elle, tout.

Et c'est ainsi que passent la tristesse, et la joie, et la colère et les réussites ou les déceptions. Plein pot. Tout doucement. Réunies, et non isolées. Partout, et non à tel ou tel endroit. Et que nous en ressentons les souffles qui nous font trembler, nous giflent, nous bousculent, ou nous fauchent.

Que le poteau se corrode ou ait été repeint, que les cailloux se creusent d'un trou ou aient été ratissés, que les rails couinent ou se tordent, le train passe avec ses passagers.

Passe.
Et repasse.
Il n'y a aucun événement.

Il y a de l'énergie et du mouvement.

Dans ce chahut, cette tourmente, ces bousculades, continus et perpétuels, nous exprimons ce que nous avons capacité à exprimer. Nous crions, nous rigolons, nous nous impatientons, nous pensons à autre chose, nous nous inquiétons, nous sommes surpris. Nous croyons qu'il y a des raisons, un motif. Rien ! Tout est là : c'est le même train, toujours les mêmes passagers. Chaque instant.

Il faut regarder.

Au musicien, les cérémonies ne sont qu'un prétexte.
Il joue quoi qu'il en soit.
A lui de choisir sa note.

Dans chacun, un coeur qui bat




Mais tandis que chacun développe de quoi se rendre utile
Trouver sa place
S'occupe-t-on encore de faire grandir les qualités humaines
L'empathie, la bienveillance, le courage ou l'honnêteté ?

Des corps transportés




L'accès aux enseignements s'élargit
Les connaissances sont disponibles
On affûte, on affûte les esprits
Qui doivent aller dans les coins, chercher de quoi les distinguer.

Des vies juxtaposées




Nos sociétés se technicisent
Les individus se spécialisent
Droit des marques ; C++ ; production porcine
Les savoirs-faire s'aiguisent.

jeudi 17 mars 2016

Feu de joie


C'est une belle surprise que de découvrir le feu qu'un ami a fait de votre bois.
Un beau feu et c'est beaucoup de joie.
Le feu et la joie, je les dois à François Matton.
Le bois ne vient pas des forêts.

mercredi 16 mars 2016

Inquiétude





J'étais dans le métro depuis huit stations
Adossé à la porte fermée
Calme et souriant
Les mains dans les poches
Calme
Mon blouson boutonné jusqu'au col
Souriant
Adossé depuis huit
Stations à la porte
Calme et souriant
Faisant face
Au monde
Et puis
J'ai cru
Souriant toujours mais
Que j'avais la braguette ouverte.

vendredi 11 mars 2016

Où qu'on soit (3)



Où qu'on soit (2)



Où qu'on soit




Ce sont des chiens sur la route, d'abord.
Beaucoup de chiens. Qui vont le museau au vent. Et qui traversent et qui s'en foutent.

Et puis des mecs. Des mecs qui tirent des planches de deux mètres sur quatre.
Des planches immenses au cul de leur scooter.
Des planches posées sur des roulettes de caddie, de skate, de valises,
Des planches qui font tac tac tac tac sur les cailloux de la chaussée quand on les laisse trainer,
Des planches tenues par un fil de fer, un bout de ficelle ou une main désinvolte.
Des planches on se demande ce qu'ils vont en faire et pourquoi ils les transportent et surtout comme ça.
Et quand c'est pas des planches, c'est autre chose mais c'est toujours autre chose de gros, un chargement forcément.

C'est ce qui me vient à l'esprit quand je pense à là-bas.

Les chiens et les planches. Sur la route, là-bas.

Et la lumière et la chaleur. Blanche. Vibrante.

Je pourrais aussi parler des maisons. Je devrais.

Des maisons avec des préaux. Le sol est dallé, il y a des poteaux, ronds ou carrés, des poteaux qui portent un toit. Toit parfois ajouré, double toit. Circulation de l'air, il fait chaud. C'est pour ça, j'imagine, je crois. Et puis : canapés, fauteuils, hamacs, grabats ; des couches quoi ! Pour le repos, à la mi-journée. Pour la détente, en soirée.

Après que la lumière et la chaleur. Les chiens. Les planches.
Calmées, un peu.
Couchés.
Rangées, installées, coupées, montées - vendues peut-être.

Je devrais aussi me souvenir de la mer. On ne peut pas ne pas se souvenir de la mer quand on pense à là-bas. Parce qu'il y a la mer au bout des allées et dans nos yeux. Parce qu'il y a la mer dans le vent et nos nez. Parce qu'il y a la mer dans l'air et nos oreilles. Parce qu'il y a la mer et c'est une bonne raison pour les chiens de se promener. C'est une bonne raison pour les mecs de déménager des chargements au cul de leurs scooters. C'est une bonne raison pour construire des maisons agréables. C'est une bonne raison pour le soleil de taper, illuminer et cuire.

Il y a toujours plein de bonnes raisons, où qu'on soit.